Mode / Beauté

La beauté sera érotique-voilée avec Braim Klei…

                                                                                                                                                                                                           Crédit photo : Braim Klei Officiel

Si Yves-Saint Laurent a donné le pouvoir aux femmes, Braim Klei, lui, semble leur avoir offert le Panthéon. En effet, quand on fait défiler les photos de son dernier shooting, on est tout de suite saisis par la splendeur des modèles. Relégué au second plan, le vêtement devient donc  « accessoire », pour justement montrer qu’une femme est naturellement belle, sans artefacts. C’est peut-être pour cette raison que l’univers de Klei est épuré au maximum, ne gardant ainsi que la quintessence de la création, le premier jet de la pensée, la couleur noir. Ces corps, frappants par une force quasi animale, presque surhumaine, n’ont besoin que d’un voile, une sorte de tissu pour venir « parachever » leur beauté, comme des statues gréco-romaines, majestueuses et fières. On est ainsi plongés au cœur d’une autre époque, guidés par une Vénus Anadyomène, une Artémis ou encore une Gaia, la déesse mère…

                                                                                                                                                                                                                                                                                Crédit photo : Braim Klei Officiel

Cet univers, à première vue anachronique, est contrebalancé par la modernité de notre époque. Des graffitis, des couleurs, des « Bart Simpsons » nous rattachent à notre réalité, nous déroutent parfois sans basculer dans le « too much ». Chez Klei, tout est millimétré, orchestré. C’est une sorte de bric-à-brac  joliment ordonné, un « dérèglement raisonné de tous les sens ». Collage réussi et « joyeux bordel » sauf que là encore, la gravité se mêle à ce « bordel », lui conférant ainsi une étrangeté digne d’un univers surréaliste. Vous l’avez compris : l’enfance côtoie indéniablement l’étrange et la surpuissance sourit naïvement à la fragilité.

Cette collection dégage aussi une énergie déconcertante, déconcertante car insaisissable. On a l’impression que ce sont les modèles qui « font » le vêtement, le façonnent, l’érotisent. Ces « sauvageonnes », volontairement indomptables, ne tombent jamais  -d’où la justesse et la maîtrise de Klei- dans le vulgaire ou le « porno chic » mais savent exciter et magnifier en rendant la beauté aussi « explosante » que « fixe », aussi bizarre qu’attirante. La beauté émane donc de l’hors norme. Les corps sont ainsi brouillés, les lignes s’enchevêtrent, et ce qui prédomine, c’est uniquement la posture, l’allure, la blancheur d’un mollet ou la finesse d’un regard, l’alchimie entre un cygne noir et un cygne blanc, la complémentarité d’un Yin et d’un Yang.

Klei abolit de ce fait les clivages entre les arts, puisque chez lui, la peinture s’incline devant la musique, une musique qui se prosterne, à son tour, devant l’histoire et la littérature… il nous extirpe aussi de tout ce folklore tunisien, des bijoux, des pierreries, de tout ce qui, au lieu de purifier la beauté, la souille, le pervertit. La femme de Klei est donc Pure, dans le sens mallarméen du terme, c’est-à-dire figée, saisie dans sa simplicité, dans sa « brut »-alité première, dans un état quasi virginale. Autre Mallarmé, on pourrait éventuellement penser à la Grenouille, le protagoniste du Parfum, un génie qui avait pour ambition de recréer l’essence de l’humain, l’Alpha. Peut-être que ce délire, pari « fou », voire ce fantasme de côtoyer les balbutiements de la création sera réalisé par Braim Klei, car Création ne peut rimer qu’avec Déraison…

  1. Fatma Souiri Gharbi