Cinéma/Série/Geek

Critique M : White girl

« Film électrochoc du dernier festival de Sundance, White girl divise mais charme jusqu’au bout des narines ! »

Il y’a de ces films ou l’on ne cesse de faire des associations, de chercher les références, bref, de tout chercher à contextualiser. Il existe toutefois des cas bien plus particuliers, où les références défilent les unes après les autres, non pas dans un acte de copiage infortuné mais dans une démarche beaucoup plus riche. Cette démarche est d’autant plus qu’il s’agit d’une histoire semi autobiographique ; les références et les clins d’œil en deviennent une évidence, un embellissement naturel des choses : comme s’il existait un mécanisme invisible qui rendait ce genre de film comme touché par la grâce. White Girl est un premier film et il a sacrément de la gueule !    

Elizabeth Wood ne nous a certainement pas offert le film de la décennie mais elle nous a clairement gratifié d’un rare objet de convoitise, un film qui transpire, qui vit : un film vrai.

Imaginez un peu la Frances Ha de Noah Baumbach déambulant dans ces belles ruelles new-yorkaises. Elle déambule, non pas sur le « Modern Love » de David Bowie mais sur un son hip-hop bien misogyne ;  non pas soucieuse de sa  carrière de danseuse mais plutôt à la recherche continue de la poudre magique, des cieux dépeuplés de Dieu qu’offrent les voyages fantastiques des drogues et du sexe animal, le sexe de la déconvenue et du besoin.

 L’histoire est celle de deux amies qui viennent d’emménager dans un quartier à mi-chemin entre un ghetto et un quartier hispter-friendly. Cette  liberté rime donc forcément avec  excès, et c’est à partir de ce simple constat que tout le film se construit.  Il n’est donc pas tant un essai de retranscription d’un quotidien de freaks écervelés qu’une immersion totale aux allures d’études sociologique du genre et  du ‘’white privilege’. La gentrification est en effet un fait réel : beaucoup d’étudiants de couleur blanche et de hipsters emménagent dans ces quartiers new yorkais pas si « white » que ça à l’origine… White Girl ne désigne donc pas seulement notre principale protagoniste (la sulfureuse Morgan Saylor) !

Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, le premier rôle de cette œuvre a été offert à la cocaïne ! Aussi appellée « White gir l» selon le dictionnaire  urbain, elle est le centre du film, dans sa recherche se fondent insouciance et envolées lyriques, dans sa consommation s’acquièrent effervescence et joie de vivre. Ses paradis artificiels sont dépeints avec une rare véracité : on effleure constamment les limites du cliché sans jamais y tomber. C’est  en cela que réside l’exploit de White Girl .

Morgan Saylor, cette petite blonde qui arrive de loin et que personne ne voit venir, on la connaissait dans la série Homeland ; depuis, pas vraiment grande chose. Cataloguée dans la conscience collective dans le rôle de Dana Brody, elle crève ici carrément l’écran, elle s’investit et se lance sur des terrains de jeu explosifs ! Complètement effacée, guidée par ses narines et l’appel à extase des voies nasales, elle mouille au sens figuré comme au sens littéral, elle existe au-delà de la caméra qui la suit, elle ne l’évite pas, elle se défait de toute sorte d’attache, et s’envole dans des variations extrêmes. Larry Clark l’aurait certainement prise dans son Kids avec lequel White Girl partage bien plus qu’un portrait d’une génération qui ne jure que par les plaisirs éphémères.  Elle n’hésite pas à saisir ce dont elle a envie ; on croirait qu’elle le fait par amour, mais l’amour lui est étranger. Le désir par contre, l’habite en continu : quel bel émerveillement fut celui de la voir faire ce qu’elle a fait ! On est loin d’y être insensible, et c’est tout notre corps qui y répond.  L’excitation est alors transcendée - et elle est juste exquise.

Ce portrait trash d’une génération qui va au bout de ses envies est un hymne à l’anamour, il ne se veut ni moralisateur ni catégorique. Ce film ne fait ni l’apologie des drogues ni ne les condamne. Il se veut comme un chant de sirènes, beaucoup trop beau et séduisant pour s’en priver, même si le naufrage est inévitable. 

Issam Jemaa