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Journée internationale de l'alphabétisation : où en sont les bibliothèques publiques ?

Date de publication : 08/09/2026

Ce mardi 8 septembre, l'alphabétisation fête un double anniversaire. Celui de sa Journée internationale, proclamée par l'UNESCO en 1966 et célébrée pour la première fois en 1967, qui souffle cette année ses 60 bougies sous le thème "L'alphabétisation au service des personnes, de la planète et de la prospérité". La célébration mondiale se tient les 8 et 9 septembre au Chiapas, au Mexique, avec la remise des Prix internationaux d'alphabétisation de l'UNESCO. En Tunisie, ce rendez-vous est une occasion de plus pour interroger un maillon precis de la chaîne : l'état réel des bibliothèques publiques, ce réseau censé prolonger l'école et prévenir le retour à l'illettrisme.

Ce que les chiffres disent

Taux d'analphabétisme en Tunisie : 17,3% de la population de 10 ans et plus : Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH) 2024

Écart entre les sexes : 22,4% chez les femmes contre 12,0% chez les hommes : RGPH 2024

Écart régional : de 10,1% à Ben Arous à 28,5% à Jendouba, jusqu'à 36,2% chez les femmes de Kairouan :  RGPH 2024

Bibliothèques publiques en Tunisie : 443, pour un fonds de 8 millions de livres :  Direction de la lecture publique, ministère des Affaires culturelles, mai 2026

Fréquentation annuelle : environ 3 millions de lecteurs par an : Direction de la lecture publique, mai 2026

Un maillage inégal du territoire

Le réseau des bibliothèques publiques tunisiennes s'est étoffé de façon continue depuis l'indépendance, mais il reste marqué par de fortes disparités régionales. Selon une répartition établie par l'Institut national de la statistique, le Centre-Est concentre à lui seul 98 bibliothèques publiques, la densité la plus forte du pays, contre 55 dans le Centre-Ouest et 56 dans le Sud-Est. Une géographie qui recoupe, sans grande surprise, celle de l'analphabétisme lui-même : les régions les moins bien dotées en bibliothèques sont souvent celles où le taux d'illettrisme reste le plus élevé, à l'image de Jendouba ou de Kairouan.

Une stratégie vieille de 35 ans, à bout de souffle

Face à la désaffection persistante pour la lecture, l'État tunisien avait lancé dès 1991 une stratégie nationale d'incitation à la lecture. Lors de la dernière Foire internationale du livre de Tunis, en 2026, une rencontre consacrée à l'évaluation de cette stratégie a dressé un constat sans détour : les résultats restent en deçà des espérances, et l'intérêt pour le livre, les bibliothèques et la lecture demeure très faible, notamment chez les jeunes. La directrice de la Direction de la lecture publique, Leila Selmi a plaidé pour un renforcement du cadre scolaire et la modernisation des infrastructures, citées comme une action vitale plutôt qu'un simple complément.

Parmi les pistes évoquées pour relancer l'intérêt des plus jeunes : la généralisation du dispositif "Sac de lecture" et la création de mini-bibliothèques directement dans les bus scolaires, pour aller chercher un lectorat qui ne pousse plus spontanément la porte des établissements existants.

Au-delà des bibliothèques, la question de l'alphabétisation des adultes

Les bibliothèques ne sont qu'un des leviers face à l'ampleur du phénomène. Avec 17,3% d'analphabètes selon le dernier recensement, la Tunisie compte encore près de deux millions de personnes qui ne savent ni lire ni écrire. Le ministère des Affaires sociales pilote depuis plusieurs années un réseau de centres d'alphabétisation pour adultes, passé de 920 à 965 centres, qui a accueilli 27 000 nouveaux apprenants sur une seule année récente. Des centres pilotes ont par ailleurs été créés dans les gouvernorats de Médenine, Béja, Kairouan, Sidi Bouzid et Gabès, en partenariat avec la Confédération allemande de l'enseignement des adultes, pour cibler en priorité les zones où le besoin est le plus criant.

Ce que ce 8 septembre rappelle

Soixante ans après la création de cette journée, la Tunisie n'a pas manqué d'infrastructures : 443 bibliothèques et près de 1 000 centres d'alphabétisation pour adultes forment un réseau réel, présent sur l'ensemble du territoire. Ce qui reste en cause, selon les propres constats des institutions concernées, c'est moins l'offre que l'usage qui en est fait, un fossé entre équipement et appétit de lecture que la seule construction de nouveaux bâtiments ne suffira pas à combler.