Diplomatie

Africa Forward : 23 milliards d'euros et une diplomatie qui arrive jusqu'à Tunis

Date de publication : 14/05/2026

Deux jours à Nairobi. Quarante pays représentés. Vingt-trois milliards d'euros d'engagements annoncés. Le Sommet France-Afrique des 11 et 12 mai 2026 a posé les bases d'un partenariat économique reconfiguré entre Paris et le continent. Le lendemain, Tunis prenait le relais.

LE SOMMET EN BREF

La capitale kenyane a accueilli les 11 et 12 mai 2026 le Sommet "Africa Forward : des partenariats entre l'Afrique et la France pour l'innovation et la croissance". Co-organisé avec le Kenya, l'événement a réuni chefs d'État, dirigeants d'entreprise, acteurs culturels, représentants des diasporas et de la jeunesse.

L'ambition affichée est claire : tourner la page de la logique d'aide au développement pour entrer dans une logique d'investissements solidaires et durables, au profit de la souveraineté des pays africains. Ce glissement de posture, porté par l'Élysée depuis le Sommet de Paris en 2021, a trouvé à Nairobi sa traduction la plus concrète à ce jour.

LES CHIFFRES

Le montant cumulé des investissements annoncés s'élève à 23 milliards d'euros, incluant les engagements africains et français sur le continent. Sur cette enveloppe, 14 milliards d'euros proviennent d'acteurs français, publics et privés. Les créations d'emplois attendues : environ 250 000 postes directs, auxquels s'ajoutent des milliers d'emplois indirects.

SEPT SECTEURS

La transition énergétique arrive en tête avec 4,3 milliards d'euros. EDF, TotalEnergies, Méridiam et Voltalia figurent parmi les acteurs engagés sur des projets solaires, éoliens et hydrauliques au Kenya, au Bénin, en Tanzanie ou en Afrique du Sud.

L'économie numérique et l'intelligence artificielle mobilisent 3,76 milliards d'euros. La part la plus importante revient à Canal+, qui annonce 3 milliards pour l'acquisition de la plateforme télévisuelle Multichoice et la production de contenus audiovisuels africains. Orange complète le tableau avec un projet de câble sous-marin reliant la France et le Portugal à la façade atlantique africaine, estimé à 950 millions d'euros.

L'économie bleue concentre 3,3 milliards d'euros, portés principalement par CMA CGM sur des terminaux portuaires allant de Mombasa à Alexandrie, en passant par Lekki et Pointe-Noire.

L'agriculture (1 milliard), la santé (942 millions), l'industrie (300 millions) et le secteur bancaire (250 millions) complètent le périmètre des livrables officiels.

L'AFIC : UN MÉCANISME INÉDIT

Le Sommet a acté la création de l'Africa-France Impact Coalition, une plateforme permanente réunissant plus de 40 grands dirigeants africains et français. Ces entreprises représentent 100 milliards d'euros de chiffre d'affaires combiné et 600 000 emplois sur le continent. L'idée centrale : institutionnaliser un dialogue direct entre chefs d'entreprise et chefs d'État pour accélérer la mise en œuvre des investissements croisés, en dehors des circuits classiques de l'aide publique.

( Sarra Zaafrani Zenzri à droite  cheffe du gouvernement tunisien avec Emmanuel Macron à gauche lors du sommet à Nairobi )


LE RELAIS DE TUNIS


Le 13 mai 2026, le lendemain de la clôture du Sommet, le Rotary Club Tunis Doyen organisait un déjeuner-débat au Restaurant Le Baroque, à Mutuelleville. L'invitée d'honneur : Son Excellence Madame Anne Guéguen, Ambassadrice de France en Tunisie. Réunis dès 12h30, acteurs institutionnels, économiques et médiatiques ont échangé autour des enjeux de la coopération franco-tunisienne. Le format est discret. Le signal, lui, ne l'est pas.

LA QUESTION QUI RESTE OUVERTE

Les 23 milliards annoncés à Nairobi ciblent des pays précis. L'énergie au Kenya. Les ports en Égypte, au Maroc et au Congo. L'agriculture en Mauritanie et en Tanzanie. La santé en Guinée et en Afrique du Sud. 

Ce n'est pas un jugement. C'est un constat. Et un point de départ. La logique du nouveau partenariat franco-africain, celle des investissements privés structurants et des co-productions économiques mutuellement bénéfiques, est une grille de lecture que les acteurs économiques tunisiens ont tout intérêt à s'approprier maintenant.

La rédaction