Née en 1988 à Tunis, Amel Guellaty s’impose aujourd’hui comme l’une des figures les plus prometteuses du cinéma tunisien et arabe contemporain. Réalisatrice, scénariste et photographe talentueuse, elle conjugue un regard sensible sur la jeunesse, l’amitié et les aspirations étouffées avec une esthétique soignée et une grande liberté narrative.

Après des études de droit à la Sorbonne à Paris, Amel Guellaty choisit de plonger dans le monde du cinéma. Elle commence comme assistante réalisatrice sur des films marquants, notamment Après mai d’Olivier Assayas, Corps étranger de Raja Amari et La Blessure d’Abdellatif Kechiche. Ces expériences auprès de cinéastes exigeants nourrissent son approche : une mise en scène précise alliée à une attention particulière aux personnages et à leurs émotions intérieures.
En 2017, elle passe derrière la caméra avec son premier court-métrage, Black Mamba (20 minutes). Produit par Atlas Vision, ce film connaît un beau parcours en festivals : sélectionné dans plus de 60 manifestations internationales, il remporte une vingtaine de prix. Ce premier essai pose déjà les bases de son style : une écriture intimiste, des portraits de jeunes femmes fortes et une photographie soignée.

En 2021, elle réalise Chitana (18 minutes), un deuxième court qui confirme son talent et récolte également plusieurs distinctions.

Mais c’est en 2025 que sa carrière prend une dimension internationale avec son premier long-métrage de fiction : Where the Wind Comes From (en français : Là d’où vient le vent).

Ce road-movie poétique et lumineux suit Alyssa, une jeune Tunisienne de 19 ans rebelle et pleine de vie, qui jongle entre ses études, une mère malade et la garde de sa petite sœur. Elle rêve d’un ailleurs, d’un souffle de liberté dans un pays où le conservatisme reprend parfois le dessus. Avec Mehdi, un jeune homme timide de 23 ans, elle forme une amitié profonde et désintéressée. Ensemble, ils découvrent un concours qui pourrait leur offrir une échappatoire. Le film raconte ce voyage, à la fois physique et émotionnel, où l’amitié devient un refuge et un moteur d’émancipation.
Présenté en première mondiale en janvier 2025 dans la compétition World Cinema Dramatic du Festival de Sundance, le long-métrage a été salué pour sa fraîcheur, sa tendresse et sa capacité à montrer une jeunesse tunisienne rarement représentée à l’écran : vivante, rêveuse, résiliente, loin des clichés. Amel Guellaty y défend avec force l’idée d’une relation platonique forte entre un garçon et une fille, un type de lien qu’elle juge sous-représenté au cinéma malgré sa fréquence dans la vraie vie.
Le film a ensuite poursuivi son chemin dans plusieurs festivals, notamment le Festival du film de Carthage où il a remporté le Prix du public et le Prix du meilleur scénario, avant des sorties en salles dans plusieurs pays (dont la France, le Qatar et la Tunisie). MAD Distribution a acquis les droits MENA, signe de la confiance que suscite ce premier long.
Installée aujourd’hui en partie à Los Angeles, Amel Guellaty continue également de développer son travail de photographe (mode, voyage, portraits), un univers visuel qui enrichit indéniablement sa mise en scène cinématographique.
Avec Where the Wind Comes From, elle offre un cinéma d’auteur accessible, optimiste sans être naïf, ancré dans la réalité tunisienne tout en parlant à un public universel. Une belle promesse pour la suite de sa carrière.
Amel Guellaty prouve qu’une nouvelle génération de cinéastes tunisiens sait raconter son pays avec justesse, poésie et audace. Le vent, chez elle, souffle clairement du côté de l’espoir et de la liberté.
