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Split : Le grand retour de Shyamalan

Véritable coup de maître, Split marque le grand retour de Shyamalan au devant de la scène cinématographique internationale.

On n’y croyait presque plus et ce n’est pas sans amertume que ce désagréable sentiment très comparable à une perte quasi finale a été accueilli par l’ensemble des fans de M. Night Shyamalan.

Car oui, le maître du twist s’est carrément planté et ce à maintes reprises, en touchant des fonds bien plus profonds que la bêtise des plus novices et ringards des metteurs en scène. 

En s’improvisant explorateur  de nouveaux territoires, non moins prometteurs à priori, les choix du metteur en scène se sont portés sur des fictions désuètes avec des castings sans âmes pour lesquelles la notion de symbiose tient beaucoup plus du fantasme que du souhaité.

Vient alors le moment ou le monde a regardé SPLIT, pour la même raison qu’on a tous  regardé les derniers bides de Shyamalan : l’espoir ! Et oui, figurez-vous que l’espoir fait vivre même au cinéma.

Dans le parking d’un centre commercial, Trois jeunes filles sont kidnappées par un homme aux différentes personnalités, 23 plus exactement.

La coutume veut qu’on soit directement immergé dans un état continu de recherche du fameux twist auquel le metteur en scène nous a habitué, toutefois on se rend compte assez rapidement dans SPLIT que la configuration n’est pas vraiment la même tant l’intrigue en soi est graduellement dévoilée et ou le climax est carrément  'teasé' de bout en bout.


Filmé comme un Survival aux allures d’épouvantes psychiatriques, le film est magnifié par un superbe sens du cadre et plus précisément une série de gros plans littéralement habitée par une direction d’acteur divine , on sent toute la maîtrise de Shyamalan , aussi bien au niveau de la forme , celle du Thriller psychologique qu’il affectionne particulièrement, qu’au niveau technique,  dans sa manière d’instaurer des atmosphères et des situations ( qui sont plusieurs pour le coup ! ) à coup de gimmick , le tout , dans un souci de cohérence dans ce qui semble être un terrain très hostile à la logique.

Le film se conjugue parfaitement à son époque ; la notre  et ce pour plusieurs raisons qui ne relèvent pas tant que ça du domaine de la métaphore.

L’ensemble des personnes qui habitent le kidnappeur forment une toile, certes complexe, mais absolument pas dénuée de tout sens de corrélation.  Entre le désir de contrôle, de sortir à la lumière, de voir dans le fantasme d’une « Bête »  une meilleure vie ; les sous-entendus de cette débandade psychologique sont à méditer et qui de plus sont renforcés par l’aspect « physique » de l’histoire.

Aspect physique parce que les personnages qui habitent notre kidnappeur ont chacun sa propre spécificité physique, chacun ressent les choses autrement, chacun pourrait être atteint d’une maladie (diabète à titre d’exemple) sans pour autant que ca affecte les autres et c’est bien là que réside l’étiquette science fiction du film parce qu’autrement, le film aurait bien pu être classé comme simple thriller psychologique.

L’autre tour de force de SPLIT est bien évidemment James McAvoy qui livre sa meilleure prestation à ce jour !  Son jeu est de l’ordre du bestial, il se donne sans concession frôlant même le ridicule parfois, son regard, le ton de sa voix, son allure, sa tenue et son mouvement devant la caméra : Il est au sommet de son art et on n’a des yeux que pour lui.   Il incarne tout ce qui manquait aux derniers films de Shyamalan : un engagement et un effacement total au profit du personnage et de l’histoire : un pur plaisir pour nous autres spectateurs et c’est tant mieux.


Anya Taylor-Joy, qu’on a pu découvrir dans 'The Witch' est quant à elle, l’autre petite bénédiction de ce film qui en a drôlement beaucoup !

Offrez-vous le beau spectacle de la renaissance d’un metteur en scène qu’on croyait avoir perdu de son vivant, ainsi que le plaisir d’assister à la métamorphose d’un acteur au sens propre comme figuré.

Et bien entendu, une petite surprise vous attend à la fin !

Issam JEMAA