Portraits d'artistes

Portrait de Younès Ben Slimane : le cinéaste et artiste visuel qui abolit les frontières

Date de publication : 19/07/2026

Né en 1992 à Tunis · Architecte, cinéaste, artiste visuel · Vit et travaille à Paris

Il y a des artistes qui choisissent un médium et s'y tiennent. Et il y a ceux qui refusent de choisir, parce que la question elle-même leur semble mal posée. Younès Ben Slimane appartient à cette seconde catégorie. Architecte de formation, cinéaste par vocation, plasticien par nécessité, il construit depuis près d'une décennie une œuvre qui ne connaît ni frontière de médium, ni frontière de territoire. Du désert du sud tunisien à la Zaha Hadid Foundation de Londres, de Locarno à Dakar, ce trentenaire originaire de Tunis s'est imposé comme l'une des voix les plus singulières de la scène visuelle nord-africaine contemporaine.

De l'architecture au cinéma, une même quête de l'espace

Né en 1992 à Tunis, Younès Ben Slimane grandit avec un appareil photo argentique à la main, fasciné très tôt par le passage à la chambre noire et le lent processus de révélation d'une image. Ce goût de l'observation le conduit d'abord vers l'École nationale d'architecture et d'urbanisme de Tunis, où il obtient son diplôme. L'architecture, pour lui, n'est jamais un aboutissement : elle devient un langage qu'il transpose au cinéma, une manière de penser l'espace comme une succession de séquences qui se répondent.

Sa première exposition, Ready-to-burn, est présentée en 2018 dans le cadre de la plateforme Jaou Tunis. La même année, il participe à des expositions collectives : Climbing through the tide à B7L9, El Kasma lors de Gabès Cinéma Fen, Homogeneus à l'Institut français de Tunis et à la galerie Lala Land à Paris. En 2020, il intègre Le Fresnoy, Studio national des arts contemporains, où il se forme notamment auprès du cinéaste Ben Russell, avant d'en sortir diplômé en 2022. Sa pratique se déploie depuis à la croisée du cinéma, de l'architecture et des arts visuels, mêlant film, photographie, dessin et installation dans un dialogue permanent entre les médiums.

All Come From Dust : la révélation

Tout bascule en 2019. Son premier court métrage documentaire, All Come From Dust, tourné dans les paysages désertiques du sud tunisien à Tozeur, là où ses ancêtres ont vécu et travaillé, s'inspire des grands mythes et cosmogonies religieuses pour raconter la fabrication artisanale de la brique comme un geste presque spirituel. Le film est sélectionné en compétition officielle Pardi di domani au Festival de Locarno, l'une des vitrines les plus prestigieuses du cinéma mondial, avant de remporter le Tanit d'or aux Journées cinématographiques de Carthage.

Ce double succès propulse un jeune architecte tunisien de vingt-sept ans sur la scène internationale. Le film, produit par le Centre national du cinéma et de l'image (CNCI) Tunisie avec le soutien du Goethe-Institut Tunis, circulera ensuite à Pravo Ljudski à Sarajevo, au Festival méditerranéen Passaggi d'Autore en Italie et au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand en 2020.

We Knew How Beautiful They Were, These Islands : l'élégie de la migration

En 2021, dans le cadre de son cursus au Fresnoy, il réalise We Knew How Beautiful They Were, These Islands. Le film, tourné de nuit, suit un homme qui creuse des tombes et veille sur les morts, révélant dans l'obscurité les objets personnels des défunts. Sans autre bruit que le vent, le crépitement du feu et le frottement d'une pelle contre la terre sèche, le film aborde la question de la migration avec une ascèse rare. Présenté en première au festival CPH:DOX à Copenhague, il est ensuite montré à Doclisboa, DokuFest et au Festival dei Popoli, et récompensé par le Studio Collector Prize, le Loop Barcelona Award 2022 ainsi que le VFF Young Talent Award au Filmschool Fest de Munich.

Images de Tunisie : la première solo à Londres

En 2024, la Zaha Hadid Foundation à Londres lui consacre sa première exposition solo au Royaume-Uni, intitulée Images de Tunisie. L'exposition présente plusieurs œuvres dont Parallel (2018) et All Come From Dust (2019), et ancre définitivement Younès Ben Slimane dans le circuit des grandes institutions internationales de l'art contemporain. La même année, son travail intègre l'exposition collective Built from Dust. Earth, Soil and the Modern Afropolis à l'ETH Zurich (février-mai 2025), aux côtés de M'barek Bouhchichi et d'autres artistes nord-africains.

Une reconnaissance qui traverse les continents

L'œuvre de Younès Ben Slimane circule bien au-delà des salles de cinéma. Elle a été montrée au Mucem à Marseille, au Centre Wallonie-Bruxelles et à l'Institut du monde arabe à Paris, au Musée d'art contemporain de Skopje, à la Biennale de Dakar, au Wexner Center for the Arts en Ohio, au Beirut Art Center et à la galerie Selma Feriani à Sidi Bou Saïd. Ses films ont voyagé jusqu'au Black Star Film Festival, à EXiS Seoul et à Prismatic Ground à New York.

Ses œuvres intègrent aujourd'hui les collections du MACBA à Barcelone, de l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne et de la fondation Kadist, entre Paris et San Francisco. Sur le plan des distinctions : Loop Barcelona Award 2022, bourse Émergence de l'ADIAF (l'association à l'origine du prix Marcel Duchamp) en 2025 et prix Art Éco-conception décerné par Art of Change 21 et le Palais de Tokyo. Il a également été fellow à la RAW Material Company Academy dirigée par Felwine Sarr à Dakar, avant d'enchaîner les résidences : Villa Médicis à Rome, AlUla Arts en Arabie saoudite, Fondation Thalie à Bruxelles et Fondation Fiminco à Romainville.

Décembre 2025 : retour à Tunis

En décembre 2025, la galerie Selma Feriani à La Goulette inaugure une double exposition mettant en dialogue Younès Ben Slimane et le photographe Jellel Gasteli, deux générations et deux écritures visuelles réunies. Younès Ben Slimane y présente We Knew How Beautiful They Were, These Islands, l'œuvre vidéo sur les tombes et les morts de la migration, dans une version installation. L'exposition se tient du 12 décembre 2025 au 20 janvier 2026.

Un artiste sans frontière, au sens propre comme au figuré

Ce qui frappe, à observer le parcours de Younès Ben Slimane, c'est la cohérence d'un geste : celui d'un artiste qui refuse de choisir entre l'architecte et le cinéaste, entre le document et la fiction, entre le sud tunisien et les grandes scènes internationales. En revisitant sans cesse des sites spécifiques, ses films réactivent des possibles non résolus et construisent, à la frontière du visible, des géographies sensibles où se mêlent mémoire, matière et mythe.

De Tunis à Rome, de Locarno à Londres, Younès Ben Slimane trace une cartographie personnelle qui ignore les cloisonnements disciplinaires et géographiques, la signature d'une génération d'artistes tunisiens qui pensent désormais leur pratique à l'échelle du monde.

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SOURCES

Toutes les données du portrait ont été vérifiées et recoupées sur les sources suivantes : biographie officielle Light Cone Paris (lightcone.org), fiche IAC Villeurbanne (i-ac.eu), ENSBA Lyon lauréats ADIAF Émergence 2025 (ensba-lyon.fr), site officiel de l'artiste (younesbenslimane.com), Selma Feriani Gallery (selmaferiani.com), Zaha Hadid Foundation exposition Images de Tunisie 2024 (zhfoundation.com), ADIAF liste des lauréats (adiaf.com), WebManagerCenter décembre 2025, La Presse de Tunisie novembre 2019 et décembre 2025, Nawaat novembre 2019, Archivart mars 2020, Le Cube Paris. Note : le Prince Claus Fund Seed Award 2021 mentionné dans le document source n'a pas pu être confirmé par les sources officielles disponibles en juillet 2026 et a donc été retiré du portrait par précaution.

 Crédit photo : 

artify.tn 

goethe.de 

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Asma Ayadi