Zoom sur un événement

Festival arabe de la radio et de la télévision : Tunis au cœur des mutations de l’audiovisuel arabe

Date de publication : 25/09/2026

Du 21 au 24 septembre, la Tunisie accueille la 26ᵉ édition du Festival arabe de la radio et de la télévision. Entre le théâtre antique de Carthage, la Cité de la Culture et Yasmine Hammamet, le rendez-vous organisé par l’ASBU réunit professionnels des médias, créateurs, artistes et spécialistes des technologies autour des transformations qui redessinent aujourd’hui le paysage audiovisuel arabe.

La Tunisie est, cette semaine, au centre de l’agenda audiovisuel arabe. Depuis le 21 septembre, Tunis et Yasmine Hammamet accueillent la 26e édition du Festival arabe de la radio et de la télévision, organisée par l’Union des radiodiffusions des États arabes (ASBU), en partenariat notamment avec le ministère tunisien des Affaires culturelles, la Télévision tunisienne, la Radio tunisienne et Arabsat.

Placée sous le thème « Le rythme de l’image et l’écho de l’avenir », cette édition entend mettre en regard deux réalités : la place toujours centrale de l’image dans la narration médiatique et les transformations accélérées liées aux technologies numériques, à l’intelligence artificielle et aux nouveaux modes de consommation des contenus.

De Carthage à Hammamet, un festival sur plusieurs scènes

Le choix des lieux participe à l’identité de cette édition.

La cérémonie d’ouverture s’est tenue le 21 septembre au théâtre antique de Carthage, donnant au festival une première séquence à la fois artistique et médiatique. La soirée a réuni notamment la chanteuse irakienne Rahma Riad et le chanteur syrien Nassif Zeytoun, qui se sont produits sur la scène de Carthage et ont interprété ensemble un duo.

La soirée a également été marquée par un hommage à douze personnalités artistiques et médiatiques issues de neuf pays arabes, parmi lesquelles la Tunisienne Latifa Gafsi, ainsi que plusieurs figures venues d’Égypte, de Syrie, du Liban, d’Oman, du Koweït, d’Irak, de Mauritanie et des Comores.

Le festival se déplace ensuite vers Yasmine Hammamet, où se concentre une large partie du programme professionnel.

La technologie au centre du rendez-vous

L’un des principaux volets de cette 26ᵉ édition est consacré aux technologies et aux équipements audiovisuels.

L’exposition organisée par l’ASBU réunit plus de 85 exposants sur 110 stands, sur une superficie annoncée d’environ 2 500 m². Elle permet aux professionnels de découvrir des solutions et équipements liés à l’évolution des industries audiovisuelles.

Cette dimension technologique est particulièrement importante dans un secteur confronté à une transformation rapide des usages.

Production automatisée, plateformes numériques, nouveaux formats vidéo, intelligence artificielle, podcasts et évolution des modes de distribution bouleversent progressivement les chaînes traditionnelles de production et de diffusion.

Le festival ne se limite donc plus à célébrer les productions radiophoniques et télévisuelles. Il cherche également à observer ce qui est en train de transformer la manière de produire, raconter et consommer les contenus.

Radio, télévision et nouveaux médias

Cette évolution se retrouve dans les compétitions du festival.

L’édition 2026 comprend des compétitions consacrées à la télévision, à la radio et aux nouveaux médias. Les concours télévisuels et radiophoniques comprennent notamment des compétitions principales destinées aux organismes publics membres de l’ASBU, ainsi que des compétitions parallèles ouvertes aux chaînes privées, agences de presse et producteurs indépendants.

Une compétition spécifique est également consacrée aux contenus numériques produits par les organismes membres de l’ASBU.

Cette évolution du festival est révélatrice d'un paysage médiatique où la frontière entre télévision, radio, web et réseaux sociaux devient de moins en moins nette.

Le contenu audiovisuel n'est plus nécessairement conçu pour un seul écran ou un seul mode de diffusion. Il peut être décliné en vidéo courte, podcast, extrait social, émission numérique ou contenu interactif.

Trois débats pour comprendre le nouveau paysage médiatique

Le programme professionnel prévoit également plusieurs rencontres autour des transformations du secteur.

Trois thématiques occupent notamment une place importante :

« Le podcast : tendances des contenus et pouvoir d’influence », consacré à la montée en puissance de ce format et à son rôle dans les nouvelles stratégies éditoriales.

« Le public et la création de contenu : de la réception au partenariat », qui interroge l’évolution du rapport entre médias, créateurs et audiences.

Et « Le tourisme médiatique : de simple transmetteur de l’événement à créateur de destination », consacré notamment à la manière dont les médias peuvent contribuer à construire l’image et l’attractivité des territoires.

Ces sujets montrent que le festival s’intéresse désormais autant aux nouveaux usages qu'aux contenus eux-mêmes.

L’intelligence artificielle entre dans les discussions.

Parmi les mutations qui traversent aujourd’hui le secteur audiovisuel, l’intelligence artificielle occupe également une place importante.

Le programme professionnel annoncé par l’ASBU prévoit notamment des échanges autour de l’intelligence artificielle dans l’audiovisuel.

La question dépasse désormais la simple automatisation de certaines tâches. Elle concerne la production d’images et de sons, le traitement des archives, le doublage et la traduction, la personnalisation des contenus ou encore les nouvelles formes de narration.

Pour les médias arabes, ces transformations posent également des questions spécifiques : comment préserver les langues et les cultures régionales dans les nouveaux environnements numériques ? Comment valoriser les archives audiovisuelles ? Et comment maintenir une production éditoriale identifiable à l'heure où les outils de génération de contenus deviennent accessibles ?

Le thème choisi pour cette 26ᵉ édition prend ici tout son sens : l'image appartient au présent, mais ses nouveaux usages se construisent déjà pour les années à venir.

Une édition particulière pour la Tunisie

L'accueil de cette 26e édition intervient par ailleurs dans une année symbolique pour plusieurs institutions partenaires.

La Télévision tunisienne célèbre en 2026 ses 60 ans, tandis que l'ASBU marque le 45ᵉ anniversaire de sa création. Arabsat célèbre pour sa part ses 50 ans, donnant à cette édition une dimension particulière dans l'histoire des collaborations audiovisuelles régionales.

La coopération entre la Cité de la Culture et l'ASBU s'inscrit également dans la durée. Selon la TAP, le partenariat entre les deux institutions remonte à 2018, tandis qu'une convention entre le Théâtre de l'Opéra et l'ASBU a été officiellement signée en 2024.

La Tunisie ne sert donc pas uniquement de cadre à l'événement. Elle participe à son organisation et à son écosystème professionnel.

Une clôture entre création musicale et palmarès

Le festival s'achève le 24 septembre au Théâtre de l'Opéra de la Cité de la Culture.

La soirée de clôture doit notamment présenter en avant-première « Safar Ilayka wa Ghanni », œuvre du compositeur tunisien Karim Thlibi, dirigée par le maestro Rassem Dammak. La création propose une relecture musicale du mawwal, en faisant dialoguer patrimoine musical arabe et écriture contemporaine.

La cérémonie doit également accueillir la remise des prix des différentes compétitions du festival : radio, télévision et nouveaux médias.

Après quatre jours entre Carthage, Tunis et Yasmine Hammamet, cette 26e édition aura ainsi dessiné un portrait assez révélateur du secteur : un audiovisuel arabe toujours attaché à ses formats historiques, mais désormais confronté à une transformation profonde de ses outils, de ses audiences et de ses modèles de création.

Et c'est peut-être là que se situe l'enjeu principal de cette édition : moins regarder ce que les médias arabes ont été que comprendre ce qu'ils sont en train de devenir.