Un sentier qui traverse quatre massifs, des lodges qui fonctionnent à l'énergie solaire au milieu d'une palmeraie, des jeunes diplômés qui ouvrent des tables d'hôtes dans des villages que le tourisme classique n'a jamais visités. Ce n'est pas un secteur de niche qui se cherche encore. C'est une Tunisie qui se raconte par ses lieux et par ses gens, et qui prend, en 2026, une dimension nouvelle.
Un sentier de 251 kilomètres pour commencer le voyage

Tout commence souvent par une marche. Lancée le 26 juin 2024 à Zaghouan par le ministère du Tourisme, celui de la Jeunesse et des Sports, et l'organisation Leaders International, la Trans Tunisia Trekking Trail, ou 4T, est le premier itinéraire national de randonnée balisé du pays, sur 251 kilomètres. Le tronçon de Zaghouan associe découverte du relief montagneux, dégustation d'huile d'olive locale et hébergement chez l'habitant, un modèle qui fait vivre directement les villages qu'il traverse.
L'Association tunisienne des randonneurs, fondée en 2011, anime toute l'année un calendrier de sorties à Zaghouan, El Feija, Testour ou Tataouine. Et cet automne, la Tunisie accueillera un rendez-vous d'un genre nouveau : le Challenge Tunisie 2026, du 15 au 23 octobre, une traversée sportive et solidaire reliant quatre sommets emblématiques du pays, Djebel Bargou, Djebel Serj, Djebel Zaghouan et Djebel Ressas.
Dormir autrement : des lodges qui inventent une autre hospitalité

À Tozeur, l'ensemble Diar Abou Habibi propose quinze lodges construits sur pilotis au cœur de la palmeraie, entièrement alimentés en énergie solaire pour l'eau chaude et l'éclairage. Un exemple parmi une offre qui s'est considérablement étoffée ces dernières années : la Tunisie compte aujourd'hui plus de 2 200 maisons d'hôtes, gîtes ruraux et campings, concentrés autour de quelques grandes zones qui dessinent une nouvelle carte du voyage. Le Nord-Ouest, à Aïn Draham, au Kef, à Béja et à Tabarka, pour ses gîtes forestiers nichés dans la Kroumirie. Zaghouan et son arrière-pays, pôle montant de l'agritourisme et des fermes d'hôtes. Les oasis du Sud-Ouest, à Tozeur et à Nefta, pour leurs lodges bioclimatiques sous palmeraie. Le littoral nord et le Cap Bon, à Sejnane, Bizerte et Haouaria, pour leurs fermes écologiques et hébergements côtiers.

Longtemps, ces établissements ont fonctionné sans statut vraiment adapté à leur format. C'est en train de changer : le ministère du Tourisme a engagé le remplacement des anciennes autorisations par quatre cahiers des charges dédiés à l'hébergement alternatif, pour donner enfin à ce secteur en pleine croissance un cadre à sa mesure.
Djerba, terrain d'essai d'une nouvelle ambition
Le 2 juin 2026, à Tunis, l'Office national du tourisme tunisien a signé un accord de coopération stratégique avec le Conseil mondial du tourisme durable (GSTC), en présence de son directeur exécutif Randy Durband. L'objectif : permettre à l'ONTT de devenir à terme un organisme accrédité pour la certification internationale. Djerba, déjà inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, a été choisie comme destination pilote de cette démarche. Mahdia mène de son côté un chantier voisin, avec la Sicile, dans le cadre d'un partenariat européen qui prévoit la création d'une équipe dédiée et le lancement d'un master spécialisé en gestion durable des destinations.
Cette ambition s'accompagne d'un effort de formation : dans le budget 2026 du ministère, l'Agence de formation aux métiers du tourisme voit ses moyens progresser de 7,84 %, et l'Institut supérieur d'études touristiques de Sidi Dhrif de 11,21 %, deux enveloppes directement tournées vers la qualification de cette nouvelle offre.
Ichkeul et les parcs nationaux, déjà un rendez-vous pour le public
Avec 17 parcs nationaux et une vingtaine de réserves naturelles, la Tunisie dispose d'un terrain d'exploration déjà bien vivant. Le Parc national de l'Ichkeul, dans le gouvernorat de Bizerte, classé à l'UNESCO et site Ramsar, accueille une fréquentation estimée à 50 000 visiteurs par an, dont plus d'un tiers d'élèves, d'étudiants et de chercheurs, et le reste un public grand public national et international. Plus au sud, le Parc national de Bouhedma et sa steppe à acacias attirent un public de sorties pédagogiques et de randonneurs.
Deux projets internationaux accompagnent cette dynamique : une démarche de comptabilité du capital naturel, menée avec l'appui de la Banque mondiale sur Ichkeul et Bouhertma pour mieux orienter les investissements publics, et une enveloppe de 8,25 millions d'euros allouée dans le cadre de l'Initiative WestMED pour le tourisme côtier durable.
Une nouvelle génération d'entrepreneurs de terrain
C'est peut-être la donnée la plus parlante du dossier. Le programme Tounes Wijhetouna, financé par la coopération allemande et l'Union européenne et mis en œuvre par la GIZ, a permis à l'association TAMSS de financer 154 porteurs de projets sur plus de 800 candidatures reçues, avec des subventions en matériel allant jusqu'à 5 000 euros chacune. Résultat : près de 200 emplois créés, dont 64% occupés par de jeunes diplômés du supérieur qui ont choisi de construire leur avenir dans des gîtes, des tables d'hôtes ou des circuits de plein air plutôt que d'attendre un poste ailleurs.
Le programme américain Visit Tunisia Activity, doté d'une enveloppe de 50 millions de dollars sur la période 2022 à 2027, vise à créer 15 000 emplois durables dans le tourisme alternatif, en priorité dans les gouvernorats de Kasserine, Sbeitla et les zones oasiennes. Il travaille aussi à mobiliser plus de 20 millions de dollars de capitaux privés pour accompagner ces projets, et s'associe à l'institution de microfinance Baobab Tunisie pour financer les plus petits entrepreneurs du secteur.
Ce qu'il reste à construire
Rien de tout cela ne se fait sans obstacles, et il serait malhonnête de les taire. L'accès à certains sites reste compliqué sur des routes de montagne encore dégradées, les démarches administratives freinent encore des porteurs de projets malgré la réforme en cours, et l'appellation écolodge n'est pas toujours garantie tant que l'Ecolabel Tunisien reste peu répandu. Ce sont, précisément, les chantiers que l'accord GSTC, la réforme des hébergements alternatifs et les programmes de formation en cours entendent résoudre dans les prochaines années.
À suivre de près
Le tronçon de Zaghouan de la Trans Tunisia Trekking Trail, pour raconter un sentier qui fait vivre les villages qu'il traverse.
Diar Abou Habibi à Tozeur, pour un reportage sur l'habitat oasien à énergie solaire.
Le chantier de certification durable de Djerba, premier test grandeur nature de l'accord ONTT GSTC.
Les jeunes diplômés financés par le programme TAMSS GIZ, pour des portraits de terrain dans les gouvernorats de l'intérieur.
Le Challenge Tunisie 2026 en octobre, pour suivre en direct la traversée des quatre sommets du Centre et du Nord.
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La rédaction
