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Le retour du vinyle en Tunisie : collectionneurs et passionnés

Date de publication : 29/04/2026


Il y a quelque chose d’un peu anachronique, et pourtant bien vivant, dans le fait de pousser la porte d’un appartement, quelque part en Tunisie, et d’y découvrir, soigneusement rangés sur des étagères, des centaines de disques vinyles. Des pressings tunisiens des années 1970 côtoient des albums de jazz américain, du raï algérien ou encore de la techno venue d’Europe. On s’attendrait à tomber sur ce genre de caverne d’Ali Baba à Brooklyn ou à Paris, pas forcément ici, entre une rue animée et un quartier plus calme du pays.

Le vinyle fait son retour en Tunisie. Discrètement, mais sûrement, comme ce léger craquement quand l’aiguille trouve enfin son sillon.

Le Disquaire 

Niché au 3 rue Mami, à deux pas du restaurant Sakura Pasta à La Marsa, Le Disquaire est l'adresse incontournable pour tous les amoureux du vinyle à Tunis. Spécialisé dans la vente de disques vinyles, rock, pop, jazz et bien d'autres genres, ce petit coin de paradis musical ravira aussi bien les collectionneurs aguerris que les curieux en quête de leur première galette noire. Dans une ville où la culture et l'art de vivre se mêlent harmonieusement, Le Disquaire s'impose comme un havre chaleureux où le craquement d'un sillon redevient une expérience à part entière. Que vous cherchiez une pépite rare ou simplement l'envie de feuilleter des pochettes et de redécouvrir le plaisir analogique, c'est ici que la musique reprend tout son sens.

Eddisco Records

Au 8, rue d'Autriche, Eddisco Records fonctionne sur rendez-vous uniquement. Son fondateur, Hamdi, est DJ de métier et collectionneur de passion. Dans son espace, mi-salon mi-discothèque, il accueille lui-même ses visiteurs, les installe dans un canapé, pose une galette sur la platine et laisse la conversation s'installer naturellement, au rythme de la musique.

Sa collection, méticuleusement organisée, couvre des décennies et des continents : musique arabe ancienne, funk tunisien oublié, soul internationale, électronique de club. Des visiteurs étrangers de passage à Tunis figurent parmi ses habitués les plus enthousiastes, souvent stupéfaits de découvrir un tel lieu sous ces latitudes.

Une tendance mondiale qui trouve ses racines locales

Le phénomène n'est pas propre à la Tunisie. À l'échelle mondiale, les ventes de vinyles ont dépassé celles du CD pour la première fois depuis les années 1980, portées par une génération de jeunes adultes que le streaming a paradoxalement rendus nostalgiques d'une écoute plus incarnée, plus intentionnelle. Mais en Tunisie, la résurgence du disque noir prend une couleur particulière.

Elle s'inscrit dans une double mémoire : celle, intime, des familles qui conservaient précieusement leurs galettes de Fairouz, de Oum Kalthoum ou de Saliha dans des meubles en bois ; et celle, collective, d'une scène musicale tunisienne qui, entre les années 1960 et 1980, produisit des enregistrements d'une richesse insoupçonnée, et aujourd'hui très recherchés par les amateurs du monde entier.

Les marchés aux puces, premier terrain de chasse

Pour ceux qui n'ont pas accès aux réseaux de collectionneurs, le marché de la Medina et les brocantes de Bab Jdid restent les premiers terrains de chasse. Entre un lot de vaisselle et une pile de magazines jaunis, il n'est pas rare de tomber sur une pochette défraîchie qui cache un trésor. La connaissance est ici la monnaie d'échange la plus précieuse : savoir reconnaître un pressing original d'une réédition, identifier un label disparu, déchiffrer une matrice gravée à la main dans le sillon.

Cette culture de la chasse, longtemps pratiquée en solitaire, commence à se structurer. Des groupes en ligne réunissent des dizaines de passionnés tunisiens qui s'échangent des photos, des conseils et des adresses. Certains organisent des écoutes collectives dans des appartements privés, reprenant le modèle des listening parties popularisées en Europe et aux États-Unis.

Un équipement qui se démocratise

Trouver des disques est une chose. Les écouter dans de bonnes conditions en est une autre. Le renouveau du vinyle a stimulé une demande en équipement audio qui profite à plusieurs enseignes de la capitale.

Sonomusic, installée à Charguia (60, rue 8601), fait figure de référence pour les amateurs d'équipement hi-fi sérieux. Sur deux étages, la boutique propose amplis, platines, câbles et enceintes, dans une ambiance soignée qui tranche avec les échoppes désordonnées du centre-ville. Music Plus, rue Garibaldi, est une adresse plus centrale et plus accessible pour les débutants qui souhaitent s'initier sans se ruiner. Alibaba Music, aux Berges du Lac, complète l'offre pour ceux qui cherchent variété et commodité.

Le vinyle, acte de résistance culturelle ?

Il serait tentant de ne voir dans ce retour qu'une mode, un caprice esthétique de millenials en mal d'authenticité. Mais à en Tunisie, le phénomène semble porté par quelque chose de plus profond : une volonté de renouer avec un patrimoine sonore que le tout-numérique avait mis en veille. Beaucoup de ces disques tunisiens anciens n'ont jamais été numérisés, n'existent sur aucune plateforme de streaming. Le vinyle est, pour eux, le seul vecteur de survie.

Collecter un disque en Tunisie aujourd'hui, c'est parfois sauver une musique de l'oubli. C'est poser une aiguille sur une mémoire qui, autrement, s'effacerait dans le silence.


SBS