À l'occasion de la Semaine des Sciences en Belgique, une jeune ingénieure tunisienne a participé à un projet international inédit : donner une voix numérique à Lucia de Brouckère, première femme à avoir enseigné dans une faculté des sciences en Belgique. Un travail salué par la RTBF et soutenu par l'Union européenne.
Une résidence internationale à la Bibliothèque Royale de Belgique
Du 25 au 27 mars 2026, Sarra Alyani, chercheuse tunisienne en data intelligence et étudiante ingénieure, a participé au festival [In]Visible, qui s'est tenu à la Bibliothèque Royale de Belgique, à Bruxelles.
Invitée par l'ASBL Les Trois Plumes dans le cadre de l'initiative XR4Heritage, elle a rejoint une équipe de recherche internationale réunissant des spécialistes de la KU Leuven et de la Haute École Lucia de Brouckère. Leur mission : concevoir l'intelligence artificielle d'un avatar historique pour le projet intitulé « Archives Vivantes ».
Ingénieure en IA et data science, Sarra Alyani est formée à l'Université Ibn Khaldoun (UIK) de Tunis. Son profil ,à la croisée de la structuration des données et de l'intelligence artificielle l'a amenée directement au cœur de ce projet de patrimoine numérique.
Lucia de Brouckère : une figure scientifique à réhabiliter
Le personnage que Sarra Alyani a contribué à faire revivre est loin d'être anodin. Chimiste bruxelloise de renommée internationale, Lucia de Brouckère est la première femme à enseigner dans une faculté des sciences en Belgique.
Née le 13 juillet 1904 à Saint-Gilles et décédée à Ixelles le 3 novembre 1982, Lucia de Brouckère est une chimiste, professeure à l'ULB et militante laïque belge. Elle a obtenu son doctorat en 1927, présidé la Société belge de chimie, et en 1934, elle est élue première femme à la tête du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme.
En 2023, l'un des plus grands supercalculateurs de Belgique a été nommé « Lucia » en son hommage. Une figure dont la mémoire méritait, selon les porteurs du projet, un outil à la hauteur du XXIe siècle.
De l'archive à l'avatar : le travail de Sarra Alyani
Son travail a porté sur la structuration et l'analyse des données pour concevoir l'IA de l'avatar de Lucia de Brouckère. Grâce à ce travail, l'avatar devient un pont interactif entre le passé et le futur, permettant au public de redécouvrir le patrimoine scientifique de manière accessible.
XR4Heritage est un programme porté par l'ASBL Les Trois Plumes, fondé par Géraldine Bueken, qui a pour vocation d'allier les nouvelles technologies aux propositions culturelles. Il agit comme incubateur de projets culturels numériques, en créant des liens entre acteurs culturels et créatifs par le biais de formations aux nouvelles technologies.
Le projet « Archives Vivantes » illustre concrètement ce que ce type de collaboration peut produire : des archives transformées en expérience vivante, accessible à un large public.
Une coopération Tunisie–Union européenne
Au-delà de la prouesse technique, ce projet porte une dimension diplomatique et culturelle. Soutenu par le programme « Culture Moves Europe », il illustre le rôle croissant des jeunes talents dans la circulation des savoirs et des innovations. Il s'appuie sur un réseau institutionnel incluant l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et Brussels International.
« Participer à cette résidence de recherche à Bruxelles est une reconnaissance de mes compétences en IA et Data Science. C'est aussi une fierté de représenter l'ingénierie tunisienne à l'international », déclare Sarra Alyani.
L'IA au service de la mémoire : un signal fort
Ce projet arrive dans un contexte où la Tunisie affirme progressivement sa place dans l'écosystème mondial de l'intelligence artificielle. Des ingénieurs tunisiens sont désormais sollicités non seulement pour des applications commerciales, mais aussi pour des projets à haute valeur patrimoniale et culturelle.
L'avatar de Lucia de Brouckère ne parle pas seulement du passé. Il dit aussi quelque chose de l'avenir : celui d'une IA mise au service de la transmission, du savoir et de la mémoire collective.
Sources : La Presse de Tunisie, Kapitalis, Le Temps News, Université Libre de Bruxelles, RTBF, XR4Heritage
