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Mostra de Venise 2026 : Kaouther Ben Hania au jury de la 83ᵉ édition, ce que cela dit du cinéma tuni

Date de publication : 10/08/2026

Le 22 juin 2026, la Biennale de Venise a dévoilé la composition du jury international de la compétition officielle de sa 83ᵉ édition. Parmi les noms retenus, aux côtés du réalisateur hongkongais Johnnie To, du Français Xavier Giannoli, de l'Afghane Shahrbanoo Sadat, du compositeur britannique Daniel Blumberg et du théoricien italien Francesco Casetti, figure celui de Kaouther Ben Hania. Un an après avoir été récompensée sur ce même Lido, la réalisatrice tunisienne change de position : elle ne concourt plus, elle juge.

D'un côté du jury à l'autre, en douze mois

Le contraste est frappant. En septembre 2025, à la 82ᵉ Mostra, La Voix de Hind Rajab, son film consacré à la mort d'une fillette palestinienne de six ans tuée à Gaza, remportait le Lion d'argent, Grand Prix du Jury, la deuxième distinction la plus importante du festival après le Lion d'or. Le film a ensuite été retenu par la Tunisie pour la représenter dans la course à l'Oscar du meilleur film international en 2026, où il figure parmi les finalistes annoncés en janvier.

Un an plus tard, la voilà de l'autre côté de la table. Le jury 2026 est présidé par l'actrice et réalisatrice américaine Maggie Gyllenhaal, dont la nomination avait été annoncée dès avril. Ben Hania devient ainsi la troisième réalisatrice à siéger dans un jury vénitien présidé par une femme en l'espace de quelques années, après des éditions présidées par Cate Blanchett, Julianne Moore puis Isabelle Huppert. La 83ᵉ Mostra se tiendra du 2 au 12 septembre 2026.

Une trajectoire construite film après film

Née le 27 août 1977 à Sidi Bouzid, Kaouther Ben Hania se forme d'abord à l'École des arts et du cinéma de Tunis, entre 2002 et 2004, avant de rejoindre La Fémis à Paris puis l'université Sorbonne Nouvelle. Ses premiers courts métrages, dont Peau de colle, primé aux Journées cinématographiques de Carthage, et le documentaire Les imams vont à l'école, présenté à l'IDFA en 2010, posent déjà les bases de son écriture : un regard qui mêle le documentaire et la fiction pour interroger la violence, l'injustice et la place de l'individu face aux systèmes de pouvoir.

Le Challat de Tunis, sorti en 2014, est son premier long métrage, une satire sociale sur les rapports entre hommes et femmes. En 2017, La Belle et la Meute est sélectionné dans la section Un Certain Regard à Cannes et ovationné lors de sa projection. Le vrai tournant international arrive en 2020 avec L'Homme qui a vendu sa peau, présenté à la Mostra de Venise avec Monica Bellucci au générique : le film devient le premier long métrage tunisien de l'histoire sélectionné aux Oscars, dans la catégorie meilleur film international, en 2021.

Trois ans plus tard, Les Filles d'Olfa, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2023, repart avec l'Œil d'or du documentaire ex aequo, avant de décrocher à son tour une nomination aux Oscars 2024, cette fois dans la catégorie meilleur film documentaire. Deux nominations aux Oscars dans deux catégories différentes, pour deux films distincts : aucun autre cinéaste tunisien n'a un tel palmarès international.

Trois présences tunisiennes sur le Lido en 2026

Ce qui rend cette année particulière, c'est que Kaouther Ben Hania n'y sera pas seule.

 Le réalisateur Kamel Laaridhi présente The H@llow Man, dystopie de science-fiction tunisienne, en compétition officielle de la 41ᵉ Semaine internationale de la Critique, section parallèle de la Mostra, où sept premiers longs métrages seulement ont été retenus dans le monde entier. Le film sera projeté en première mondiale le 9 septembre.

De son côté, le réalisateur Youssef Chebbi présente son projet Balaa au programme Final Cut in Venice, un dispositif d'aide à la finition destiné aux films africains et arabes encore en postproduction. Le Centre national du cinéma et de l'image a salué cette triple présence, la qualifiant de distinction majeure pour le cinéma tunisien. Trois présences, trois statures différentes : une réalisatrice confirmée qui siège désormais parmi ceux qui jugent, un cinéaste qui fait ses débuts en long métrage de fiction dans un genre presque inédit pour la Tunisie, et un troisième qui cherche encore à boucler son film. C'est le spectre complet d'une industrie qui avance sur plusieurs fronts à la fois.

Ce que dit cette nomination

Une place de jurée à Venise n'est jamais un hasard de calendrier. C'est la reconnaissance d'une œuvre déjà installée, mais aussi un pari sur un regard : celui d'une cinéaste qui a passé quinze ans à documenter les femmes tunisiennes, la révolution, la guerre, en refusant à chaque film de choisir entre la forme documentaire et la fiction. La juger digne de juger les autres, c'est reconnaître que ce regard a désormais une valeur de référence à l'échelle mondiale.

Pour le cinéma tunisien, longtemps identifié à quelques noms portés à bout de bras plutôt qu'à une industrie structurée, la présence simultanée de plusieurs générations et plusieurs genres sur la même sélection vénitienne est un signal qui dépasse le symbole. Ce n'est plus une exception qui se répète, c'est une présence qui s'installe.


La Rédaction · L'Instant M