Cinéma/Série/Geek

ELLE de Paul Verhoeven

"Disposant de tout ce qu'il faut pour exceller dans l'art de déranger, ELLE défie la morale et vous convie à participer".

On l’a accusé de tout et de n’importe quoi.  Pour débuter le 21éme siècle, il décide de s’éclipser : dix ans nous séparent déjà de son avant dernier long métrage.

Il s’est fait mitrailler par la critique internationale et surtout américaine en 1997, a été traité de Nazi, les plus doux ont dit de lui qu’il mettait en scène un monde fasciste et heureux de l’être, le reste criait au scandale et à la propagande, son film Starship Troopers à l’époque de sa sortie et probablement aujourd’hui encore fut et considéré comme une fable nazie : je parle bien sûr du très controversé Paul Verhoeven.

Le néerlandais , bien qu’il soit athée , est complètement passionné et épris de l’histoire du Christ qu’il voulait adapter depuis bien longtemps. Il s’est finalement contenté d’un ouvrage : Jesus de Nazareth. C’est vous dire à quel point la non faisabilité du film fit plaisir à certains, car Paul Verhoven,  féru comme il estdes chocs et des sujets chauds bouillants, fondés ou pas, avait une autre vision des choses : pour lui, Jésus aurait été le fruit du viol de Marie par un soldat romain : Dangereux ? Fou ? Sa dernière œuvre n’est est pas moins dérangeante.

ELLE, sans introduction, aucune, vous invite dans un salon d’une maison de bobo ou Michèle Le Blanc est attaquée puis violée chez elle, le tout sous l’œil bienveillant de son chat. Commence alors une histoire assez particulière entre la victime et son agresseur masqué, qui  nous emportera dans un maelstrom vertigineux, une virée dans les contrées du tabou et une sensation constante de malaise.

ELLE n’admet pas le voyeurisme, il le consacre, ELLE ne pose pas des questions, il vous extirpe de là ou vous êtes et vous jette en pleine scène de crime ; deux possibilités s’offrent donc à vous : une sorte d’euthanasie intellectuelle où vous cessez de réfléchir, où la morale s’improvise comme atout de distanciation ou alors vous prenez le risque de vous salir, de mettre en doute cette fameuse morale, d’admettre qu’il y’a une autre possibilité, bien loin des normes et de la bien-pensance , une sexualité autre, mutante, une sexualité transgenre, qui ne s’affirme pas comme telle mais qui serait théâtrale, aux antipodes de tout ce qui est admissible par une société moderne .

Je vous éviterai bien d’autres détails car je ne pourrai me pardonner de vous gâcher un tel plaisir ! Il est aussi probable que j’espère vous voir inconfortable, irrité.e, mal et égaré.e face à un dilemme aussi important. Car oui , on pourra toujours se dire qu’on est ouvert.e à toute sorte d’interprétation mais les nuances, ces fameuses nuances, c’est elles qui font qu’un film est un chef d’œuvre ou une bouse, qu’une déclaration est glorieuse ou honteuse.C’est bien ici la force de ce film : il est tellement nuancé, l’écriture est tellement fluide, intelligente, parsemée de tellement de petits détails que l’avis que vous vous ferez n’est que le résultat d’une combinaison de plusieurs suppositions et choix on ne peut plus personnels.

Ce qui en découle, c’est que le film pourrait aussi bien s’apparenter à une apologie du viol qu’à une œuvre ultra-féministe.


Isabelle Huppert ? Dieu n’en a pas fait deux,et sans elle, ELLE n’existe (rait)  peut être même pas. Le film est une réelle démonstration de la véracité du concept de la « Persona », et c’est celle de la grande Isabelle dont on parle. C’est puissant, tellement puissant que vous êtes carrément tenté.e de ne pas y croire, ou alors d’y croire tellement vous vous imaginez, en filigrane de ce que vous regardez, un enchainement d’images, une étrange suite logique qui va de Chabrol à Haneke, qui se cristallise en la personne de cette divinité qu’est Isabelle Huppert.

Faites vous plaisir en vous torturant l’esprit, elle est bien douce la torture quand elle vous défie !


Par içi la bande annonce :

 


Issam Jemaa