Cinéma/Série/Geek

American Honey

"American Honey est le sacre de la jeunesse d’aujourd’hui. Universel par ses propos, le film s'impose comme un portrait générationnel hors du commun" 

Quatre longs métrages, près de soixante récompenses et trois prix du jury au festival de Cannes : tel est le palmarès d’Andrea Arnauld.  Une bonne fée a choisi de se pencher au-dessus du berceau de cette dame anglaise comme une véritable main de dieu.Une générosité inégalable vient récompenser un autre genre de générosité encore plus délicieux et tangible : la grâce d’une mise en scène vraie, empruntant plus à l’autobiographique qu’aux fantasmes rêvés de certains, usant de l’aspect documentaire du cadrage par obligation morale et non pour s’inscrire dans une esthétique souvent fade, tellement hors propos qu’elle en devient ennuyeuse.

Mal dans sa peau, coincée dans un trou au milieu d’un nulle part, quelque part dans les tréfonds de l’Amérique d’en bas, Star décide de quitter son quotidien glauque sur un coup de tête et plus précisément sur une proposition faite dans le parking d’un  WallMart. Cette proposition lui est faite  par un jeune homme pour le moins in-conventionnel - proposition pas du tout indécente, loin de là ! 

« We found love in a hopeless place » disait la poétesse des temps modernes qu’est Rihanna, c’est sur ce fond que s’est orchestrée l’une des plus belles scènes de American Honey, une illustration parfaite de la culture pop, cette culture que tous les cinéastes veulent cristalliser et que très peu maitrisent.

Véritable portrait générationnel , American Honey prend l’immense risque de déplaire et donne quelques solides arguments à ceux qui penseraient que l’improvisation ne puisse naître que du vide scénaristique.

 Qui l’aurait cru ? 163 minutes de vagabondage continu et pourtant, aucun plan n’est de trop, le manque de dialogue s’improvise en gimmick, laissant place à une musique qui prend tout son sens en fond de ces beaux tableaux urbains. 

Andrea Arnold nous donne tellement de raisons pour détester et encore plus pour adorer!

Le vent est un véritable caractère à part ,Elle le filme comme sil elle voulait nous rappeler que ce beau spectacle d’insouciance ne peut étre qu’éphémère.

Le vent qui se creuse un peu beaucoup trop dans les différentes chevelures de ses personnages, qui les traverse quand ils dansent, se bagarrent pour une question de survie tribale ou quand ils prennent le large comme ils le font si bien en partant vanter leurs mérite de charlatan.

Dans cette fable des temps modernes, les protagonistes  vivent de leurs mensonges, dansant un peu partout et n’importe comment ;  autour du feu, les couilles en l’air, couchant par ci et par là un peu avec tout le monde et chantant la belle musique de l’insouciance, essentiellement Dirty-Hip Hop paraît-il mais accessoirement Rock’n’Roll aussi .

Un peu entre Larry Clark, Sofia Coppola et Harmony Korine ; Andrea Arnold creuse son propre chemin et devient elle-même une référence à part. En sublimant ses interprètes, elle transcende leurs jeux au-delà du raisonnable.  Avec elle, les acteurs non professionnels semblent être du métier ; il suffit juste de contempler la sublimissime Sasha Lane, découverte en route à l’occasion du fameux Spring Break américain, une véritable révélation, un électron libre révolté, un sourire apaisant et une rengaine, la rage dans les yeux … quelle belle surprise .

On a rarement vu un Shia LaBeouf aussi sale et heureux, un jeu saisissant de véracité ! Incontestablement l’un de ses meilleurs rôles, un constat extrêmement  facile à établir tellement ses déambulations affirment cette lecture.

Laissez vous séduire par ce véritable objet d’amour, mettez le volume à fond,  car comme le disait Ferrara dans The Driller Killer : This movie should be played loud !


Issam JEMAA