La Tunisie compte aujourd’hui plus d’une centaine de start-ups EdTech actives dans l’e-learning, les contenus numériques et la formation en ligne. Un rapport de 2024 note que 114 jeunes pousses tunisiennes se consacrent aux technologies éducatives (14 % de l’ensemble des start-ups du pays), levant collectivement 26,1 millions de dinars (7,8 M€) en 2022. Ce dynamisme s’appuie sur un écosystème de soutien (incubateurs, programmes d’accompagnement) qui veut faire de la formation digitale un levier contre le chômage et pour l’inclusion.
GoMyCode : l’école des compétences numériques

Parmi ces acteurs, GoMyCode est emblématique. Fondée en 2017 par les frères Yahya et Amine Bouhlel, cette école du numérique propose un modèle d’« éducation mixte » alliant cours en ligne et ateliers en présentiel. Elle dispense plus de 30 parcours de formation très demandés sur le marché (développement web, marketing digital, data science, intelligence artificielle, etc.). Avec ce format innovant, GoMyCode a déjà formé des milliers de jeunes diplômés : 80 % d’entre eux trouvent un emploi à l’issue de leur formation. La start-up s’est rapidement étendue hors de Tunisie (Maroc, Égypte, Sénégal, Nigeria, etc.) et a levé 8 M$ en 2022 pour poursuivre son expansion en Afrique et au Moyen-Orient.

Shape : la formation continue personnalisée

Shape, lancée en 2021 par Rahma Ben Abid (Forbes 30 Under 30), est une plateforme EdTech de formation continue. Elle permet aux professionnels d’élaborer un parcours de formation sur mesure, adapté à leur projet de carrière. Opérationnelle en Tunisie, Oman et Maroc, Shape compte aujourd’hui plus de 2 000 utilisateurs actifs quotidiens. Son catalogue couvre des thématiques variées (marketing, gestion d’entreprise, IT, design, etc.). La startup se distingue aussi par son engagement inclusif : elle cible par exemple des enfants en situation de handicap (dyslexie) et prévoit de développer des formations adaptées aux personnes à mobilité réduite. Shape illustre comment les nouvelles technologies facilitent l’accès à un apprentissage personnalisé, même pour des profils jusqu’ici exclus du système traditionnel.

Wallah We Can : réinventer l’école en mode social

Au-delà du numérique pur, certaines initiatives utilisent l’innovation pour transformer les écoles. C’est le cas de Wallah We Can, une ONG/startup sociale tunisienne fondée par Lotfi Hamadi. Son projet « Green School » cible les internats publics en milieu rural : ils sont équipés de panneaux solaires et de fermes scolaires afin de devenir autosuffisants. « Une école publique transformée en entreprise sociale, autosuffisante en énergie et produisant sa propre nourriture », explique Lotfi Hamadi. L’idée est que les surplus d’énergie et de récoltes puissent être vendus pour financer des projets pédagogiques. Ainsi, les écoles partenaires ont pu lancer des clubs extrascolaires (robotique, entrepreneuriat, langues étrangères, médias, chant et même ateliers d’e-learning) grâce aux revenus générés. Le résultat est parlant : le collège transformé de Makthar (Nord-Ouest) est devenu très attractif, avec 80 demandes d’inscription et des élèves épanouis qui déclarent prendre confiance et apprentissage en créant par eux-mêmes (voir témoignages). Wallah We Can montre comment l’innovation sociale peut réconcilier les jeunes avec l’école par des solutions durables et concrètes.

Sciencia : éveiller la curiosité scientifique

Un autre exemple est Sciencia, lancé en 2014 par Latifa El Ghezal et ses cofondateurs. C’est un réseau de centres de loisirs scientifiques pour les 6-16 ans. Objectif : donner le goût de la science par des ateliers pratiques et ludiques. Physique amusante, chimie expérimentale, robotique, astronomie, aéronautique, énergie renouvelable… les enfants y découvrent la science en « pratiquant » plutôt qu’en la survolant. En six ans, Sciencia a déjà touché plus de 1 500 enfants, certains participants revenant année après année à de nouveaux ateliers. Le succès de Sciencia tient à ses petits groupes (8-10 enfants) et à sa pédagogie interactive. Cette start-up illustre comment l’apprentissage peut être redynamisé en reliant les manuels scolaires à des expériences concrètes.

Autres initiatives et perspectives
De nombreuses autres startups contribuent à cette effervescence. Par exemple, Be Maker (Tunis) propose un apprentissage « hands-on » : bootcamps et ateliers en robotique, IoT, intelligence artificielle ou impression 3D pour les jeunes passionnés de techno. Abajim (Sousse) enrichit les manuels traditionnels en intégrant directement des contenus multimédias et des vidéos éducatives dans les cours, rendant ainsi l’apprentissage plus interactif. D’autres projets, comme Initiative H’Art (jeux vidéo pédagogiques sur le patrimoine tunisien) ou Funlab 143 (bibliothèque interactive pour enfants), montrent aussi la créativité des entrepreneurs locaux.
Dans l’ensemble, ces initiatives illustrent une Tunisie résolument optimiste sur l’avenir de son éducation. Soutenues par des programmes publics et privés (incubateurs, fondations), elles s’attaquent à des défis majeurs: chômage des jeunes diplômés, décrochage scolaire, inclusion sociale, en proposant des solutions tournées vers l’avenir. En réunissant technologie, pédagogie innovante et valeurs sociales, les startups EdTech tunisiennes contribuent à réinventer l’apprentissage et à préparer une nouvelle génération à relever les défis du 21ᵉ siècle.
La photo de couverture est générée par l’IA.
