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Portrait de Mehdi Haouas : la voix d'un engagement humain au service de la culture et des médias

Date de publication : 02/09/2026

De ses débuts marqués par une expérience fondatrice au Canada à ses 14 ans d'antenne chez Shems FM et son renouveau sur RTCI, Mehdi Haouas s'est imposé comme une figure incontournable du paysage  médiatique tunisien. Homme de conviction et d'écoute, il met quotidiennement sa passion du micro au service des acteurs de la culture, des entrepreneurs et de la jeunesse.

Voici l'entretient qu'il a accordé à notre rédaction : 


Avant de parler de ce que vous faites aujourd’hui, racontez-nous votre parcours. D’où êtes-vous parti, quelles ont été les grandes étapes, les rencontres et les choix qui ont construit votre trajectoire professionnelle ?

Mon parcours professionnel est avant tout une histoire de passion, de rencontres, de choix, mais aussi de découvertes qui m’ont construit bien au-delà du métier de radio.

J’ai commencé dans cet univers avec une envie assez simple : parler aux gens, partager, raconter des histoires et créer un lien avec ceux qui nous écoutent. Très vite, cette envie est devenue un métier, puis une véritable partie de ma vie.

Mais avant de construire mon parcours dans les médias en Tunisie, j’ai aussi vécu quatre années au Canada. C’est une expérience qui a énormément compté dans ma vie. Partir, vivre dans un autre pays, découvrir une autre culture, d’autres façons de travailler et de penser, apprendre à se débrouiller loin de ses repères… tout cela vous transforme forcément.

J’ai également fait mon service militaire au Canada. Cette expérience m’a beaucoup appris sur la discipline, le dépassement de soi, la responsabilité et surtout sur la vie en collectivité. Le Canada m’a apporté énormément, humainement comme professionnellement. Avec le recul, je pense que ces quatre années ont participé à construire la personne que je suis aujourd’hui, avant même que je ne fasse véritablement mon chemin dans les médias.

À mon retour en Tunisie, j’ai poursuivi ma route dans la radio. J’ai passé près de quatorze années à Shems FM. Cette période a été essentielle dans ma construction professionnelle. J’y ai appris le métier sur le terrain, parfois dans l’urgence, parfois dans le doute, mais toujours avec cette volonté de progresser. La radio est une école formidable : elle vous apprend à écouter, à réagir, à improviser, à vous remettre en question et surtout à comprendre qu’une émission ne se fait jamais uniquement derrière un micro. Elle se fait avec une équipe, avec des auditeurs et avec une société qui évolue en permanence.

Au fil des années, j’ai eu la chance de croiser énormément de personnalités, de collègues, de techniciens, de journalistes, d’artistes, d’entrepreneurs et surtout d’auditeurs qui ont chacun, à leur manière, laissé une empreinte dans mon parcours. Certaines rencontres sont devenues de véritables amitiés, d’autres m’ont simplement appris quelque chose sur le métier ou sur moi-même.

Puis est venu le choix de rejoindre RTCI. C’était une nouvelle étape, avec une autre identité, une autre histoire et une autre manière de faire de la radio. Changer de maison après autant d’années n’est jamais anodin. Il faut accepter de sortir de sa zone de confort, de se réinventer et de repartir, en quelque sorte, à la conquête d’un nouveau public.

Aujourd’hui, je continue à faire ce métier avec la même curiosité qu’au début. Je peux présenter une émission, travailler sur son contenu, réfléchir à des rubriques, à des sujets, à une playlist ou à la manière de raconter une histoire. Et c’est probablement ce que j’aime le plus : ne jamais avoir l’impression de faire exactement la même chose.

Avec le recul, je crois que ma trajectoire s’est construite autant grâce à mes réussites qu’à mes erreurs. Le Canada, l’armée, mes années dans les médias, les changements de stations, les rencontres, les périodes de doute et les choix que j’ai faits ont tous participé à construire l’homme et le professionnel que je suis aujourd’hui.

Mais si je devais parler de ce qui compte le plus dans ma vie, au-delà du métier et de tout ce que j’ai pu accomplir professionnellement, je parlerais aussi de mon fils. Je suis papa d’un garçon de 12 ans, et je suis profondément fier d’être son père. C’est une responsabilité, évidemment, mais c’est surtout une immense fierté et une source de motivation.

Avec les années, on comprend que la réussite ne se mesure pas uniquement à une carrière ou à une émission réussie. Il y a aussi ce que l’on transmet, les valeurs que l’on essaie de donner et la personne que l’on souhaite être pour ceux qui comptent vraiment.

Et finalement, après toutes ces années, je reste animé par la même chose : cette sensation particulière d’allumer un micro et de savoir qu’à l’autre bout, quelqu’un est en train d’écouter.

C’est un lien invisible, mais c’est probablement l’une des choses les plus fortes de ce métier. Et aujourd’hui, je mesure aussi la chance d’avoir construit ce parcours tout en étant devenu le père que je suis.

Vous évoluez aujourd’hui entre journalisme, animation et production. Comment définissez-vous votre métier et qu’est-ce qui vous plaît encore dans ce que vous faites ?

Je ne sais pas si j’arriverais à définir mon métier par un seul mot. Je suis avant tout un homme de radio. L’animation, le journalisme, la production, la préparation d’une émission… tout cela fait partie du même univers pour moi.

Ce qui m’intéresse, c’est surtout ce qu’il y a derrière le micro. Une émission ne consiste pas simplement à prendre l’antenne et à parler. Il faut réfléchir à ce que l’on va raconter, choisir les bons sujets, trouver le bon ton, créer un rythme, écouter les réactions du public et savoir s’adapter. Il y a une vraie part de préparation, mais aussi une part d’instinct et d’improvisation.

L’animation reste évidemment ce qui me procure le plus de plaisir. J’aime cette relation directe avec les auditeurs. On ne les voit pas, mais on sait qu’ils sont là. Parfois, un simple message, un appel ou une réaction suffit à vous rappeler pourquoi vous faites ce métier.

Ce qui me plaît encore aujourd’hui, après toutes ces années, c’est justement de ne pas être blasé. La radio reste imprévisible. Chaque émission peut prendre une direction différente de celle que vous aviez imaginée. Une actualité, une chanson, un témoignage, une réaction d’auditeur peuvent complètement changer le ton d’une émission.

Et puis j’aime le fait que ce métier m’oblige à rester curieux. Il faut s’intéresser à la société, à la culture, à la musique, aux gens, à ce qui se passe autour de nous. On apprend tous les jours.

Au fond, je dirais que je ne fais pas seulement de la radio : j’essaie de créer un rendez-vous. Un moment pendant lequel l’auditeur peut apprendre quelque chose, sourire, réfléchir, découvrir une chanson ou simplement avoir l’impression de partager quelques minutes avec quelqu’un.

C’est probablement cette proximité-là qui me plaît toujours autant. Et après toutes ces années, tant que j’ai encore quelque chose à raconter et l’envie de le raconter, je considère que j’ai une bonne raison de continuer.

 Après toutes ces années et toutes ces rencontres, qu’est-ce que le métier de journaliste vous a appris sur les gens, mais aussi sur vous-même ?

Le métier de journaliste et de radio m’a surtout appris une chose : il ne faut jamais juger trop vite les gens.

Au fil des années, j’ai rencontré énormément de personnes, avec des parcours, des caractères et des histoires complètement différents. Certaines étaient connues, d’autres pas du tout. Et souvent, les personnes qui m’ont le plus marqué sont celles dont on ne parle jamais.

J’ai appris que derrière une apparence, un statut social, une réussite ou même une attitude parfois difficile, il y a toujours une histoire. Quand on prend le temps d’écouter vraiment quelqu’un, on découvre souvent des choses qu’on n’aurait jamais imaginées.

Le métier m’a également appris à écouter. Pas seulement pour préparer une interview ou trouver la bonne question, mais écouter véritablement. Laisser quelqu’un parler, accepter parfois les silences, comprendre ce qui se trouve derrière les mots. C’est quelque chose qui m’a beaucoup changé, y compris dans ma vie personnelle.

Il m’a aussi appris l’humilité. Le micro peut donner une certaine visibilité, mais il ne faut jamais oublier qu’on reste simplement un homme parmi les autres. On peut connaître le succès, être reconnu, avoir de l’expérience… et malgré tout se tromper. J’ai fait des erreurs, j’ai parfois eu de mauvaises réactions, j’ai parfois parlé trop vite. Et je pense que savoir le reconnaître fait aussi partie du métier.

Sur moi-même, la radio m’a appris que je suis quelqu’un de beaucoup plus sensible que je ne le laisse parfois paraître. Quand on passe autant de temps à écouter les histoires des autres, certaines vous touchent forcément. On apprend aussi à mieux se connaître, à comprendre ses propres limites et à accepter ses fragilités.

Et puis il y a une dernière chose : ce métier m’a appris que derrière chaque auditeur, chaque invité, chaque personne que l’on croise, il y a une histoire qui mérite d’être entendue.

Finalement, après toutes ces années, je crois que mon plus grand apprentissage n’est pas journalistique. C’est humain. La radio m’a appris à écouter les autres, mais quelque part, elle m’a aussi appris à mieux m’écouter moi-même.

Vous recevez des profils très différents et donnez régulièrement la parole à des artistes, des entrepreneurs et des porteurs d’initiatives. Qu’est-ce qui vous donne envie de raconter une personne ou un projet plutôt qu’un autre ?

Ce qui me donne envie de raconter une personne ou un projet, ce n’est pas forcément sa notoriété, son statut ou le fait qu’il fasse beaucoup parler de lui. C’est surtout ce qu’il y a derrière.

J’aime les parcours qui ont une histoire. Quelqu’un qui est parti de rien, qui a pris un risque, qui s’est trompé, qui a recommencé, qui a créé quelque chose avec ses propres moyens… Ça m’intéresse énormément. Parce que derrière un projet, il y a toujours une personne, avec ses doutes, ses sacrifices, ses réussites et parfois ses échecs.

Je suis également très sensible aux initiatives qui ont du sens. Un entrepreneur qui crée des emplois, un artiste qui défend une vision, une association qui agit concrètement, quelqu’un qui essaie simplement d’améliorer les choses autour de lui… Ce sont des histoires qui méritent d’être entendues.

J’aime aussi être surpris. Il m’arrive de recevoir quelqu’un dont je ne connais pas forcément très bien le parcours et de découvrir, pendant l’interview, une personnalité ou une histoire beaucoup plus intéressante que ce que j’imaginais. C’est aussi ça qui est passionnant dans ce métier : on ne sait jamais exactement où va nous emmener une conversation.

Je ne cherche pas nécessairement à donner la parole aux personnes qui ont déjà beaucoup de visibilité. Au contraire, j’aime parfois mettre un coup de projecteur sur quelqu’un qu’on connaît moins, mais qui fait des choses extraordinaires dans son domaine.

Et puis je pense qu’un bon entretien doit rester humain. Je ne veux pas simplement aligner des questions et des réponses. J’essaie de comprendre la personne, ce qui la motive, ce qui lui fait peur, ce qui la fait vibrer.

Au fond, ce qui m’intéresse, ce sont les histoires sincères. Celles dans lesquelles l’auditeur peut se reconnaître, apprendre quelque chose ou simplement se dire : « Tiens, je ne connaissais pas cette personne, mais son histoire vaut vraiment la peine d’être entendue. »

À travers toutes ces rencontres, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la Tunisie ? Est-ce que la réalité du pays que vous observez au quotidien correspond à l’image que l’on en donne souvent ?

Mon regard sur la Tunisie est forcément contrasté. Et je crois que c’est justement parce que j’aime profondément ce pays que je refuse d’en avoir une vision uniquement positive ou uniquement négative.

À travers mon métier, je rencontre des Tunisiens qui entreprennent, qui créent, qui innovent, qui se battent pour leurs projets et qui continuent à avancer malgré les difficultés. Je rencontre aussi des artistes, des jeunes, des associations, des chefs d’entreprise, des personnes qui ont des idées et une vraie envie de faire bouger les choses. Cette Tunisie-là existe, et elle mérite d’être racontée.

Mais il y a aussi une autre réalité, celle que nous vivons tous au quotidien : les difficultés économiques, le pouvoir d’achat, les problèmes d’infrastructures, les coupures d’eau ou d’électricité, les lourdeurs administratives, le chômage, le sentiment de découragement chez certains jeunes… On ne peut pas faire comme si tout cela n’existait pas.

Je pense surtout qu’il faut sortir des caricatures. La Tunisie n’est ni le pays merveilleux que certains veulent parfois présenter, ni le pays sans avenir que d’autres décrivent. Elle est beaucoup plus complexe que cela.

Ce que j’observe, c’est un pays qui possède énormément de talents et de potentiel, mais qui donne parfois l’impression de ne pas savoir comment les retenir et les valoriser. Et c’est probablement l’une des choses qui me préoccupent le plus : voir des jeunes compétents, ambitieux, créatifs, qui pensent que leur avenir est forcément ailleurs.

Je suis moi-même très attaché à la Tunisie, et je pense qu’aimer son pays, ce n’est pas fermer les yeux sur ses problèmes. Au contraire. On peut être fier de ce qui fonctionne, défendre ce qui mérite de l’être et, en même temps, dénoncer ce qui ne va pas.

Le rôle des médias est aussi là. Nous ne sommes pas uniquement là pour montrer ce qui est beau. Nous devons également poser des questions, donner la parole, mettre en lumière certaines réalités et parfois déranger un peu.

Finalement, la Tunisie que je vois est une Tunisie pleine de contradictions : un pays qui peut être épuisant certains jours et formidable le lendemain, qui peut nous mettre en colère mais dont on reste profondément attaché.

Et peut-être que c’est justement ça, la réalité du pays : une Tunisie imparfaite, mais qui a encore énormément de choses à offrir.

Vous accordez une place importante aux initiatives culturelles et aux personnes qui font vivre la création tunisienne. Comment jugez-vous aujourd’hui l’état de la culture en Tunisie et ce qui manque encore à ceux qui la font vivre ?

Je pense que la culture tunisienne est beaucoup plus riche que les moyens qu’on lui donne pour s’exprimer.

Quand je regarde ce qui se fait aujourd’hui, je vois énormément de talent, de créativité et d’initiatives. Des artistes qui continuent à créer, des jeunes qui expérimentent, des festivals, des projets indépendants, des associations, des lieux culturels qui essaient d’exister malgré des moyens parfois très limités. Il y a une vraie énergie.

Mais il y a aussi un paradoxe : nous avons des artistes et des créateurs de qualité, mais nous ne leur donnons pas toujours les conditions nécessaires pour travailler, se développer et surtout vivre de leur métier.

Je pense que le premier manque est évidemment celui des moyens et du financement. La culture ne peut pas fonctionner uniquement grâce à la passion et au système D. À un moment donné, un artiste doit pouvoir vivre de son travail, produire, se former, investir dans son matériel, être accompagné et avoir accès à des espaces où présenter ce qu’il crée.

Il manque également, à mon sens, davantage de passerelles entre les artistes, les institutions, les entreprises privées et le public. Nous avons besoin de mécénat, de partenariats, de nouvelles formes de financement et surtout d’une véritable stratégie culturelle sur le long terme.

Mais je pense aussi qu’il faut parfois changer notre regard sur la culture. La culture n’est pas un luxe que l’on peut se permettre uniquement lorsque tout va bien. Elle participe à l’identité d’un pays, à son rayonnement, à son économie et même à son équilibre social.

Et puis il y a un autre enjeu qui me tient particulièrement à cœur : donner davantage de visibilité à ceux qui travaillent dans l’ombre. On parle souvent des artistes déjà connus, alors qu’il existe énormément de personnes qui construisent, expérimentent et créent des choses extraordinaires sans avoir accès aux grands médias ou aux grandes scènes.

C’est aussi pour cela que j’aime leur donner la parole. Une radio doit être un espace de découverte, pas uniquement un endroit où l’on invite ceux que tout le monde connaît déjà.

Je reste donc très optimiste. Je crois énormément dans la création tunisienne. Mais je pense qu’il faut arrêter de demander aux artistes d’être uniquement passionnés et courageux. Il faut aussi leur donner les moyens de leurs ambitions.

Parce qu’un pays qui investit dans sa culture investit finalement dans sa propre image, dans sa jeunesse et dans son avenir.

Les médias sont aujourd’hui confrontés aux réseaux sociaux, à la multiplication des contenus et à l’intelligence artificielle. Selon vous, quel doit être le rôle du journaliste et du média demain ?

Je pense que le rôle du journaliste va devenir encore plus important, justement parce que nous vivons dans un monde où tout le monde peut produire et diffuser de l’information.

Aujourd’hui, une information peut faire le tour des réseaux sociaux en quelques minutes, parfois avant même que l’on ait eu le temps de vérifier si elle est vraie. On reçoit des vidéos, des captures d’écran, des témoignages, des commentaires… et il devient de plus en plus difficile de faire la différence entre une information, une opinion, une rumeur ou une manipulation.

C’est là que le journaliste doit retrouver toute sa valeur : vérifier, contextualiser, expliquer et surtout prendre le temps de comprendre avant de transmettre.

Je ne crois pas que le journaliste de demain doive essayer de battre les réseaux sociaux sur leur propre terrain. Ils seront toujours plus rapides. En revanche, il doit apporter ce que les réseaux ne garantissent pas forcément : de la vérification, de la responsabilité, du recul et de l’humain.

L’intelligence artificielle va évidemment bouleverser notre métier. Elle peut être un outil formidable pour rechercher, organiser, traduire, analyser ou gagner du temps. Mais elle ne doit pas remplacer le regard du journaliste. Une machine peut générer un texte, mais elle ne possède pas notre sensibilité, notre expérience du terrain, notre capacité à comprendre une personne face à nous ou à sentir qu’une histoire mérite d’être racontée d’une certaine manière.

Je pense même que plus l’IA va se développer, plus la valeur de l’humain va augmenter. Dans un monde où les contenus pourront être produits en quantité presque illimitée, ce qui fera la différence sera la confiance.

Et cette confiance, un média ne peut pas simplement la réclamer : il doit la mériter.

Pour moi, le média de demain devra donc être plus proche de son public, plus transparent, plus réactif, mais aussi capable de ralentir quand il le faut. Il devra accepter de dire « nous ne savons pas encore » plutôt que de diffuser une information non vérifiée simplement parce qu’il faut être le premier.

Et en radio, je pense que nous avons encore un atout extraordinaire : la voix et la relation humaine. Une voix peut rassurer, émouvoir, faire réfléchir. Elle crée une proximité que les algorithmes ne pourront jamais totalement remplacer.

Le journaliste de demain ne sera donc peut-être plus celui qui détient l’information en premier, mais celui auquel on fait confiance pour nous aider à la comprendre

Après votre parcours et toutes ces années de rencontres, qu’est-ce qui vous donne encore envie de prendre le micro, de produire et de continuer à raconter la Tunisie ?

Ce qui me donne encore envie de prendre le micro après toutes ces années, c’est probablement quelque chose de très simple : je ne me suis pas lassé des gens.

Je peux me lasser de certaines situations, de certaines contraintes du métier, de la course permanente, parfois même du fonctionnement des médias… mais pas de cette relation avec le public. Il y a toujours quelqu’un à découvrir, une histoire à raconter, une voix à entendre, une chanson à faire découvrir, un sujet qui va provoquer une réaction.

La radio a aussi cette particularité de vous mettre chaque jour face à l’inattendu. Même après des années, vous pouvez arriver en studio avec une émission préparée et, quelques minutes plus tard, vous retrouver à parler complètement d’autre chose parce qu’un événement, un invité ou un message d’auditeur a changé le cours de l’émission. C’est ce côté vivant que j’aime.

Et puis continuer à raconter la Tunisie a du sens pour moi. Parce que je vis ce pays avec ses contradictions. Je vois ce qui fonctionne, ce qui me rend fier, les talents, les initiatives, les réussites. Mais je vois aussi ce qui ne va pas et ce qui doit être dit. Je n’ai jamais considéré que parler des problèmes de son pays signifiait ne pas l’aimer. Au contraire.

J’ai envie de raconter une Tunisie réelle. Pas une Tunisie parfaite pour faire joli, et pas non plus une Tunisie uniquement réduite à ses difficultés. Une Tunisie faite de femmes et d’hommes qui travaillent, qui créent, qui entreprennent, qui doutent, qui réussissent, qui échouent et qui recommencent.

Avec les années, j’ai aussi compris que l’animateur ou le journaliste n’est pas forcément là pour donner des leçons. Il est là pour créer un espace de dialogue. Parfois pour informer, parfois pour divertir, parfois pour poser une question qui dérange, et parfois simplement pour donner la parole à quelqu’un qu’on n’entend pas assez.

Aujourd’hui, je ne cours plus forcément après le micro pour prouver quelque chose. J’ai davantage envie de faire des choses qui ont du sens et qui me ressemblent.

Tant que j’aurai cette envie de découvrir, d’échanger, de raconter et de partager, je continuerai.

Parce qu’au fond, la radio n’est pas seulement mon métier. C’est une partie de ma vie. Et après toutes ces années, j’ai encore des choses à dire.

Mot de fin

Un grand merci à L’Instant M pour ce portrait et pour le temps consacré à raconter mon parcours autrement, avec ses réussites, ses doutes, ses rencontres et ses différentes étapes.

C’est toujours un exercice particulier de parler de soi, surtout après autant d’années de radio. On se retourne quelques instants, on mesure le chemin parcouru et on réalise surtout que derrière un parcours professionnel, il y a avant tout des personnes, des rencontres et beaucoup d’histoires.

Merci à toute l’équipe de L’Instant M pour cette confiance et pour cette belle mise en lumière.

Et puis, au fond, je crois que le plus beau reste encore à raconter…

– La Rédaction