Chaque semaine, nous partons dans une ville ou une région de Tunisie pour vous proposer un itinéraire complet : où dormir, quoi goûter, quoi faire, ce que les guides ne mentionnent pas. Pas de liste générique. Un vrai point de vue éditorial, des adresses vérifiées, une narration ancrée dans le réel. Pour que partir ne soit plus une question, mais une décision.
Épisode 18 : Carthage et Sidi Bou Saïd. Sur quelques kilomètres à peine, cette portion du littoral nord de Tunis fait cohabiter deux histoires qui n'ont presque rien en commun. D'un côté, une cité punique rasée puis reconstruite, qui a rivalisé avec Rome pour dominer la Méditerranée. De l'autre, un village de pêcheurs devenu, par la volonté d'un seul homme au début du XXe siècle, l'un des paysages les plus photographiés du monde. Deux façons radicalement différentes de fabriquer un patrimoine : l'une par vingt-neuf siècles de sédimentation, l'autre par un simple trait de plume administratif.
L'essentiel à savoir
Fondée au IXᵉ siècle avant notre ère sur le golfe de Tunis, Carthage bâtit à partir du VIᵉ siècle un empire commercial qui s'étend sur une grande partie du bassin méditerranéen. Rivale de Rome pendant les guerres puniques, elle est finalement détruite en 146 avant notre ère, avant qu'une seconde Carthage, romaine cette fois, ne soit refondée sur ses ruines, devenant la capitale de la province d'Afrique. Le site connaît ensuite les Vandales, l'Empire byzantin puis la conquête arabe, une stratification que l'on retrouve aujourd'hui dans les vestiges eux-mêmes. Il est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis le 27 juillet 1979.
Sidi Bou Saïd, à quelques kilomètres de là, doit son nom à Abou Saïd Khalaf Ibn Yahya El Tamimi El Beji, mystique venu s'installer au XIIIᵉ siècle sur la colline dominant le cap, alors appelée Djebel El Menar, pour y enseigner le soufisme. Il y meurt en 1231 et y est enterré ; sa zaouïa constitue le premier noyau du village qui prendra son nom. Dès le XVIIᵉ siècle, la bourgeoisie tunisoise y fait construire des demeures, mais c'est seulement en 1893 que le village devient officiellement une municipalité sous le nom de Sidi Bou Saïd.
Quoi faire ?
Carthage, la cité aux multiples strates
La colline de Byrsa


Cœur de la cité punique, elle abrite aujourd'hui le Musée national de Carthage ainsi qu'un quartier d'habitations puniques tardives, remarquablement conservé sous les remblais romains qui l'ont recouvert pendant deux millénaires. Un quartier plus ancien, dit quartier Magon, a été fouillé en bord de mer. La cathédrale Saint-Louis, construite à la fin du XIXᵉ siècle, domine aujourd'hui la colline à l'emplacement présumé de la sépulture du roi Louis IX, mort sur place lors de la huitième croisade.
Les ports puniques

Toujours visibles sous la forme de deux bassins distincts, l'un rectangulaire dédié au commerce, l'autre circulaire dédié à la marine de guerre, ils témoignent de la puissance maritime qui a permis à Carthage de défier Rome pendant plus d'un siècle. Ce quartier conserve aussi ce que l'on appelle le quartier d'Hannibal.
Le tophet et les nécropoles


Le tophet punique, aire sacrée dédiée à Baal, reste l'un des sites les plus étudiés et les plus débattus de l'archéologie carthaginoise, avec ses stèles votives portant les traces de plusieurs influences culturelles superposées.
Les thermes d'Antonin


Construits au IIe siècle sous l'empereur Antonin le Pieux, ce sont parmi les plus vastes thermes romains jamais découverts en Afrique du Nord, comparables par leur ampleur à ceux de Rome elle-même.
Le reste du site
Le théâtre, l'amphithéâtre, le cirque, le quartier des villas romaines et les citernes de La Malga complètent cet ensemble dispersé sur plusieurs kilomètres, aujourd'hui absorbé par l'une des banlieues les plus huppées du Grand Tunis, où se trouvent notamment le palais présidentiel et l'université de Carthage. Comptez une demi-journée pour les principaux secteurs, une journée complète avec le musée pour une visite approfondie.
Sidi Bou Saïd, un décor bleu et blanc né d'un décret
Le village doit sa physionomie actuelle au baron Rodolphe d'Erlanger, peintre, musicologue et esthète franco-britannique installé sur place à partir de 1912. Consterné par ce qu'il jugeait être une architecture anarchique et une décoration de façades trop chargée, il milite activement auprès des autorités du protectorat pour faire adopter une réglementation stricte. Le décret est finalement publié le 28 août 1915 : il impose le bleu et le blanc sur l'ensemble des façades du village et interdit toute construction anarchique sur le promontoire, faisant de Sidi Bou Saïd le tout premier site classé au monde en ce sens.
Le baron d'Erlanger fait par ailleurs construire son propre palais, Ennejma Ezzahra, l'Étoile resplendissante, une demeure à la décoration intérieure qu'il a lui-même dessinée, entourée d'un jardin inspiré des grands jardins du monde islamique. Ouvert au public depuis 1992, le palais abrite aujourd'hui le Centre des musiques arabes et méditerranéennes, où sont notamment conservés des instruments de musique andalouse acquis par le baron en Espagne.
Le village est aujourd'hui rattaché administrativement au site de Carthage classé par l'UNESCO en 1979, même si les consignes de préservation peinent parfois à contenir l'urbanisation qui s'étend depuis Sidi Bou Saïd jusqu'à La Malga et Salammbô.



Une mémoire soufie toujours vivante


Chaque année au mois d'août se tient la grande Kharja de Sidi Bou Saïd, une procession mystique organisée par les confréries soufies en l'honneur du saint fondateur du village. Le cortège, précédé de porteurs de drapeaux, quitte la zaouïa du saint pour défiler dans les rues au son des bendirs et des chants liturgiques, avant de se conclure par une danse mystique. C'est l'une des kharjas les plus réputées de Tunisie, aux côtés de celle de Sidi Ben Arous à Tunis.
Où dormir
Maison Lella Kmar Sidi Bou said

Niché au cœur de Sidi Bou Saïd, La Maison Kmar est une maison d'hôtes de charme mêlant tradition tunisienne et confort moderne. Idéale pour se ressourcer, elle offre des chambres lumineuses, une terrasse et un cadre paisible à deux pas des ruelles pittoresques du village.
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Maison Dedine


Niché au bord de l'eau à Sidi Bou Saïd, Maison Dedine est un boutique-hôtel de luxe intimiste (réservé aux adultes) qui offre une vue imprenable sur le golfe de Tunis. Entre design épuré, suites lumineuses face à la mer, piscine extérieure et terrasse panoramique sur le toit, cette adresse combine élégance contemporaine et art de vivre méditerranéen pour une parenthèse de sérénité absolue.
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Quoi goûter et où manger
Le Bambalouni :


C'est la star locale. Il s'agit d'un beignet tunisien traditionnel en forme d'anneau, frit à la minute et généreusement saupoudré de sucre. Il se mange chaud en arpentant les ruelles.
Le thé au pignon (ou à la menthe) :

À déguster traditionnellement au célèbre Café des Délices ou au Café des Nattes. C'est un thé vert ou noir très infusé, sucré, servi bien chaud et surmonté de pignons de pin flottants (ou d'amandes).
où manger
Dar Zarrouk

Perché sur les hauteurs de Sidi Bou Saïd, Dar Zarrouk est un restaurant de charme incontournable qui allie tables raffinées et panorama spectaculaire sur la mer. Entre décor élégant, terrasse baignée de lumière et cuisine méditerranéenne soignée, cette adresse offre une halte gourmande idéale pour savourer l'art de vivre tunisois face à un paysage à couper le souffle.
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Niché à Carthage, Le Punique est un restaurant chaleureux et raffiné, idéal pour savourer une cuisine méditerranéenne et des poissons frais après une visite des sites historiques.
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Infos pratiques
Comment y aller : à une vingtaine de kilomètres de Tunis, accessible en TGM (train de banlieue) depuis le centre-ville, en voiture ou en taxi.
Meilleure période : toute l'année, avec une préférence pour le printemps ou le début d'automne pour la lumière sur les façades et une fréquentation plus calme.
Durée conseillée : une demi-journée pour Sidi Bou Saïd, une demi-journée à une journée complète pour le site de Carthage selon le niveau d'approfondissement souhaité.
Ressources utiles : fiche de l'UNESCO pour le site archéologique de Carthage (whc.unesco.org) ; Palais Ennejma Ezzahra pour les horaires de visite du Centre des musiques arabes et méditerranéennes.
