Zoom sur un événement

Fête de l'Évacuation : le 15 octobre 1963, les dernières troupes françaises quittaient Bizerte

Date de publication : 14/10/2026

Ce jeudi 15 octobre 2026, la Tunisie célèbre la 63ᵉ fête de l'Évacuation. Jour férié, cette date commémore le départ des dernières troupes. françaises de Bizerte en 1963. Derrière la date, une histoire en trois temps : une base conservée après l'indépendance, quatre jours de combats en juillet 1961, puis deux années de négociations.

Une base conservée après l'indépendance

Après l'indépendance du 20 mars 1956, la France conserve certains privilèges, dont le contrôle de la base aéronavale de Bizerte. Elle y est présente depuis plus de quatre-vingts ans, selon le même article. En février 1961, les négociations entre Habib Bourguiba et le général de Gaulle échouent. Paris agrandit ensuite la base de Sidi Ahmed, un geste que Tunis perçoit comme une provocation, et le président tunisien mobilise l'armée et la population.

Juillet 1961 : la bataille de Bizerte

Les affrontements éclatent le 19 juillet 1961 entre l'armée tunisienne, soutenue par des volontaires civils, et les forces françaises. Le 22 juillet 1961, à sa 962ᵉ séance, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 164, sur la plainte de la Tunisie, qui porte sur un cessez-le-feu. Selon les sources, les combats s'achèvent le 22 ou le 23 juillet.

Le bilan humain reste l'un des points les plus discutés de cette histoire. Les chiffres disponibles s'écartent fortement :

Bilan officiel tunisien : 639 morts, dont 364 militaires, 45 gardes nationaux et 230 civils, et environ 1 000 blessés, selon le ministère tunisien de la Défense.

 Un autre bilan officiel, inscrit selon Wikipédia sur le monument du cimetière des martyrs de Bizerte, mentionne 630 morts et 1 555 blessés.

Selon les historiens, plus de 2 000 Tunisiens, pour la plupart des civils, ont perdu la vie. L'historienne Sophie Bessis avance elle aussi plus de 2 000 morts.

Des estimations plus élevées, jusqu'à 5 000 morts, sont avancées dans certaines sources tunisiennes, sans caractère officiel,

Côté français, les sources donnent entre 24 et 27 militaires tués, et la presse tunisienne parle d'« une trentaine ».

Ces écarts tiennent aux méthodes de décompte, à la part des civils et à l'accès limité aux archives. Aucun chiffre ne fait consensus.

Du cessez-le-feu à l'évacuation

Les pourparlers qui suivent aboutissent, à la reconnaissance du droit tunisien sur Bizerte en janvier 1962. Le 15 octobre 1963, le départ définitif des dernières troupes françaises a lieu. Le matin, l'aérodrome de Sidi Ahmed est remis à la Garde nationale. Le départ des dernières troupes intervient à 15 h 30, selon les archives du Monde citées par La Presse. L'ordre « Lâchez les amarres » est donné depuis le Gustave Zédé, bâtiment portant la marque du contre-amiral Vivier, et le drapeau tunisien est hissé sur la base de Sidi Ahmed par Bahi Ladgham.

Comment la date est commémorée

La journée est marquée par une cérémonie officielle à Bizerte. En 2025, le président de la République a présidé la commémoration du 62ᵉ anniversaire au Carré des Martyrs : salut au drapeau, dépôt de gerbe devant le mémorial et lecture de la Fatiha.

La date donne aussi lieu à des programmes culturels destinés au jeune public. À titre d'exemple, en 2025, la maison de la culture d'El Ksour, au Kef, a proposé, sous la supervision du ministère des Affaires culturelles, un salut au drapeau, la projection du documentaire « La fête de l'évacuation, une glorieuse occasion » suivie d'un débat, puis des ateliers de confection du drapeau, de peinture et de chansons tunisiennes pour les enfants.

Une date célébrée, une bataille encore mal connue

La mémoire de Bizerte comporte une part d'ombre. Le journaliste bizertin Rachid Bakkay se souvient d'un départ discret des bateaux français, sans événement notable en ville, tandis que le vétéran Abdelhamid Riahi, âgé de 22 ans en 1961, décrit une bataille terrifiante et dit attendre une reconnaissance, de la Tunisie comme de la France.

Dans un article d'allAfrica du 23 juillet 2025, la chercheuse Olfa Lamloum, présidente du bureau tunisien de Legal Agenda, parle d'un « double déni » : côté français, la volonté d'enterrer un épisode violent, et côté tunisien, une commémoration centrée sur l'évacuation de 1963 qui a éclipsé la bataille de 1961. Elle souligne aussi la difficulté d'accès aux archives filmées militaires françaises, payantes et en devises. Un ancien militaire cité dans le même article affirme que cet épisode n'est pas abordé dans les études militaires en Tunisie. Il s'agit de points de vue, qui n'engagent pas l'ensemble des historiens.

La fête de l'Évacuation pose ainsi une question de mémoire : comment faire connaître à la fois la date de 1963 et la bataille de 1961, avec leurs bilans discutés, aux générations qui n'ont pas connu cette période ?

Informations pratiques

Date : jeudi 15 octobre 2026, jour férié.

Secteur public : jour chômé et payé pour les agents de l'État, des collectivités locales et des établissements publics.

 Secteur privé : les règles dépendent du Code du travail et des conventions collectives du secteur.

 Cérémonie officielle : Bizerte, Carré des Martyrs, programme 2026 à confirmer.

La Rédaction