Zoom sur un événement

Retour sur la 40e Foire du Livre de Tunis 2026 : chiffres, succès et limites

Date de publication : 04/05/2026

La 40ᵉ Foire internationale du livre de Tunis, organisée du 23 avril au 3 mai 2026 au Parc des expositions du Kram, restera comme une édition marquante. À la fois par son ampleur et par les tensions qu’elle a révélées.


Une édition XXL en chiffres

Difficile d’ignorer l’ampleur prise par l’événement cette année. La foire a réuni 394 maisons d’édition issues de 37 pays, contre 313 exposants en 2025 . Au total, 148 148 titres ont été présentés, confirmant une progression nette par rapport aux éditions précédentes .

Le secteur tunisien représentait 184 exposants, contre 210 étrangers, preuve d’une ouverture internationale de plus en plus affirmée .

Côté programmation, la foire a proposé :

  • 25 grands rendez-vous intellectuels (10 colloques et 15 tables rondes)
  • environ 150 intervenants (dont 100 Tunisiens et 50 étrangers)
  • 216 activités dédiées aux jeunes
  • 173 caravanes scolaires venues de tout le pays

Le tout avec un budget estimé à 2 millions de dinars .


Une affluence record qui confirme l’attachement au livre

S’il y a un indicateur qui résume cette édition, c’est bien la fréquentation. Même si le chiffre global n’a pas été communiqué, certains pics donnent une idée de l’ampleur.

Le 1er mai à lui seul a attiré environ 35 000 visiteurs, un record pour la foire . Sur l’ensemble des 11 jours, l’affluence a largement dépassé les attentes initiales.

Dans les allées, les ventes ont suivi. Les organisateurs parlent de millions de livres exposés et d’un niveau de ventes jugé “soutenu” par les éditeurs.

Les genres les plus demandés restent fidèles aux tendances : littérature jeunesse, romans et ouvrages de développement personnel.


Une programmation dense et diversifiée

L’édition 2026 s’est construite autour du thème « La Tunisie, patrie du livre », avec l’Indonésie comme invitée d’honneur.

Le pavillon indonésien a présenté plus de 1 000 ouvrages en plusieurs langues, accompagnés de spectacles, conférences et activités culturelles.

Parmi les temps forts :

  • inauguration officielle par le président Kaïs Saïed
  • exposition de calligraphie « Le rythme des lettres »
  • cérémonie de remise de 8 prix littéraires (dotés jusqu’à 15 000 dinars)
  • Espace invité d’honneur (Indonésie)
  • journée record du 1er mai

La clôture, le 3 mai, a prolongé cette dynamique avec une programmation riche : dédicaces, spectacles, projections de films et concerts.


Une forte orientation vers la jeunesse

La foire confirme aussi son rôle éducatif. Les espaces jeunesse ont été parmi les plus fréquentés.

Entre ateliers de lecture, robotique, arts plastiques, jeux vidéo et projections de films, l’objectif était clair : rapprocher les jeunes du livre en diversifiant les formats .

Les 173 caravanes scolaires organisées à l’échelle nationale illustrent cet effort d’inclusion et de démocratisation culturelle .


Un impact économique et culturel réel

Au-delà de l’événement lui-même, les retombées sont multiples.

Pour le secteur du livre :

  • augmentation des ventes
  • signature de contrats de traduction et de diffusion
  • visibilité accrue pour les éditeurs tunisiens

Pour l’économie locale :

  • hausse de fréquentation des hôtels et restaurants
  • dynamisation du tourisme intérieur pendant 11 jours

Sur le plan culturel, la foire confirme la place de Tunis comme un carrefour du livre arabe et international, réunissant des acteurs venus d’Afrique, du monde arabe, d’Europe et d’Asie.


Une organisation en décalage avec l’ampleur de l’événement

Mais ce succès ne masque pas les dysfonctionnements. Et ils ont été nombreux.

Parmi les principaux problèmes relevés :

  • absence de plan du salon jusqu’au 4ᵉ jour
  • signalétique insuffisante
  • numérotation confuse des stands
  • retards dans l’installation
  • communication tardive des événements

Ces lacunes ont eu des conséquences concrètes : visiteurs désorientés, exposants frustrés, et participation réduite à certaines conférences pourtant importantes.

Même la répartition des stands a suscité des critiques, certains éditeurs dénonçant un manque de transparence.


Une édition charnière

Cette 40ᵉ édition met la foire face à une réalité simple : elle a grandi plus vite que son organisation.

Les pistes d’amélioration sont déjà identifiées :

  • planification plus précoce (jusqu’à deux ans à l’avance)
  • création d’une plateforme numérique pour guider les visiteurs
  • meilleure répartition des stands
  • professionnalisation de la logistique
  • renforcement du rôle des éditeurs dans l’organisation

L’objectif est clair : transformer un succès populaire en réussite durable.


Lauréats des prix littéraires 2026

Moment central de la foire, la cérémonie du 30 avril a récompensé plusieurs figures de la scène littéraire tunisienne. Huit prix ont été attribués, chacun doté jusqu’à 15 000 dinars .

Parmi les principaux lauréats :

  • Prix Béchir Khraïef (roman) : Amira Zreik, pour Sous le pont d’Amsterdam
  • Prix Ali Douagi (nouvelle) : Hafidha Kara Bibane, pour Moi, la tueuse et nos ombres
  • Prix Tahar Haddad (sciences humaines) : Adel Kheder et Mohamed Haddad (ex æquo)
  • Prix Mustapha Khraïef (poésie) : Mohamed Naçer Mouelhi
  • Prix Sadok Mazigh (traduction) : Ahmed El Hizem
  • Prix Abdelkader Ben Cheikh (édition jeunesse) : Zineb Ben Othman
  • Prix Noureddine Ben Khidher (édition générale) : Sami Mokaddem

Le paradoxe d’un succès fragile

La Foire du livre de Tunis 2026 illustre un paradoxe intéressant. Elle n’a jamais été aussi fréquentée, aussi internationale, aussi dynamique. Et pourtant, elle n’a jamais autant été critiquée sur le plan organisationnel.

C’est peut-être le signe le plus fort de sa réussite.

Car aujourd’hui, le public est au rendez-vous. Les professionnels aussi. Reste maintenant à construire une structure à la hauteur de cette ambition.


La Rédaction