Actrice, chanteuse, auteure et conteuse, Ichraq Matar fait partie de cette génération d’artistes tunisiens qui refusent les étiquettes. Son parcours reflète une curiosité artistique constante, entre cinéma, théâtre, musique et radio.

Crédits : Patrick Baz
Elle débute pourtant par des études de droit, un choix motivé par les attentes sociales plutôt que par une vocation personnelle. Très vite, elle ressent le décalage et poursuit en parallèle ses passions : jouer, chanter, raconter des histoires. Sa première expérience dans le cinéma professionnel agit comme un déclic et l’incite à se réorienter vers le cinéma, avec une spécialisation en écriture de scénarios et réalisation.

Crédits : Fayrouz Feki
Un parcours riche et pluriel
Au cinéma, Ichraq Matar s’illustre dans des films remarqués sur la scène internationale, notamment L’Homme qui a vendu sa peau, nommé aux Oscars, Slaughterhouse of Happiness diffusé sur Netflix, et Les Filles d’Olfa, sélectionné à Cannes et également nommé aux Oscars, tous réalisés par Kaouther Ben Hania.

Elle joue également dans A Bird from Paradise de Mourad Ben Cheikh et Isha de Selma Hobi qui a reçu le Prix du meilleur court métrage tunisien aux JCC 2024.

Le théâtre occupe une place importante dans son parcours. Elle se produit dans Ad Libitum de Taoufik Jebali, Kaligula II, Au violon (Jranti Laaziza) et Arboun 3 de Fadhel Jaziri, ainsi que First Class de Rémi Sarmini, des expériences qui nourrissent son jeu et affinent son rapport à la scène.
Côté musique, elle est membre du groupe Oyoun El Kalam et du Chœur de l’Opéra de Tunis, poursuivant une pratique vocale commencée dès l’enfance. Elle explore aussi la radio, d’abord à Diwan FM, puis à Misk, alliant narration et transmission.
Une sensibilité artistique héritée
Attirée très tôt par les mots et les histoires, Ichraq grandit dans un univers où l’art occupe une place centrale. Marquée par son grand-père, le poète Abdelrazak Nizar, elle développe une sensibilité nourrie par la lecture et l’émotion. Le théâtre lui ouvre ses premières scènes au collège, tandis que le cinéma s’impose plus tard, après un premier refus familial qui la pousse à gagner en indépendance.

Crédits : Saber Hadj Romdhane
L’Homme qui a vendu sa peau et surtout Les Filles d’Olfa représentent un tournant dans sa carrière, lui offrant reconnaissance internationale et ouverture aux festivals. Présente à Cannes, elle considère ces expériences comme des étapes, non comme des aboutissements.
Pour Ichraq Matar, cinéma, théâtre, écriture, musique ou radio sont autant de moyens au service d’un même objectif : transmettre des émotions. Sans distinction entre petits ou grands rôles, elle explore autant les personnages ordinaires que ceux capables de la transformer. Consciente de la responsabilité liée à la représentation de la culture tunisienne, elle rappelle que toute vision reste subjective.

Crédits : Med Anis Smaoui
Aux jeunes femmes tentées par une carrière artistique, elle livre un message simple : le chemin est difficile et incertain, mais renoncer à sa vocation l’est tout autant. Essayer, apprendre et rester fidèle à ce qui rend heureux est déjà une victoire.
Par S.B.S
