Tourisme

Les Itinéraires Culturels de L'Instant M, épisode 24 : Nabeul, Kerkouane et le Cap Bon

Date de publication : 28/10/2026

Au bout du Cap Bon, Kerkouane est présentée par l'UNESCO comme un témoignage exceptionnel de l'urbanisme phénico-punique. La ville a été abandonnée vers le milieu du IIIᵉ siècle avant notre ère et n'a jamais été réoccupée, ce qui a laissé ses rues, ses maisons, son port, ses remparts et ses temples largement tels qu'ils étaient. Autour d'elle, le gouvernorat de Nabeul garde un autre visage : une terre d'artisanat et de produits de terroir, où l'on distille la fleur de bigaradier au printemps et où la harissa a son festival chaque automne. Épisode 24 des Itinéraires culturels : Nabeul, Kerkouane et le Cap Bon.

L'essentiel à savoir

– Où : gouvernorat de Nabeul, dans le Nord Est, sur la péninsule du Cap Bon. Il compte 863 172 habitants au recensement du 6 novembre 2024.

– Ce qu'il faut voir : Kerkouane et son musée, la médina et le musée de Nabeul, le fort de Kélibia, les grottes et les falaises d'El Haouaria, les sources thermales de Korbous.

– Statut : Kerkouane figure sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO au titre du critère (iii), avec la nécropole d'Arg el Ghazouani. Année d'inscription : 1985 selon plusieurs sources, 1986 selon le portail officiel du patrimoine, à confirmer.

– À noter : l'Institut national du patrimoine (INP) et l'institut central italien de la restauration ont signé en janvier 2026 un accord de 36 mois pour restaurer et valoriser Kerkouane, Néapolis et Pupput.

– Tarif d'entrée de Kerkouane : catégorie non retrouvée dans la grille en vigueur depuis le 1er avril 2026, à confirmer. Pour mémoire, les catégories C, D et E sont respectivement à 10, 8 et 5 dinars pour les non-résidents.

Quoi faire ?

Kerkouane, la ville punique qui n'a pas été reconstruite

Kerkouane est le seul exemple conservé d'une ville phénico-punique, et aucune ville romaine n'a été bâtie par-dessus, contrairement à Carthage. Les premiers indices d'occupation remontent au VIᵉ siècle avant notre ère, et les vestiges visibles datent surtout de la fin du IVᵉ et de la première moitié du IIIᵉ siècle. La ville est abandonnée vers 250 avant notre ère, pendant la première guerre punique.

Le site présente un double rempart flanqué de tours et de portes, un plan en damier avec égouts, des maisons méditerranéennes organisées autour d'une cour centrale, un grand sanctuaire et des nécropoles hors les murs. Les maisons comptaient une cour avec puits, lavabo et bain, un trait qui distingue Kerkouane des autres cités antiques. Les sols sont des pavements décorés, avec le signe de Tanit, des poissons et des fleurs de lotus.

La nécropole d'Arg el Ghazouani, sur une colline rocheuse à moins d'un kilomètre, est la partie la mieux conservée des grandes nécropoles de Kerkouane. Le musée du site présente de la statuaire, des bijoux et de la céramique.

Un point de vigilance : l'état de conservation du site est jugé satisfaisant, mais l'érosion marine, le vent et l'humidité figurent parmi les menaces, et un plan de gestion reste en attente. En janvier 2026, le ministère des Affaires culturelles a par ailleurs annoncé qu'une tentative de pillage avait été déjouée sur le site, grâce aux agents de l'INP et à la Garde nationale.

Néapolis et Nabeul

L'accord conclu entre l'INP et l'Institut central italien de la restauration vise trois sites du Cap Bon : Kerkouane, Néapolis, ville romaine près de Nabeul, et Pupput, site romain côtier. Il prévoit sur 36 mois des travaux de restauration et de conservation, des formations (guides, restauration du patrimoine, artisanat comme la poterie) et une promotion nationale et internationale de la destination. Le budget n'a pas été communiqué.

Le musée archéologique de Nabeul, créé en 1984 selon le portail du patrimoine, expose notamment des pièces du sanctuaire de Thinissut, des mosaïques de la Maison des Nymphes de Néapolis et une salle consacrée aux salaisons de poisson. Aucune source récente n'a été trouvée sur son état d'ouverture : à vérifier avant le déplacement.

Kélibia, El Haouaria et Korbous

Le fort de Kélibia a, selon le portail du patrimoine, un noyau punique, une restauration byzantine, un ribat du VIIIᵉ siècle et une reconstruction par le prince Ziride Yahya en 1112. Il a ensuite servi de centre mystique sous les Hafsides, et l'essentiel du plan actuel date de la période ziride.

À El Haouaria, la réouverture des grottes est annoncée par La Presse. Le journal indique que les grottes sont fermées aux visiteurs depuis 2010 dans un article, et depuis plusieurs années dans un autre : la durée exacte n'est pas établie. Le Festival de l'épervier, fondé en 1967 sous le nom de Festival des chasseurs, a tenu sa 57e édition du 25 au 28 juin 2026, avec des concours de rapaces, un colloque sur la biodiversité et la visite de l'olivier d'Echraf, estimé à plus de 2 500 ans (WMC/TAP, 8 juin 2026). Des démarches sont en cours depuis plusieurs années pour faire inscrire la fauconnerie du Cap Bon à l'UNESCO, sans décision connue. Le parc de Zembra et Zembretta est réserve de biosphère de l'UNESCO depuis 1977.

À Korbous, six sources d'eau chaude font l'objet d'un projet de pôle thermal et écologique : sentier entre le site de Sidi Raïs et les sources, circuit forestier, route maritime, musée de l'eau minérale et, à plus long terme, complexe sportif, golf et hôtels. Les autorités régionales citent le foncier parmi les obstacles .

Une semaine de fête à Nabeul

Du 30 octobre au 1er novembre 2026, Nabeul accueille son festival de la harissa, organisé par l'Association de sauvegarde de la ville de Nabeul (ASVN) et tenu chaque année depuis 2015. La programmation annoncée comprend trois conférences à Dar Nabeul, des ateliers de mosaïque, de calligraphie et de poterie autour du piment, des démonstrations de harissa traditionnelle, des ateliers de cuisine menés avec la FAO et deux pizzaïolos napolitains. Les exposants, une trentaine, s'installent sous une grande tente sur la promenade de la Cité des Potiers, avenue Habib Bourguiba. La harissa est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO depuis décembre 2022 , à confirmer sur la liste officielle.

Le coup de cœur de L'Instant M

Kerkouane, pour ce que le site a de rare : une cité punique que personne n'a reconstruite, avec ses salles de bains, ses cours et ses rues en damier à quelques pas de la mer. À associer à une halte à Nabeul pendant le Festival de la harissa.

Quoi goûter

La fleur de bigaradier

Dans la région de Nabeul, la fleur d'oranger que l'on distille est celle du bigaradier, l'oranger amer. La récolte se fait à la main, de mars à avril, par des familles entières, et a démarré tôt en 2026. Le gouvernorat compte 483 hectares de bigaradiers, soit 83 % de la surface nationale, et environ 95 % de la production du pays. Il existe quatre unités de transformation, à Korba, Béni Khiar, Dar Chaâbane el Fehri et Nabeul, ainsi que deux coopératives agricoles. Les volumes annoncés varient fortement d'une source à l'autre, de 2 000 tonnes de fleurs par saison selon l'ASVN à 11 000 à 14 000 tonnes attendues selon La Presse du 25 mars : aucun chiffre n'est retenu ici.

Depuis le 18 avril 2026, une route du bigaradier relie 13 opérateurs : trois maisons d'hôtes, un verger, cinq producteurs, deux restaurants, une ferme pédagogique et un musée thématique installé dans une maison traditionnelle. Soutenue par le programme Pampat et animée par l'ASVN et l'office régional du tourisme, elle propose distillation, cosmétique naturelle au néroli, confitures artisanales et repas autour de l'hydrolat de fleur. Ces expériences sont saisonnières : à vérifier auprès des opérateurs.

La harissa et les agrumes

La harissa est la grande spécialité de Nabeul (voir plus haut). Aucune source consultée n'atteste d'une indication géographique enregistrée pour ce produit, et aucun chiffre de production n'a été trouvé. Pour les agrumes, la prévision pour 2025 était de 270 000 tonnes pour le gouvernorat, soit environ 75 % de la production nationale selon le président de l'union locale de l'agriculture de Béni Khalled.

Où manger ?

Restaurant Dar Mrad (Nabeul)

Une excellente adresse située à Nabeul (avenue Mongi Slim), incontournable pour savourer une cuisine tunisienne et méditerranéenne authentique et généreuse. Dans un cadre chaleureux au décor soigné, le restaurant met à l'honneur les spécialités locales faites maison (telles que le couscous, les grillades et les plats mijotés du terroir), offrant ainsi une halte gourmande idéale au cœur de la Cité des Potiers.

Pour plus d'informations, cliquez ici.

Restaurant Lella Fatma (Hammamet)

Installé à Hammamet et plébiscité pour son emplacement de choix, ce restaurant allie habilement tradition et modernité. Il propose une cuisine méditerranéenne et tunisienne raffinée à base de produits frais, avec une attention particulière portée aux spécialités de la mer et aux grands classiques revisités. Le tout est servi dans une atmosphère conviviale avec un service aux petits soins.

Pour plus d'informations, cliquez ici.

Où dormir ?

Dar El Gaïed (Nabeul)

Une authentique demeure patrimoniale nichée au cœur de Nabeul, entourée d'un vaste jardin verdoyant et d'un verger d'agrumes emblématique de la région. Alliant charme historique, architecture capbonaise raffinée et sérénité absolue, cette maison d'hôtes propose un séjour authentique, idéal pour s'immerger dans la culture et les traditions nabeuliennes tout en profitant d'un cadre verdoyant et reposant.

Pour plus d'informations, cliquez ici.

Dar Jbel (Hammamet)

Écrin de tranquillité situé sur les hauteurs verdoyantes d'Hammamet, Dar Jbel offre un refuge intimiste entre mer et montagne. Cette maison d'hôtes séduit par sa vue panoramique imprenable, son architecture élégante aux notes méditerranéennes et son ambiance apaisante. C'est l'adresse parfaite pour une échappée contemplative au calme, tout en restant à proximité des lieux incontournables du Cap Bon.

Pour plus d'informations, cliquez ici.

Infos pratiques

Comment y aller depuis Tunis

L'autoroute A1 relie Tunis à Hammamet sur 51 kilomètres, selon Wikipédia, source secondaire. Entre Nabeul et Kélibia, un site commercial d'itinéraires indique environ 58 kilomètres et 53 minutes en voiture. Aucune source fiable n'a été trouvée pour les distances et durées entre Tunis et Nabeul, Kerkouane ou El Haouaria : le trajet est à vérifier avant publication.

Tarifs et horaires

Une nouvelle grille de tarifs d'entrée est en vigueur depuis le 1er avril 2026 (arrêté du 27 mars 2026, JORT n° 34 du 31 mars 2026). Pour les non-résidents, la catégorie D est à 8 dinars et la catégorie E à 5 dinars. La catégorie de Kerkouane n'a pas été retrouvée dans les articles consultés. L'entrée est gratuite le premier dimanche du mois et les jours fériés . Le portail officiel du patrimoine, dont la page n'est pas datée, indique pour Kerkouane 9h à 16h l'hiver, 9h à 18h l'été, avec une fermeture le lundi. Un blog commercial donne d'autres horaires (8h30 à 17h30) : à confirmer par téléphone.

Meilleure période et durée

Repères documentés : la fleur de bigaradier se récolte en mars et avril, les agrumes en automne et en hiver, et les festivals se concentrent en été, avec le Festival de la harissa fin octobre. Recommandation éditoriale : prévoir une journée pour Kerkouane et le nord du cap, et une journée pour Nabeul et ses environs. [À valider avant publication]

Asma Ayadi