Cinéma/Série/Geek

Belgica

Drame familial inavoué, Belgica est l'histoire d'un rêve commun, tenant toute sa splendeur dans un processus de destruction beaucoup plus que dans un semblant espoir d'autosatisfaction.

Les Flandres, c’est cette région belge  où la foudre ne cesse de s’abattre ces denierstemps-  ou plutôt là où la foudre se crée pour frapper un peu partout dans le monde. Des plus petits festivals d’amoureux du septième art jusqu’au marches cannoises ô combien glorieuses,  pour finir au Dolby Theatre,elle arrache sur son passage les tonnerres d’applaudissements de la critique internationale qui voit dans ce cinéma une forme de renaissance castratrice des codes d’antan. Cette critique rend alors possible l’ascension et le succès d’un film malgré la barrière linguistique qui lui colle.

Felix van Groeningen est le prophète le plus notoire de ce cinéma. Après La Merditude des Choses et son premier prix à la quinzaine des réalisateurs en 2009, sa nomination aux Oscars au pour  meilleur film étranger et le prix du meilleur film dans cette même catégorie aux césars avec « Alabama Monroe » en 2014, le prodige de l’indé flamand revient à la charge avec Belgica, prix de la mise en scène à Sundance 2016, qui raconte l’histoire de deux frères pris dans la tourmente d’un succès qui a mal tourné.

Le défi était de taille : filmer la transformation d’un lieu - un café-concert-  en un club House, tout en déconstruisant tous les archétypes qui régissent ce monde et ce milieu. 

Cette transformation est d’autant plus intéressante qu’elle va de pair avec l’évolution même des protagonistes.Le récit quant à lui est d’une simplicité on ne peut plus prévisible car même si l’on sait très bien oùl’on va, le voyage n’en demeurepas moins un énorme plaisir visuel et auditif ! 

La mise en scène de FVG , fluide et subtile,  réussit à homogénéiser un ensemble d’histoires , de prises de vues, de douleur, tristesse, joie et extase.FVG a surtout su filmer le paroxysme dans toute sa splendeur, sans additif aucun !  Le Belgica, ce bar qui se définit quelque part entre la platitude d’un quotidien sous un ciel gris permanent et le fantasme d’une autre possibilité, une échappatoire sans morale qui n’a de devise que le plaisir qu’on peut se procurer, est à l’image mêmede la relation qu’entretiennent Jo et Frank. Ces deux frères partageaient le même rêve, chacun à un âge où les attentes sont tellement contradictoires que l’essor et le déclin de ce beau rêve relevait de l’évidence.

Orchestré par une superbe bande originale signée Soulwax,  Belgicaprend de folles allures de freak-show. En filmant le désir de se surpasser, de s’en sortir et de vivre de ce que l’on aime, le réalisateur se trouve aussi en train de filmer le chaos intérieur, celui qu’on ne voit pas mais qui nous guide et nous pousse à dépasser nos propres limites, quitte à ne plus être nous-mêmes. Tout est ici magnifiquement mis en exergue : la beauté de l’image, la rythmique des sourires qui accompagnent chaque instant de cette aventure et la démonstration quasi mathématique de l’évidence qui découle du plus vieux dilemme au monde : le conflit Passion et raison !On ne peut peut-être pas être d’accord sur absolument tout, mais une chose est certaine: la passion de FVG ! Il y’a du cœur et des grincements de dents, il y’a du punch et de la violence graphique, il y’a du rock et de la techno et puis il y’a surtout de l’amour, un amour transcendé par un jeu d’acteur collectif extraordinaire.

Santé ! 

Issam Jemaa