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Parcours de championnes : les visages du sport féminin en Tunisie

Date de publication : 26/03/2026

La Tunisie, pionnière maghrébine de l'émancipation féminine, a vu émerger des championnes qui s'illustrent sur la scène africaine et mondiale. Panorama d'une révolution silencieuse, portée par des femmes d'exception.

Un héritage forgé dans la durée

Indépendante depuis 1956, la Tunisie s'est dotée très tôt de lois progressistes pour les femmes, droit de vote, statut social, accès à l'éducation. Pourtant, leur intégration dans le sport compétitif a suivi un chemin plus lent, semé d'obstacles culturels et institutionnels.

Au tournant du XXᵉ siècle, les disciplines sportives s'ouvraient progressivement aux femmes. Dès 1976, le judo est officiellement ouvert aux Tunisiennes ; aujourd'hui, 44 % des judokas licenciés sont des femmes. La lutte féminine a disputé sa première compétition nationale en 1996, année où la Tunisie organisait le tout premier Championnat d'Afrique de lutte féminine. La boxe a suivi en 2002, 24 licenciées la première année, 49 en 2005.

L'haltérophilie féminine a quant à elle débuté en 2000 avec 42 licenciées, avant de doubler en quelques années. Ces ouvertures successives dessinent la carte d'un pays en mouvement, conscient que la performance sportive est aussi un message politique.

Le Comité national olympique tunisien (CNOT) a lancé en 2026 le programme « Femme, Sport et Olympisme » (2026-2028), visant à créer une base de données nationale du sport féminin et à promouvoir les femmes aux postes de direction. Une ambition institutionnelle qui accompagne les succès de terrain.


Portraits de championnes

Pour illustrer la diversité et l'excellence du sport féminin tunisien, voici les portraits de quelques-unes des athlètes les plus représentatives, issues de disciplines variées..

Ons Jabeur · Tennis

Née en 1994, Ons Jabeur a atteint le rang de numéro 2 mondiale en 2022, meilleur classement WTA de l'histoire pour une Tunisienne. Elle compte cinq titres WTA en simple : Birmingham 2021, Madrid 2022, Berlin 2022, Charleston 2023 et Ningbo 2023. En 2022, elle est devenue la première femme africaine et arabe finaliste d'un Grand Chelem, atteignant les finales de Wimbledon et de l'US Open. Auteure d'une révolution tactique fondée notamment sur le revers slicé, elle est adulée chez elle comme ambassadrice absolue du sport féminin.


Habiba Ghribi · Athlétisme

Née en 1984, Habiba Ghribi est la première Tunisienne à avoir décroché une médaille olympique féminine. Son argent aux JO de Londres 2012, converti en or après la disqualification de la première pour dopage, a fait d'elle la seule sportive tunisienne officiellement championne olympique. Elle a également été sacrée championne du monde du 3 000 m steeple en 2015 et porte-drapeau de la Tunisie aux JO 2016. Ses records africains et nationaux restent des références continentales.


Inès Boubakri · Escrime

Née en 1988, Inès Boubakri est la première escrimeuse tunisienne médaillée olympique, avec un bronze décroché à Rio en 2016. Membre de l'équipe nationale depuis le début des années 2000, elle a remporté plus de 60 médailles continentales et s'est hissée à de nombreuses reprises sur le podium des championnats d'Afrique. Son engagement au-delà de la piste, notamment pour promouvoir l'image de la femme tunisienne moderne, en fait une figure centrale du sport féminin national.


Marwa Amri · Lutte libre

Née en 1989, Marwa Amri est la première femme tunisienne médaillée olympique en lutte, avec un bronze à Rio 2016, distincion qui lui a valu le titre de « sportive de l'année » en Tunisie. Championne du monde 2017 et douze fois championne d'Afrique, elle incarne avec éclat la capacité du sport de combat à porter des messages d'émancipation.

Wafa Masghouni · Taekwondo


Née en 2007, Wafa Masghouni est un prodige précoce : sacrée championne du monde senior en octobre 2025 à seulement 17 ans (tournoi de Wuxi), elle devient la première Tunisienne titrée dans une épreuve mondiale senior de taekwondo. Championne du monde junior et championne d'Afrique 2023, elle a été nommée « sportive tunisienne de l'année 2025 ». Licenciée au Club Olympique de Tunis et coachée par Mohamed Soufi, elle constitue l'un des plus grands espoirs africains du sport olympique.


Ghofrane Belkhir · Haltérophilie

Née en 2001, Ghofrane Belkhir a inscrit son nom dans l'histoire de l'haltérophilie tunisienne en remportant le titre mondial 2021 dans la catégorie -55 kg à Tachkent, une première pour une Tunisienne. Elle a suivi avec le titre continental africain en 2022 dans la catégorie -59 kg. Détentrice de records continentaux à l'arraché, elle illustre la nouvelle vague de jeunes sportives tunisiennes au sommet de la puissance mondiale.


Mouna Chebbah · Handball

Née en 1982, Mouna Chebbah est la meilleure buteuse de l'histoire de l'équipe nationale tunisienne avec plus de 1 000 buts. Championne d'Afrique en 2014 et multiple médaillée continentale depuis 2004, elle a évolué en club à Metz Handball (France) et au Club Africain. Élue meilleure handballeuse africaine en 2014, avec plus de 250 sélections, elle incarne la longévité et le professionnalisme.


Briser le plafond de verre

Malgré l'éclat de ces palmarès, les sportives tunisiennes affrontent des résistances profondes. Au-delà du manque de financements, les budgets des fédérations féminines restent généralement réduits, elles doivent composer avec l'hostilité de certains médias et des mentalités conservatrices qui limitent l'exposition publique des femmes en tenue sportive.

La pression familiale et sociale se traduit par un taux de licenciation encore très faible : 73 % des sportifs tunisiens licenciés sont des hommes, contre seulement 26,2 % de femmes, selon l'Observatoire national du sport. Les enjeux culturels et d'infrastructures, horaires de piscine, vestiaires, codes vestimentaires, transport, demeurent des barrières récurrentes.

Ces championnes jouent pourtant un rôle de modèles qui dépasse largement le cadre sportif. Elles inspirent des filles dans les écoles, militent pour l'accès aux postes d'encadrement et de direction, et sont souvent reçues au palais présidentiel. Le CNOT organise des séminaires pour encourager la féminisation des cadres sportifs et attirer davantage de filles vers les sports d'équipe et de combat.


Le sport comme levier de société

Les championnes réunies dans ce dossier ne sont pas seulement des sportives d'exception : elles sont les visages d'une Tunisie qui avance. Chaque médaille décroite, chaque record battu, chaque finale atteinte contribue à faire bouger les lignes sociales, à prouver qu'aucun niveau n'est hors de portée pour une femme tunisienne.

Leur exemple sert à lever des obstacles invisibles, à inspirer la prochaine génération de filles qui grimpent au bassin ou s'échauffent sur une piste de judo, et à renforcer la cohésion nationale autour des valeurs universelles du sport : effort, dépassement, respect.

Le chemin reste long, la parité dans les licences sportives, dans les salaires, dans les médias et dans les postes de direction exige encore un travail collectif considérable. Mais les femmes qui portent le maillot tunisien sur les plus grandes scènes mondiales ont déjà accompli l'essentiel : elles ont rendu le possible visible.