Il y a des parcours qui traversent les disciplines autant que les continents. Celui de Dr Hela Zahar en fait partie. Formée en communication, en design puis en arts à l'Université de Tunis, passée par l'enseignement à l'Institut supérieur des arts multimédias de la Manouba (ISAMM), elle est aujourd'hui professeure et chercheuse à l'Université de l'Ontario français (UOF), à Toronto, où elle dirige le Pôle d'études et de recherche en cultures numériques. Depuis le Canada, elle observe, documente et fait dialoguer les scènes culturelles tunisiennes, maghrébines et francophones avec l'un des sujets les plus disputés de notre époque : l'intelligence artificielle.

De la communication et du design à la recherche universitaire
Le parcours académique de Hela Zahar se construit d'abord en Tunisie, avec une formation initiale en communication et design puis une maîtrise en arts, culture et communication à l'Université de Tunis. Elle enseigne ensuite comme maître assistante à l'Institut supérieur des arts multimédias de la Manouba (ISAMM), avant de s'orienter vers une double spécialisation doctorale, entre la France et le Canada.
Elle obtient un premier doctorat en cinéma, en cotutelle entre l'Université de Tunis et l'Université Paris III Sorbonne Nouvelle, puis un second doctorat, en études urbaines, à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) de Montréal. Sa thèse à l'INRS, consacrée au calligraffiti arabe dans la culture visuelle contemporaine, aux tensions urbaines et à la circulation des images, l'amène à documenter des scènes artistiques allant de Montréal à Paris en passant par la Tunisie et le Moyen-Orient. En 2017, dans le cadre de ses recherches doctorales, elle coorganise « Calligraphie transfrontière », un projet de médiation scientifique et artistique associant l'artiste tunisien de calligraffiti Karim Jabbari à la réalisation d'une fresque de calligraphie arabe dans le quartier montréalais du Petit Maghreb, une manière concrète de relier son terrain de recherche à l'espace public.
Le Médialab Cultures numériques, un pont entre la Tunisie, le Canada et la francophonie
Depuis son arrivée à l'Université de l'Ontario français, où elle est nommée responsable du pôle d'études et de recherche en cultures numériques puis professeure agrégée, Hela Zahar a fondé et dirige le Médialab Cultures numériques de Toronto. Avant l'UOF, elle avait notamment dirigé le pôle lavallois d'enseignement supérieur en arts numériques et économie créative. Le Médialab qu'elle a créé se consacre aux pratiques responsables du numérique, à la recherche et à la création, et supervise un programme de baccalauréat qui explore les liens entre les cultures et les technologies contemporaines.
Ses travaux se situent à l'intersection de l'intelligence artificielle, des cultures numériques, de la culture visuelle de l'image et des arts. Chercheuse associée puis collaboratrice de la Chaire de recherche du Québec sur l'intelligence artificielle et le numérique francophones (INRS), elle participe notamment au projet de recherche « IA (re)générative pour la culture », mené entre 2025 et 2028, qui examine la manière dont l'intelligence artificielle générative transforme l'écosystème culturel francophone, au Canada, mais aussi dans plusieurs pays du Maghreb et du Moyen-Orient, dont la Tunisie.
Étudier l'impact de l'IA sur le travail culturel tunisien
C'est là que le parcours de Hela Zahar retrouve directement la Tunisie. Elle mène actuellement un programme de recherche international sur l'impact de l'intelligence artificielle générative dans les secteurs culturels et créatifs, avec un volet consacré à la Tunisie, et travaille à documenter les écosystèmes de l'IA dans plusieurs pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Ses recherches interrogent la visibilité culturelle à l'ère des algorithmes, les transformations du travail créatif et artistique provoquées par l'intelligence artificielle, ainsi que les enjeux de souveraineté culturelle et technologique, des questions qui touchent directement les industries créatives tunisiennes.
En 2022, elle intervient au Sommet de la Francophonie de Djerba avec une communication sur les plateformes numériques et la production culturelle dans les États francophones, l'un de ses travaux consultables en ligne. Elle donne par ailleurs régulièrement des conférences en Tunisie sur l'intelligence artificielle, les cultures visuelles, l'environnement numérique et les industries culturelles, et développe des collaborations entre universités tunisiennes et canadiennes autour de la recherche, de la formation et de l'innovation numérique.
Une voix reconnue de la recherche francophone
Régulièrement invitée dans les médias canadiens pour commenter les enjeux liés à l'intelligence artificielle, aux algorithmes et à la culture, Hela Zahar s'est imposée comme une figure active de la recherche francophone sur les relations entre intelligence artificielle, culture, médias et société. Selon les éléments qu'elle indique dans sa biographie, elle a par ailleurs reçu le Prix hommage aux accomplissements franco-ontariens en 2024, 2025 et 2026, ainsi que le prix « Coup de cœur du Jury » du Congrès maghrébin au Québec, des distinctions que L'Instant M n'a pas pu retrouver de manière indépendante dans des sources publiques au moment de la publication, et qui sont ici rapportées telles que communiquées par l'intéressée.
Plus largement, avec plus de trente ans d'expérience entre enseignement, recherche, communication et gestion de projets culturels et numériques en Tunisie et au Canada, elle contribue, projet après projet, au rayonnement de l'expertise tunisienne dans les domaines des cultures numériques et de l'intelligence artificielle à l'international. Récemment, Dr Hela Zahar a assuré le cours inaugural de l'année universitaire 2026-2027 à l'Institut supérieur des beaux-arts de Tunis (ISBAT), en animant une conférence-discussion remarquée intitulée « Cultures visuelles de l'Intelligence artificielle : images, création, infrastructures et enjeux écologiques ».
Ce que son parcours dit à une génération
Le parcours de Hela Zahar illustre une trajectoire encore trop rare : celle d'une chercheuse tunisienne qui a fait de la circulation entre les disciplines, communication, design, cinéma, études urbaines, et entre les continents un véritable outil de recherche. En choisissant d'étudier l'intelligence artificielle non pas comme une abstraction technologique mais comme une force qui transforme concrètement le travail des artistes et des professionnels de la culture, elle relie deux mondes que l'on présente trop souvent comme éloignés : les industries créatives tunisiennes et les grands laboratoires de recherche nord-américains sur l'IA. Sa trajectoire rappelle qu'une expertise construite entre Tunis, Paris, Montréal et Toronto peut aussi se mettre au service d'une meilleure compréhension des défis numériques que la Tunisie elle-même doit affronter.

Le 30 septembre 2026, Hela Zahar était invitée à prononcer le cours inaugural de l'année universitaire 2026-2027 de l'ISBAT, à Tunis, lors d'une conférence-discussion intitulée « Cultures visuelles de l'intelligence artificielle : images, création, infrastructures et enjeux écologiques ». Tenue de 10h à 12h au Grand amphithéâtre de l'institut, cette rencontre illustre concrètement le lien qu'elle entretient avec la scène académique et artistique tunisienne, en abordant l'IA sous l'angle de la création, mais aussi de ses infrastructures et de son impact écologique.
La Rédaction
