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À Ajim, un bateau de pêche solaire ouvre une nouvelle page pour la Méditerranée

Date de publication : 03/07/2026

Le 29 juin 2026, une embarcation de pêche artisanale a quitté le port d'Ajim, sur l'île de Djerba, propulsée entièrement par l'électricité solaire. Une première en Tunisie et dans l'ensemble de la région méditerranéenne. Ce que ce bateau dit de la pêche artisanale tunisienne, de la transition énergétique et des hommes qui vivent de la mer.


Le projet en chiffres

Date de la première navigation : 29 juin 2026   : Port d'Ajim, Djerba

Porteur du projet : WWF Afrique du Nord  : projet Décarboner la pêche artisanale en Tunisie

Financement : Gouvernement britannique : Foreign, Commonwealth and Development Office (FCDO)

Durée du projet : 12 mois : déployé dans le golfe de Gabès

Embarcations à équiper : 8 bateaux : système de propulsion électrique solaire

Pêcheurs formés : plus de 100 : pêcheurs et acteurs institutionnels

Stations de recharge solaire : 2: Ajim (Médenine) et Ghannouch (Gabès)

Ce qui s'est passé à Ajim le 29 juin

C'est une image simple mais qui n'avait encore jamais existé en Méditerranée. Un petit bateau de pêche artisanale, celui que les pêcheurs d'Ajim utilisent chaque matin depuis des générations, quittant le port sans bruit de moteur thermique, sans odeur de gasoil, sans émission de CO2. Le 29 juin 2026, à Ajim sur l'île de Djerba, le WWF Afrique du Nord a organisé la première navigation opérationnelle en Tunisie d'une embarcation de pêche artisanale entièrement propulsée par un système électrique alimenté par l'énergie solaire.

Le dispositif est concret : un moteur électrique adapté à la pêche côtière, des batteries rechargeables, et une station de recharge photovoltaïque installée au bénéfice du Groupement de développement de la pêche à Ajim. Une deuxième station identique a été installée à Ghannouch, dans le gouvernorat de Gabès. Le pêcheur branche son bateau, recharge la nuit, repart le matin. Comme une voiture électrique. Mais en mer.

Le choix d'Ajim n'est pas anodin. La communauté de pêcheurs artisanaux y est active et engagée. Les conditions d'ensoleillement sont parmi les plus favorables de Tunisie. Et la proximité avec le Golfe de Gabès, l'une des zones de pêche les plus riches et les plus fragilisées de Méditerranée, donne à cette expérimentation une dimension écologique immédiate.

Pourquoi les pêcheurs tunisiens en ont besoin

La pêche artisanale en Tunisie, c'est environ 13 000 barques et 40 000 pêcheurs qui vivent de la mer. Une économie de subsistance directement exposée au prix du gasoil. Lorsque le carburant augmente, les revenus des pêcheurs s'effondrent sans que les prix de vente du poisson ne suivent nécessairement. La facture énergétique représente une part significative des charges d'exploitation d'une embarcation artisanale.

Le passage à la propulsion solaire change cette équation. La recharge est gratuite une fois l'infrastructure installée. Les coûts d'entretien d'un moteur électrique sont nettement inférieurs à ceux d'un moteur thermique. Et la réduction de la consommation de carburant améliore directement les marges des pêcheurs. C'est l'argument économique qui convainc là où l'argument environnemental ne suffit pas toujours.

Le projet prévoit d'équiper huit embarcations dans un premier temps, avec des analyses techniques et économiques rigoureuses pour documenter les résultats. Ces données serviront à élaborer des recommandations politiques nationales sur la transition énergétique dans le secteur maritime. L'objectif n'est pas de rester à huit bateaux.

Une première méditerranéenne, pas seulement tunisienne

Ce qui s'est passé à Ajim le 29 juin n'est pas uniquement une première tunisienne. C'est une première pour l'ensemble de la région méditerranéenne. Aucun pays riverain n'avait jusqu'ici démontré opérationnellement la viabilité d'un bateau de pêche artisanale à propulsion électrique solaire. La Tunisie occupe donc une position de pionnier sur un sujet qui va concerner toute la Méditerranée dans les années à venir, alors que les stocks halieutiques s'appauvrissent et que le secteur doit réduire son empreinte carbone.

Cette avance tient à plusieurs facteurs. L'ensoleillement exceptionnel du golfe de Gabès. La présence du WWF Afrique du Nord, actif en Tunisie depuis plusieurs années sur les questions de pêche durable et de protection des écosystèmes marins. Le financement britannique, qui a permis de démarrer sans dépendre d'une décision budgétaire nationale. Et une communauté de pêcheurs d'Ajim suffisamment organisée pour s'engager dans l'expérimentation.

L'économie bleue tunisienne en transformation

Ce bateau solaire n'est pas un événement isolé. Il s'inscrit dans un mouvement plus large de structuration de ce qu'on appelle l'économie bleue tunisienne, c'est-à-dire l'ensemble des activités économiques liées à la mer : pêche, aquaculture, tourisme maritime, transport, énergies marines renouvelables.

Le golfe de Gabès concentre à lui seul près de 70 % de la production halieutique nationale et abrite des herbiers de posidonie parmi les plus étendus de Méditerranée, des écosystèmes marins à haute valeur écologique dont la survie dépend directement de la qualité de l'eau et de la réduction des pollutions. La décarbonation de la pêche artisanale est aussi une façon de protéger la ressource que les pêcheurs eux-mêmes exploitent. Un cercle vertueux.

Dans ce contexte, l'initiative du WWF et du financement britannique arrive au bon moment. Elle apporte une preuve de concept que les acteurs institutionnels tunisiens peuvent désormais s'appuyer sur des résultats mesurés, pas seulement sur des intentions.

Ce que ce bateau dit de la Tunisie

Un bateau de pêche silencieux qui repart le matin le réservoir plein grâce au soleil de la veille. C'est une image qui résume quelque chose d'important sur ce que la Tunisie peut faire quand les ressources naturelles, le soleil, la mer, la tradition maritime, sont mises au service d'une idée bien conçue. Ajim n'est pas une vitrine. C'est un laboratoire. Et ce laboratoire vient de prouver que ça fonctionne.


SOURCES

La Presse de Tunisie : La Tunisie lance le premier bateau de pêche artisanale à propulsion solaire et électrique en Méditerranée, 29 juin 2026

Kapitalis : Djerba : le 1ᵉʳ bateau de pêche propulsé par énergie solaire, 1ᵉʳ juillet 2026

Webdo.tn : À Djerba, la Tunisie teste son premier bateau de pêche artisanal propulsé à l'énergie solaire, 29 juin 2026

Directinfo / WebManagerCenter : Première en Méditerranée : la Tunisie teste un bateau de pêche 100 % solaire et électrique, 29 juin 2026

L'Économiste Maghrébin : une première en Méditerranée : la Tunisie lance à Djerba un bateau 100 % solaire, 27 juin 2026

Tekiano : une première historique en Tunisie : un bateau de pêche artisanal propulsé à l'énergie solaire, 30 juin 2026

Réalités Magazine : La Tunisie réalise une première nationale et méditerranéenne, 27 juin 2026

RTCI : Djerba : le premier bateau de pêche 100 % solaire entre en service, 1ᵉʳ juillet 2026

WWF Afrique du Nord : Projet Décarboner la pêche artisanale en Tunisie (FCDO / Royaume-Uni)


La rédaction