Mode / Beauté

La Little black dress fait son come-back ?

La petite robe noire a…tenez-vous bien, 90 ans ! Comparée à une « Ford » et surnommée à juste titre « la Ford de Chanel », cette robe a été  imaginée en 1926. Qui aurait cru qu’une simple robe deviendrait aussi iconique ?

 Yves-Saint Laurent a dit, une fois, à propos de l’une de ses créations que « c’était simple, net, précis comme un geste. » Ceci pourrait bien être LA définition de la petite robe noire, cet  « uniforme pour toutes les femmes qui ont du goût », selon le Vogue US. En effet, il a suffi d’un trait noir, concrétisation suprême de la pensée, une pensée créatrice, presque une seconde peau, pour habiller la femme. La petite robe noire devient dès lors l’emblème de la création originelle, on dirait presque qu’elle habille la femme pour mieux la déshabiller…

Vêtement gracieux et chic mais à première vue un peu trop classique, le fameux modèle Chanel a bien évidemment du être dépoussiéré pour rester dans l’air du temps. In, revisitée de mille et une façons, cette petite robe n’a pas pris de rides grâce, justement ,à des coups de ciseaux, à des prises de risques, à moult tentatives parfois audacieuses, parfois futuristes voire incompréhensibles, pour rester « jeune » et sortir du carcan du chic BCBG donc « petit bourgeois » à la Chanel. Elle a même conquis les studios hollywoodiens, les « catwalk » italiens et bien sûr… notre bonne vieille Tunisie ! Avec ce modèle, Mlle Chanel a lancé un challenge à ses successeurs. En effet, comment, à défaut de détrôner ce basique de notre garde-robe, pourraient-ils l’immortaliser ?

Si Iris Van Herpen œuvre pour créer la petite robe noire de demain, en utilisant une imprimante 3D et des matières improbables, faisant ainsi de la petite robe noire classique, une seconde peau voire une sorte de socle, comme un deuxième squelette, qui renverrait, paradoxalement à la signification du noir, une couleur brute et pure car elle symbolise la pensée mère, une création Oméga. Iris oscille de ce fait entre post-modernité et héritage classique avec une justesse remarquable :

Toutefois, il y a des prouesses un peu moins futuristes donc, « sortables » et parfaitement adaptées à notre époque, tel ce jeu sur les matières, entre dévoilement et suggestion, un jeu qu’on trouve incontestablement chez Yves Saint Laurent :

La petite robe noire devient iconoclaste et casse l’étiquette bourgeoise très « chanel ». Ici, on pense à une robe noire libre, libérée qui libère la femme, une femme qu’on assimilerait volontiers à la Vénus à la fourrure, une sorte de Wanda des temps modernes…Bref, quand Saint Laurent revisite le fameux modèle, il pense certainement à la Libération de la femme voire à un potentiel pouvoir qu’il lui donne…

La petite robe noire a aussi été portée par les « starlettes hollywoodiennes », des starlettes qui ont, elles aussi, cassé l’image de la femme classique et sage que mettait en avant le modèle originel. Ainsi, on se souvient tous d’Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé, un film qui a certes fait sa renommée mais qui a surtout contribué à montrer une autre facette de la femme qui peut porter la « petite robe noire », une femme machiavélique et manipulatrice.

Ainsi, pour chaque femme sa petite robe noire, une petite robe caméléon et énigmatique, à l’image de la Femme. C’est là où réside la force de ce vêtement… qu’en est-il maintenant de la petite robe noire made in Tunisia ?

Ce qui est judicieux, c’est que cette robe « tunisienne » épouse essentiellement l’univers de son créateur, un univers mystérieux, à la lisière du gothique et qui, paradoxalement, se diffracte partout : sur ses mannequins, leurs gestuelles, leurs expressions. Pourquoi donc choisir entre force et sensibilité quand Braim Klei réussit à les faire converger dans un seul sens pour mieux nous imprégner de son monde, de son « je » ?

                                                                                                            Crédit photo : Braim Klei officiel 

Braim n’hésite pas à faire coïncider création, identité personnelle et message féministe.  Ainsi, une robe toute simple, dépourvue de fioritures, suffit à dire que la femme tunisienne est voluptueuse, belle, consciente de ses atouts, une guerrière des temps modernes qui part, indépendante et fière, à la conquête de sa liberté.

                                                                                                                Crédit photo : Braim Klei officiel

Mais elle peut aussi être cette femme-enfant, vivant dans deux mondes qui, contrairement aux idées reçues, ne s’éloignent que pour mieux se (re) joindre ? Pourquoi choisir quand l’antagonisme devient complémentarité ?

Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, à défaut de « porter », concrètement la petite robe noire, on peut la « porter » en parfum…ne l’a-t-on pas qualifiée de « seconde peau » ? Et bien, un parfum se suffit à lui-même pour habiller la femme, puisque le corps féminin est déjà une « amphore », tellement bien « dessinée », parfaitement équilibrée qu’on se passerait presque de vêtements ! Enfin presque, la petite robe noire étant une seconde peau…

La petite robe noire de Guerlain… qu’on aimerait presque accompagner de quelques notes de la fameuse chanson de Juliette Gréco, Déshabillez-moi

Fatma Souiri Gharbi