Chaque semaine, nous partons dans une ville ou une région de Tunisie pour vous proposer un itinéraire complet : où dormir, quoi goûter, quoi faire, ce que les guides ne mentionnent pas. Pas de liste générique. Un vrai point de vue éditorial, des adresses vérifiées, une narration ancrée dans le réel. Pour que partir ne soit plus une question, mais une décision.

Épisode 19 : Djerba. En septembre 2023, l'UNESCO n'a pas inscrit un monument, ni même une ville : elle a inscrit une façon d'habiter une île. Djerba, témoignage d'un mode d'occupation d'un territoire insulaire, reconnaît un système entier, dispersé sur toute l'île, où chaque famille vivait de façon quasi autonome, entre son jardin, son atelier et sa mosquée de quartier. Trois mille ans d'histoire, quatre religions qui ont cohabité sur un même territoire, et un savoir-faire de potiers qui n'a jamais cessé. Peu d'endroits en Tunisie racontent une histoire aussi dense sur un territoire aussi restreint.
L'essentiel à savoir
Djerba est la plus grande île d'Afrique du Nord, reliée au continent par une chaussée romaine encore utilisée aujourd'hui, la chaussée El Kantara, ainsi que par un pont plus récent et par une liaison aérienne directe. Son organisation traditionnelle repose sur trois échelles emboîtées : le houch, l'unité d'habitation fortifiée, dépourvue d'ouvertures vers l'extérieur et flanquée de tours d'angle ; le menzel, le domaine familial qui regroupe plusieurs houch autour d'un jardin ; et la houma, le quartier, qui réunit plusieurs menzels liés par des liens familiaux, spirituels et économiques. Cette organisation défensive répond à une histoire mouvementée, marquée par les razzias et les invasions, dont le sac de l'île par le corsaire Dragut en 1560 reste l'épisode le plus marquant.

Le 18 septembre 2023, lors de la 45e session du Comité du patrimoine mondial, l'UNESCO a inscrit Djerba sur la Liste du patrimoine mondial sous l'intitulé Djerba, témoignage d'un mode d'occupation d'un territoire insulaire. Le bien inscrit regroupe 24 composantes réparties sur l'ensemble de l'île, mosquées, menzels, fondouks, huileries, synagogues et églises, sur une zone de 8 millions de mètres carrés, zone tampon comprise. Cette inscription reconnaît en particulier la coexistence religieuse ancienne de l'île, où musulmans ibadites, juifs, chrétiens et, historiquement, une communauté maltaise et italienne ont longtemps cohabité.
Quoi faire
Houmt Souk, le cœur commerçant de l'île


Capitale de l'île, Houmt Souk organise depuis mille ans la vie commerciale, religieuse et politique de Djerba. Sa médina, qui s'est développée du IXᵉ au XVIIIᵉ siècle, conserve des souks couverts spécialisés par corps de métier, bijoutiers, tisserands, épiciers, parfumeurs, ainsi que plusieurs fondouks ottomans des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, ces caravansérails aujourd'hui reconvertis pour certains en hôtels de charme. Le fort de Borj El Kebir, construit par les Ottomans au XVIᵉ siècle pour se défendre contre les attaques espagnoles, reste le monument historique le plus imposant de la ville.
La Ghriba, mémoire d'une des dernières communautés juives du monde arabe
À Er Riadh, à une dizaine de kilomètres de Houmt Souk, la synagogue de la Ghriba est la plus ancienne synagogue d'Afrique encore en activité. Sa légende la rattache à des prêtres du Temple de Jérusalem réfugiés sur l'île après sa destruction au VIᵉ siècle avant notre ère, qui y auraient transporté une pierre du sanctuaire ; l'édifice tel qu'on le visite aujourd'hui a surtout été reconstruit au milieu du XIXᵉ siècle. La Ghriba est le lieu d'un pèlerinage annuel majeur lors de la fête juive de Lag Baomer, qui rassemble plusieurs milliers de pèlerins venus de Tunisie et de la diaspora, dans un cortège mené par une grande menorah décorée aux symboles des douze tribus d'Israël. Le site a été touché par deux attaques, en 1985 et en 2023, ce qui explique la présence de contrôles de sécurité renforcés à l'entrée du site.
Guellala, le village des potiers

Au sud de l'île, sur son point culminant, Guellala tient son nom du berbère iqellalen, qui signifie littéralement potiers. La présence d'importants gisements d'argile dans les environs a permis à ce village de perpétuer, depuis l'Antiquité, un artisanat qui a fait la réputation de l'île dans tout le Maghreb, d'abord comme comptoir carthaginois, puis comme centre de production de jarres pour le transport de l'huile d'olive sous les Romains. La poterie locale, longtemps vernissée de vert, se travaille aujourd'hui le plus souvent à l'état naturel, rouge lorsqu'elle est traitée à l'eau douce, blanche lorsqu'elle l'est à l'eau de mer.
Le Musée de Guellala, inauguré en 2001 sur la colline qui domine le village, reconstitue à travers plusieurs pavillons thématiques les grands moments de la vie traditionnelle djerbienne, scènes de mariage, métiers artisanaux, poterie et mosaïques. Plusieurs ateliers du village restent ouverts à la visite, où l'on peut voir tourner l'argile en direct et assister, parfois, à la préparation de l'agneau à la gargoulette, cuit dans un pot d'argile fermé.

Où dormir
Dar Naël
Île de Djerba

Une oasis d’authenticité ancrée au cœur de l'île des rêves, à deux pas du célèbre quartier artistique de Djerbahood. Bâtie et décorée à 100 % par des artisans locaux, Dar Naël est un hommage vibrant au savoir-faire et à la douceur de vivre djerbienne. Entre sa piscine bordée de palmiers et ses suites raffinées de l'éclatante Noora à la suite Zina inspirée du bleu Majorelle, l’invitation au lâcher-prise est totale. Le grand plus : un espace hammam et jacuzzi traditionnel intérieur pour parfaire vos fins de journées d'été après une balade à cheval sur la plage.
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Numéro de tel : 55 195 9167
Dar Oueghlani
Île de Djerba


Si vous cherchez à vous imprégner du charme insulaire loin de l’agitation, cette adresse djerbienne confidentielle s'impose comme une évidence pour la saison estivale. Dar Oueghlani combine avec brio l’architecture traditionnelle des menzels et le confort moderne, offrant un cadre intimiste idéal pour déconnecter sous le soleil du Sud. Une cour intérieure paisible, une hospitalité sincère et des espaces pensés pour savourer la quiétude des nuits d’été sous les étoiles en font une escale hautement recommandée par les voyageurs exigeants.
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Numéro de tel : 25 115 551
Quoi goûter et où manger
Sur la table djerbienne : le brik et le couscous à l'ouzaf
La cuisine de l'île porte, elle aussi, la marque de son identité insulaire et de ses communautés. Le brik, fine feuille de malsouka frite garnie d'un œuf, de thon, de câpres et de persil, se décline à Djerba selon des recettes de famille transmises de génération en génération, à Houmt Souk comme dans les quartiers historiquement juifs de l'île, où cette pâtisserie salée tient une place particulière dans la tradition culinaire locale.

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Autre spécialité typiquement djerbienne, le couscous à l'ouzaf, ou mesfouf au ouzaf, se prépare avec ce petit poisson séché, une variété d'anchois propre aux eaux de l'île, considéré comme l'un des marqueurs les plus forts de l'identité maritime djerbienne. Ce plat était encore mis à l'honneur en juin 2026, lors d'un concours culinaire consacré aux variantes locales du couscous organisé sur l'île.
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où manger
Restaurants traditionnels et locaux
La Bohème (Midoun)

Un restaurant simple et familial. On y mange des plats tunisiens classiques comme le couscous et les tajines. Les portions sont généreuses et les prix restent raisonnables. L’ambiance est chaleureuse.
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Restaurant Essofra (Houmt Souk)

Pourquoi y aller : Très fréquenté par les Djerbiens eux-mêmes, ce restaurant ne triche pas avec la tradition. Si vous y allez le bon jour, vous y trouverez les ragoûts et plats mijotés de la cuisine quotidienne de l'île, loin des adaptations pour touristes.
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El Fondouk (Houmt Souk)

Pourquoi y aller : Si vous cherchez un cadre exceptionnel (un ancien caravansérail du XVIIᵉ siècle) qui revisite le patrimoine culinaire djerbien avec des produits de saison rigoureusement sourcés sur l'île, c'est l'adresse idéale pour valoriser la gastronomie locale.
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Infos pratiques
Comment y aller : aéroport international de Djerba-Zarzis, avec des liaisons directes depuis Tunis et plusieurs villes européennes. En voiture depuis Tunis, comptez environ 500 kilomètres.
Meilleure période : le printemps et l'automne, pour une chaleur plus clémente ; le pèlerinage de la Ghriba se tient au printemps, lors de Lag Baomer, une période où l'affluence sur ce site précis augmente sensiblement.
Durée conseillée : trois à quatre jours pour combiner Houmt Souk, la Ghriba, Guellala et les plages de l'île.
Ressources utiles : fiche UNESCO de Djerba (whc.unesco.org) ; Musée de Guellala pour les horaires de visite.
Crédit photo : rihab_arjoun
– Asma Ayadi
