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Portrait de Lina Lazaar, quand l'entreprenariat culturel connecte la Tunisie au monde

Date de publication : 02/06/2026

Dans le club très restreint des figures qui façonnent le marché et la critique de l’art international, Lina Lazaar s’impose comme un modèle de réussite et d'avant-garde. Née en 1983 à Riyad et nourrie très tôt par une tradition familiale de mécénat, elle a su transformer cette sensibilité en une véritable force de frappe institutionnelle.

Diplômée de HEC, elle est titulaire de diplômes de cycle supérieur de la London School of Economics en mathématiques et statistiques, ainsi que de l'Institut Sotheby's en art contemporain d'après-guerre. 




Cette double expertise lui permet de maîtriser autant les mécanismes complexes de la finance mondiale que les subtilités de la création artistique. En tant que vice-présidente de la Fondation Kamel Lazaar (KLF), elle utilise ces leviers pour structurer et propulser la scène tunisienne sur l'échiquier mondial, loin des clichés orientalistes.

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De Sotheby's à Venise : la construction d'une influence internationale

L’histoire de cette réussite s’écrit d’abord au cœur du marché de l’art londonien. Au sein de la prestigieuse maison de vente Sotheby's, où elle officiera pendant plus de dix ans, Lina Lazaar joue un rôle déterminant dans l'émergence du marché de l'art arabe et iranien contemporain sur la scène des enchères internationales. Elle y lance notamment les premières ventes de Sotheby's au Moyen-Orient, contribuant à structurer et légitimer une scène artistique régionale encore peu visible sur les grandes plateformes mondiales. Elle réalise alors rapidement que la visibilité de ces artistes nécessite des structures pérennes et une légitimité critique, plutôt que de simples coups de projecteur commerciaux.

Avant ce retour historique à Venise, le parcours international de Lina Lazaar s'est déjà affirmé à travers plusieurs jalons majeurs. En 2010, elle fait ses débuts curatoriaux au Tate Modern de Londres. L'année suivante, elle organise The Future of a Promise à la Biennale de Venise, la première exposition panarabe de l'histoire de la manifestation, en résonance directe avec le Printemps arabe.


 En 2012, elle fonde la Jeddah Art Week en Arabie saoudite, introduisant pour la première fois des interventions artistiques de grande envergure à l'échelle urbaine dans le royaume. Son leadership international se concrétise de manière historique en 2017. Elle conçoit et orchestre le grand retour de la Tunisie à la Biennale de Venise, après près de six décennies d'absence — la Tunisie n'y avait plus été représentée depuis 1958. 

L’exposition The Absence of Paths, qu'elle supervise sous forme de kiosques délivrant des visas universels, bouscule les frontières géopolitiques. Ce projet audacieux s'attire immédiatement les éloges des plus grandes revues de référence mondiales, à l'instar d'ArtForum.


L'impact social par l'art : l'épopée d'Ibraaz, Jaou Tunis et le B7L9

La force de la démarche de Lina Lazaar réside dans sa volonté d'ancrer le succès artistique dans le développement social et urbain. Dès 2011, elle cofonde avec Anthony Downey et sous l'égide de la Fondation Kamel Lazaar la plateforme Ibraaz , forum éditorial et de recherche critique dédié à la culture visuelle de la région MENA. 

En octobre 2025, Ibraaz franchit un cap stratégique majeur en inaugurant son tout premier espace physique permanent au cœur de Londres, dans le quartier de Fitzrovia. Ce lieu, pensé comme une maison d'hospitalité culturelle, vient ancrer dans le réel une vision portée depuis plus de dix ans : offrir une tribune d'expositions, de débats et de rencontres pour les artistes maghrébins, arabes et les diasporas du monde entier. 


En Tunisie, c'est à travers la biennale Jaou Tunis, créée en 2013, qu'elle déplace durablement les lignes. En 2015, au lendemain des attentats, elle investit le Musée du Bardo pour y réunir la communauté artistique internationale en réponse à l'obscurantisme.

Cette ambition de décloisonner la culture culmine avec la création du B7L9 à Bhar Lazreg. Le B7L9, premier centre d’art contemporain à but non lucratif en Tunisie, a ouvert ses portes en 2019 à Bhar Lazreg, un quartier dynamique situé en périphérie de Tunis. En tant que premier espace permanent de la Fondation Kamel Lazaar, il occupe une place centrale dans la réalisation de la mission de la Fondation : favoriser un impact social durable à travers l’art et la culture. Son nom, issu de la transcription phonétique arabe du quartier, souligne son ancrage local, tandis que le centre, pleinement intégré à la vie du quartier, se veut un espace de partage et de création collective. Sa façade, conçue en collaboration avec les résidents, réinterprète le camouflage naval de la Première Guerre mondiale (“dazzle camouflage”) comme symbole de visibilité, de diversité et d’autorité partagée. Le B7L9 propose un programme annuel inclusif d’événements artistiques et culturels ouverts à tous les publics et œuvre à rendre l’art contemporain accessible grâce à un ensemble d’activités variées : conférences, ateliers, concerts et actions de médiation impliquant activement les communautés au-delà du centre de Tunis. Le site comprend une salle d’exposition de 500 m², une salle de projection, des studios de danse et de musique, des espaces modulables et un jardin accueillant diverses activités culturelles. En octobre 2025, le Delia Studio a ouvert ses portes afin d’offrir un espace de création et de formation dédié aux jeunes artistes et aux créateurs émergents. Enfin, les enfants bénéficient également de programmes d’éducation artistique, tandis que les expositions sont accompagnées de rencontres publiques, d’ateliers et de dialogues interdisciplinaires favorisant l’échange et la réflexion collective.


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2026 : Vers l'intelligence collective et l'expansion des réseaux d'Afrique du Nord

En 2026, la dynamique de Lina Lazaar s'étend vers de nouveaux territoires artistiques. Jaou Tunis 2026 marque une collaboration inédite avec le Centre d'art contemporain Genève : pour la première fois hors de Suisse, la Biennale de l'image en mouvement se tiendra à Tunis, du 23 octobre au 22 novembre 202, réunissant seize artistes internationaux autour de la création vidéo et cinématographique. Une étape supplémentaire dans la vision de Lina Lazaar : faire de Tunis un carrefour incontournable de la création contemporaine mondiale. 

En renforçant les ponts entre les scènes artistiques d'Afrique du Nord et les réseaux d'Europe ou du Moyen-Orient, elle consolide une infrastructure culturelle indépendante et résiliente.

Lina Lazaar prouve ainsi que la véritable réussite ne se mesure pas seulement à la reconnaissance internationale. Elle réside dans la capacité de bâtir des institutions durables, inclusives et capables de faire de Tunis un foyer rayonnant de la pensée contemporaine mondiale. 

Asma Ayadi