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Bien-être en Tunisie : entre spa, plantes médicinales et Business Wellness

Date de publication : 30/04/2026

Le marché mondial du bien-être a atteint 6 800 milliards de dollars en 2024, selon le Global Wellness Institute, soit une croissance de 7,9 % en un an, et le double de ce qu'il pesait en 2013. Il devrait frôler les 9 800 milliards de dollars d'ici 2029. Ce secteur dépasse désormais le tourisme, l'informatique et l'économie verte réunis. 

Dans ce contexte d'explosion mondiale, la Tunisie observe. Elle dispose pourtant d'un arsenal remarquable : des eaux thermales connues depuis l'Antiquité, un patrimoine de plantes aromatiques et médicinales parmi les plus riches du bassin méditerranéen, et une culture du soin ancestrale inscrite dans les murs mêmes de ses hammams. La question n'est plus de savoir si le pays a les ressources. Elle est de savoir s'il a la volonté de les convertir en économie.

Un socle solide : le thermalisme tunisien en chiffres

Les données sont là, et elles sont éloquentes. En 2025, 7 millions de personnes ont bénéficié des services des centres de thermalisme en Tunisie, répartis sur 490 établissements, stations thermales, bains minéraux et centres de thalassothérapie, avec un taux de croissance estimé à 5 % entre 2024 et 2025. 

Fait révélateur : 70 % de ces visiteurs sont des touristes étrangers, principalement attirés par les centres de thalassothérapie en eau de mer. Les seuls centres de thalassothérapie ont accueilli 180 000 curistes en 2025. La Tunisie est aujourd'hui classée première en Afrique en matière de tourisme médical, et deuxième en termes d'indicateurs de santé sur le continent.

En 2024, la Tunisie a accueilli 10,25 millions de visiteurs, générant des recettes de 7,49 milliards de dinars, soit une progression de +8,3 % par rapport à 2023. Sur les premiers mois de 2025, la dynamique s'accélère : +8,8 % d'arrivées au 20 avril 2025 par rapport à l'année précédente. Le magazine National Geographic a classé la Tunisie parmi les 25 destinations les plus fascinantes à visiter en 2025. 

À l'horizon 2030, une étude de l'IACE présentée en septembre 2025 chiffre le potentiel des recettes touristiques à plus de 13 milliards de dinars, avec un scénario susceptible de créer entre 32 000 et 33 000 emplois additionnels. 

Le hammam, institution vivante

Avant d'évoquer le spa de luxe, il faut revenir à l'essentiel : le hammam. Non pas comme décor ou carte postale, mais comme pratique sociale encore pleinement vivante. Dans les médinas de Tunis, Sfax, Sousse ou Kairouan, les hammams de quartier continuent d'ouvrir à l'aube et de fermer à la nuit tombée. On y entre pour le keis, ce gant rugueux qui exfolie la peau morte , pour le savon beldi à l'huile d'olive, pour la vapeur qui ouvre les pores et dilate le temps. On en ressort le corps neuf et l'esprit apaisé.

Les établissements haut de gamme ont bien compris la valeur de cet héritage. Le Four Seasons Hotel Tunis intègre un hammam traditionnel dans son spa de 10 salles de soin signé Guerlain, inspiré des colonnes de Carthage. The Residence Tunis à Gammarth propose un espace thalassothérapie de 3 500 m² avec 30 salles de soin et un hammam oriental. Le S Per Aqua Spa & Fitness du Mövenpick Hotel du Lac Tunis allie soins Charme d'Orient et piscine intérieure chauffée. Le Spa NUXE de l'Hôtel Concorde Les Berges du Lac propose des soins sur mesure aux cosmétiques naturels.

La thalassothérapie : un savoir-faire reconnu, des adresses de référence

La thalassothérapie est peut-être le secteur où la Tunisie s'est le plus structurée. Avec 3 000 heures de soleil par an, des côtes s'étirant sur 1 300 kilomètres et une eau de mer riche en oligo-éléments, les conditions naturelles sont idéales.

À Hammamet, l'Hasdrubal Thalassa & Spa est l'un des établissements de référence de la Méditerranée, avec suivi médical personnalisé et cadre entre mer et jardins. Le Radisson Blu Resort & Thalasso abrite le centre Rhéa Thalasso, dans une ambiance pensée pour la détente profonde. Le Bio Azur Thalasso & Spa du Cap Bon surplombe la mer avec une offre de soins innovants. L'Alhambra Thalasso s'étend sur 4 500 m² dans une architecture arabo-andalouse.

Sur l'île de Djerba, plusieurs adresses s'imposent : l'Hasdrubal Prestige Thalassa & Spa, le Radisson Blu Palace Resort & Thalasso, l'Ulysse Djerba Thalasso & Spa, le Yadis Djerba Golf Thalasso & Spa et le Royal Elyssa Thalasso & Spa, qui combine soins marins traditionnels et thérapies orientales avec vue sur la Méditerranée. À Sousse, le Thalassa Mövenpick est réputé pour son approche scientifique et l'expertise de son équipe médicale.

Pour une expérience unique, le Dar Hi à Naftah, dans le désert du Sud tunisien, propose un spa intégrant une piscine thermale alimentée par des sources profondes, un hammam chauffé à la vapeur du désert, et une salle de yoga et méditation.

Les sources thermales historiques : Korbous, l'or minéral du Cap Bon

À 60 kilomètres de Tunis, face à la mer, les sources thermales de Korbous jaillissent directement du flanc de la colline pour se jeter dans la Méditerranée. Connues et exploitées depuis l'Antiquité romaine, leurs eaux, riches en sels minéraux, en silice et en soufre, sont reconnues pour leurs propriétés thérapeutiques sur les rhumatismes et les affections dermatologiques. Korbous reste l'un des sites les plus authentiques du patrimoine thermal tunisien, et paradoxalement l'un des moins mis en valeur.

La flore médicinale : 2 160 espèces et un potentiel sous-exploité

C'est peut-être là que réside la plus grande richesse méconnue du wellness tunisien. La flore de Tunisie compte 2 160 espèces vasculaires, ce qui fait du pays "un véritable réservoir phytogénétique" selon l'APIA. Parmi celles-ci, au moins 180 espèces sont strictement médicinales et aromatiques. 

Les principales plantes exploitées en cosmétique et bien-être :

Romarin (Rosmarinus officinalis) : Stimulant circulatoire, tonique du cuir chevelu. L'une des principales huiles essentielles exportées.

Myrte (Myrtus communis) : Son huile essentielle est utilisée en soins respiratoires et cosmétiques ; l'une des principales filières d'exportation.

Néroli (fleur d'oranger amer) : Distillé dans le Cap Bon. Premier produit d'exportation des HE tunisiennes. Anti-stress et parfumerie.

Géranium rosat : Cultivé à Nabeul. Son eau florale régule le sébum et apaise le système nerveux.

Fenugrec : Régulateur hormonal naturel, utilisé en cataplasme contre les douleurs articulaires.

Henné (Lawsonia inermis) : Fortifie le cheveu, propriétés antifongiques et antiseptiques documentées.

Figue de Barbarie (Opuntia ficus-indica) : Son huile de pépins vaut entre 1 000 et 1 500 €/litre sur le marché international. Pousse naturellement partout en Tunisie.

Jasmin de Grombalia : Utilisé en parfumerie et aromathérapie. Culture séculaire dans le Cap Bon.


La filière PAM représente environ 250 000 journées de travail par an. Ses exportations, vers la France, l'Espagne, l'Italie et le Royaume-Uni, représentent 97,5 % des exportations de la filière pour sept produits clés. Pourtant, la Tunisie exporte encore trop souvent la matière première brute, laissant à d'autres la valeur ajoutée de la cosmétique et du conditionnement.

Le gap à combler : une dépense wellness encore très faible

Un chiffre résume à lui seul l'enjeu : la dépense par habitant en matière de wellness dans la région MENA s'élève à 339 dollars par an, contre 6 029 dollars en Amérique du Nord et 1 876 dollars en Europe. C'est à la fois un constat de retard et une formidable opportunité de croissance. 

La région MENA a enregistré une croissance annuelle du wellness de 7,2 % entre 2019 et 2024, l'une des plus dynamiques au monde. Le segment des sources thermales et eaux minérales est projeté à +10 % de croissance annuelle jusqu'en 2029, en faisant l'un des secteurs les plus porteurs à l'échelle mondiale. 

Ce qu'il faut pour y arriver : les conditions du saut qualitatif

Le diagnostic est posé par les professionnels eux-mêmes. Safouane Ben Aissa, consultant à l'IACE, l'a dit sans détour lors du Tunisia Economic Forum de septembre 2025 : "Nous ne sommes pas encore outillés pour monter une vision stratégique solide dans le secteur." Les données sont fragmentaires, le pilotage absent, la concertation entre acteurs publics et privés insuffisante.

Trois conditions semblent nécessaires pour franchir le cap. D'abord, la labellisation : créer un label "wellness tunisien" reconnaissable à l'international, ancré dans les ressources locales. Ensuite, la formation : les thérapeutes, praticiens du hammam et herboristes constituent un capital humain précieux qu'il faut professionnaliser. Enfin, la transformation locale de la matière première : chaque bouteille d'huile de figue de Barbarie ou d'eau de géranium exportée brute est une valeur ajoutée perdue.

Ce potentiel, la Tunisie ne l'a pas volé. Elle l'a hérité, de ses oliviers, de ses sources, de ses herboristes, de ses hammams. Il reste à décider d'en faire une industrie. Pas celle d'un wellness uniformisé et sans âme que l'on retrouve partout de Dubaï à Bali. Mais celui d'une destination qui sent le néroli du Cap Bon, qui transpire dans les voûtes d'un hammam de la médina, et qui soigne avec les plantes que ses arrière-grands-mères connaissaient par cœur.


La Rédaction