Zoom sur un événement

‘3erss’ pas comme les autres à la Goulette !

©Alessandro Rivera Magos | Collectif Corps Citoyen

Il est 20H00. Les réverbères éclairent les rues de la Goulette d’une lumière jaune qui enveloppe le bitume d’une douce chaleur. Nous sommes un groupe de personnes attendant sur les marches de la Mairie. Il semblerait que nous ayons remonté le temps, 50 années en arrière, des bribes de conversation s’entremêlent dans différentes langues : un air de la Goulette d’antan s’empare de la foule. Des rires, quelques cigarettes, une timide nuit d’été et l’attente générale, tacite que quelque chose se produise. Parmi nous, un homme en costume noir est immobile. A ses pieds, un ampli et une lampe torche. Imperturbable, il regarde au loin les bras serrés.

Une vieille voiture fait irruption et klaxonne joyeusement comme un air de mariage, l’homme en noir prend vie, actionne son ampli et débute sa marche en suivant le véhicule. Des passants nous regardent. Nous faisons désormais partie de l’œuvre et nous commençons notre pèlerinage derrière ce curieux cortège. Une discussion animée est diffusée par l’étrange guide.


©Alessandro Rivera Magos | Collectif Corps Citoyen

Nous parcourons les rues de la Goulette raflant sur notre passage de nouveaux spectateurs. Arrivés à un premier terrain vague nous les voyons : les autres personnages habillés de noir qui se livrent à une étrange chorégraphie muette.  Ils courent, s’échappent, se cachent et se livrent à notre regard. Nous poursuivons notre chemin en faisant des coudes et en s’écrasant les pieds les uns les autres, tant les ruelles sont étroites. Des habitants nous regardent avec des sourires silencieux depuis leurs balcons. Les jeunes hommes en noir ne cessent de s’exprimer dans une mouvance harmonieuse et déjantée. Arrivés à un dernier endroit abandonné - confinés entre de vieilles maison typiquement goulettoises – des lumières sont suspendues insufflant à la scène un aspect surréaliste : ils courent et se recouvrent le  visage  de leurs vêtements. Nous comprenons l’essence même de leur danse étrange, une jeunesse brimée et comprimée jusqu’à sa glotte.


  • ©Meriem AÏDOUN

Nous levons les yeux au ciel, une jeune fille s’y trouve. De son balcon, elle jette les pans de sa robe de mariée jusqu’à nos pieds. Ses cheveux s’entremêlent de boucles radieuses et sauvages. Elle scande des paroles à la foule et galvanise nos yeux émerveillés. Elle semble vouloir vivre libre. Du harcouss se dessine petit à petit sur le tissu blanc immaculé ..



  • ©Meriem AÏDOUN

Des dames, foulard  noué  autour de la tête et sourire aux lèvres, apparaissent comme par magie. Elles déposent de grands plats de couscous sur une table qui s’est téléportée soudainement. De la musique, la foule qui se trémousse, des enfants pieds nus. C’est un mariage culturel auquel nous assistons, des inconnus invités à une cérémonie inattendue pour partager un moment de joie dans une liberté et une rage de vivre universelle.


©Alessandro Rivera Magos | Collectif Corps Citoyen

Un événement organisé par Corps Citoyen dans le cadre de Jaou Tunis 2017

Dharma Myriam Zeramdini