Le jazz est arrivé en Tunisie comme une brise venue d'outre-Atlantique, apportant avec lui les rythmes syncopés et les improvisations soul d'une Amérique en transformation. Depuis les débuts timides des années 1960, la Tunisie s'est progressivement construite une scène jazz singulière, teintée de ses couleurs orientales et de ses traditions musicales ancestrales. Aujourd'hui encore, malgré les défis économiques et politiques, le pays demeure un foyer vibrant de créativité musicale, où le jazz dialogue harmonieusement avec les musiques arabes et méditerranéennes.
Aux origines du jazz
Le jazz est né aux États-Unis à la fin du XIXᵉ siècle, principalement à La Nouvelle-Orléans. Il est issu d’un mélange entre les musiques africaines, le blues, les chants religieux afro-américains et les traditions européennes. Fondé sur l’improvisation et le rythme, le jazz devient rapidement une musique populaire, puis un art majeur qui se diffuse en Europe dès les années 1920.

L’arrivée du jazz en Tunisie
En Tunisie, le jazz apparaît au début des années 1960, dans un contexte d’ouverture culturelle après l’indépendance de 1956. Cette période voit émerger des jeunes musiciens tunisiens passionnés par le jazz, qui se réunissent autour de cette musique improvisée, explorent son langage et contribuent à son implantation progressive dans la scène musicale locale.
Festival international de jazz de Carthage le grand rendez‑vous du jazz en Tunisie
Le Festival international de jazz de Carthage, fondé par Mourad Mathari, occupe une place majeure dans l’histoire du jazz tunisien et africain.

Initié dans le contexte culturel dynamique des années 1960 et rapidement devenu un événement incontournable, ce festival s’est imposé comme le festival majeur de jazz en Tunisie, attirant des publics curieux et passionnés de musique du monde entier.
Dès ses premières éditions, le festival a accueilli sur ses scènes des artistes de renommée internationale, contribuant à faire rayonner le jazz sur la scène culturelle tunisienne. Grâce à la vision de Mourad Mathari et à l’accueil d’artistes prestigieux, il a aidé à créer des ponts entre les musiciens tunisiens et la grande tradition jazz internationale.
Parmi les figures légendaires du jazz qui ont marqué l’histoire du festival, on peut citer des noms comme Louis Armstrong, Ray Charles, et d’autres grands artistes venus enrichir la programmation et inspirer les nouvelles générations de musiciens en Tunisie.

Ainsi, le Festival international de jazz de Carthage s’est affirmé non seulement comme un moment fort de la vie musicale tunisienne, mais aussi comme un lieu de rencontre entre cultures, où la créativité jazz se mêle à l’ouverture artistique et à l’échange interculturel.
La naissance d’un jazz tunisien
Dès ses débuts, le jazz en Tunisie ne se limite pas à une simple imitation du modèle américain. Des musiciens cherchent à le fusionner avec les traditions locales, notamment les modes arabes (maqâmât), l’improvisation orientale (taqsîm) et des musiques rituelles comme le stambâli.
En 1969, l’album Noon in Tunisia, fruit d’une collaboration entre le pianiste suisse Georges Gruntz et le musicologue tunisien Salah El Mahdi, constitue une première trace enregistrée de ce métissage entre jazz et musique tunisienne.
Les années de recul et l’exil des musiciens
À partir des années 1980, la scène jazz connaît un ralentissement. Le manque de soutien institutionnel et la priorité donnée aux musiques traditionnelles freinent l’innovation. Plusieurs musiciens tunisiens choisissent alors de s’installer en Europe pour poursuivre leur carrière.
Parmi eux, Anouar Brahem et Dhafer Youssef s’imposent comme des figures majeures du jazz contemporain. Leurs œuvres mêlent jazz, musique arabe et spiritualité, et rencontrent un large succès international.

La reconnaissance internationale
La signature d’Anouar Brahem avec le label ECM au début des années 1990 marque un tournant décisif. Ses albums, enregistrés avec des musiciens de renom, donnent une visibilité mondiale au jazz tunisien. Dhafer Youssef suit une trajectoire similaire, développant un style très personnel basé sur la voix, l’improvisation et les collaborations internationales.
Ces artistes montrent que le jazz tunisien peut s’inscrire pleinement dans les courants mondiaux tout en conservant une identité propre.
Le renouveau depuis les années 2000
À partir des années 2000, la scène jazz tunisienne se restructure. De nouveaux festivals et espaces pour jazz apparaissent, comme Jazz à Carthage, Jazz Club de Tunis, Tabarka Jazz Festival, Sicca Jazz à El Kef, et Jazz’it Festival.
Ces événements accueillent des artistes tunisiens et étrangers et contribuent à élargir le public.

En parallèle, l’enseignement du jazz se développe à Tunis et l’intégration du jazz dans les instituts supérieurs de musique permettent de former de jeunes musiciens capables de naviguer entre tradition arabe et jazz moderne.
Une scène actuelle discrète mais active
Aujourd’hui, le jazz en Tunisie reste une scène de niche, mais elle est bien vivante. Concerts, jam sessions, festivals et projets pédagogiques témoignent d’un réel dynamisme. Des musiciens comme Fawzi Chekili et sa fille Selma Chekili ou Mourad Sakli jouent un rôle central dans la transmission et l’innovation.

Conclusion
Le jazz tunisien est le reflet d’une identité musicale ouverte et métissée. Ni totalement américain, ni strictement traditionnel, il se construit dans l’échange et l’improvisation. Discret mais constant, il continue de relier la Tunisie au reste du monde à travers un langage musical universel, libre et profondément humain.
Par S.B.S
