Dossier & Reportage

À Djerba-Ajim, la première résidence artistique écologique de Tunisie ouvre ses portes

Date de publication : 25/08/2026

Le 22 juillet 2026, la Maison de la culture de Djerba-Ajim a inauguré une résidence artistique écologique, la première du genre au sein des maisons de la culture en Tunisie. Un bâtiment conçu dans le respect des normes écologiques, ancré dans l’architecture traditionnelle de l’île, avec une capacité d’accueil initiale de dix artistes. Ce n’est pas un détail. C’est un signal.


Pourquoi Ajim, pourquoi maintenant ?

Ajim n’est pas le lieu le plus évident pour une première nationale. Ce n’est pas Tunis, ni Hammamet, ni même Houmt Souk. C’est le port de pêche au sud de Djerba, celui d’où part le bac vers Jorf, celui dont les quais ont accueilli il y a moins d’un mois le premier bateau de pêche solaire de Méditerranée. Un village de pêcheurs qui, en l’espace de quelques semaines, est devenu deux fois un territoire pionnier.

Ce n’est pas non plus une coïncidence. Neila Akrimi, directrice du Centre international CILG qui a porté le projet, l’a dit clairement : la résidence est née des consultations menées directement auprès des jeunes de la municipalité de Djerba-Ajim. Ils ont dit ce qu’ils voulaient en matière d’animation culturelle. Et l’infrastructure a répondu.

Ce que c’est concrètement

La résidence en chiffres et en détails


Capacité d’accueil initiale : 10 lits, avec possibilité d’extension

Architecture : style traditionnel djerbien et modernité, éléments de calligraphie arabe intégrés

Construction : normes écologiques, première infrastructure de ce type en maison de culture

Portée : artistes locaux et régionaux, espace de création, formation et échange culturel

Inauguration : 22 juillet 2026,  coïncide avec le Festival du Murex, théâtre pour enfants


La résidence s’intègre aux infrastructures existantes de la Maison de la culture, salles de spectacles et d’expositions, pour former un complexe culturel intégré. L’objectif, selon Aymen Ben Youssef, sous-directeur de la gestion des maisons de la culture, est de libérer le potentiel créatif des artistes locaux et régionaux. Tarek Mehdhaoui, délégué régional des Affaires culturelles à Médenine, a précisé que la résidence a une vocation large : égalité des genres, développement durable, création artistique.

Qu’est-ce qu’une résidence artistique écologique

La notion de résidence artistique écologique est relativement récente dans le monde culturel. Elle croise deux logiques habituellement séparées : l’exigence de la création artistique, qui a besoin de temps, de silence et d’espace, et l’impératif écologique, qui impose de repenser les modes de production, de construction et de vie.

En France, le ministère de la Culture a lancé en 2023 un dispositif appelé Résidences vertes, qui accompagne des artistes souhaitant réorienter leur pratique vers des modes de création plus durables. Dix-huit projets ont été incu-bés en 2026. L’écosystème international des résidences artistiques écologiques est en expansion : il s’agit de lieux qui intègrent l’architecture durable, l’ancrage territorial et les pratiques artistiques dans un même projet de vie.

Ce que Djerba-Ajim a fait, c’est transposer ce modèle dans le contexte tunisien, avec ses propres matériaux, sa propre esthétique et ses propres priorités : architecture vernaculaire djerbienne, calligraphie arabe, réponse aux besoins des jeunes du territoire. Ce n’est pas un copier-coller d’un modèle européen. C’est une adaptation locale, ce qui est précisément ce qui la rend intéressante.

Pourquoi c’est un signal pour la culture tunisienne

Les maisons de la culture en Tunisie ont longtemps souffert d’une image de lieux sous-financés, sous-fréquentés et déconnectés des réalités des territoires où elles sont implantées. La résidence d’Ajim rompt avec cette image sur plusieurs points à la fois : elle part des besoins exprimés par les jeunes locaux, elle intègre une dimension écologique dans sa conception même, et elle s’ouvre à des artistes régionaux dans une logique de décentralisation culturelle.

La Tunisie débat depuis des années de la nécessité de refonder sa gouvernance culturelle. Un article de Le Temps publié le 20 juillet 2026 posait la question directement : la culture, enjeu de souveraineté. Ce qui se passe à Ajim cette semaine n’est pas étranger à cette réflexion. Un espace qui intègre à la fois création, formation, égalité des genres et développement durable dans un village de pêcheurs, c’est une réponse concrète à une question théorique.

Ce qui reste à construire

Une résidence de dix lits dans une maison de la culture, aussi bien conçue soit-elle, reste fragile si elle n’est pas accompagnée d’un programme artistique solide, de financements pérennes et d’une mise en réseau avec d’autres lieux de création en Tunisie et dans la région méditerranéenne. Les questions qui restent ouvertes : quels artistes accueillera-t-elle en priorité ? Selon quels critères de sélection ? Avec quels financements de long terme ? Et comment les créations nées de cette résidence circuleront-elles ensuite ?

Ce sont les questions que toute première pose. L’inauguration d’Ajim est un commencement, pas une réponse. Mais dans un paysage culturel tunisien où les premières de ce type sont rares, même un commencement mérite d’être noté.

Ce que dit Djerba de la Tunisie de demain

En l’espace d’un mois, Ajim a accueilli le premier bateau de pêche solaire de Méditerranée et la première résidence artistique écologique des maisons de la culture tunisiennes. Deux événements, deux secteurs différents, une même logique : à Ajim, on ne se contente pas de regarder le large. On expérimente.

La question n’est pas de savoir si Djerba mérite sa réputation. Elle l’a. La question est de savoir si ce qui se construit ici à petite échelle peut inspirer d’autres territoires tunisiens qui attendent encore leur première.


SOURCES

Les données sur la résidence artistique écologique de Djerba-Ajim proviennent d’African Manager (22 juillet 2026), seule source disponible à l’heure de la rédaction, qui cite directement Neila Akrimi (CILG), Aymen Ben Youssef (sous-directeur des maisons de la culture) et Tarek Mehdhaoui (délégué régional des Affaires culturelles à Médenine). Le contexte sur les résidences vertes en France s’appuie sur le site du ministère de la Culture (culture.gouv.fr, janvier 2026 : 18 projets incu-bés). L’article sur la culture comme enjeu de souveraineté est publié par Le Temps News (20 juillet 2026). Le bateau de pêche solaire d’Ajim est documenté dans nos archives (dossier du weekend du 5 juillet 2026).

La rédaction