Né en 1973 à Tunis · Plasticien, peintre, sculpteur · Vit et travaille à Tunis
Il y a des artistes qu'on situe tout de suite dans une école. Omar Bey n'entre dans aucune. Depuis plus de vingt-cinq ans, ce plasticien tunisien assemble le bois, le ciment, le fer et la céramique dans des œuvres monumentales qui ne cherchent jamais la cohérence facile, mais la tension entre des matières qui, en théorie, ne devraient pas se rencontrer.
Un fils de deux mondes, formé par le cinéma avant l'art
Né en 1973 d'un père tunisien et d'une mère britannique, Omar Bey grandit entre deux cultures avant de se former à l'Institut supérieur des beaux-arts de Tunis, dont il sort diplômé en 1998. Son premier geste créatif n'est pourtant pas plastique : encore étudiant, il coréalise une bande dessinée collégiale consacrée à Hannibal. Il devient ensuite décorateur de cinéma et apprend les effets spéciaux mécaniques, une formation technique par les coulisses du septième art qui marque durablement sa manière de construire des volumes plus tard dans son travail d'atelier.

C'est en 1999, avec sa première exposition personnelle, Rouge, à la galerie Aire Libre, que sa carrière artistique décolle vraiment. Le succès est immédiat et le propulse vers Paris, où il continue de développer sa pratique tout en gardant son ancrage tunisois.
Le contraste comme méthode
Omar Bey revendique lui-même une approche qu'il qualifie de contrastiviste : juxtaposer des objets denses et des matières délicates, des oiseaux prêts à s'envoler mais entravés par du fil de fer, des poissons pris dans des filets qui évoquent des étoiles lointaines. Son travail, souvent rapproché de l'art brut, explore ce qu'il appelle l'excès paradoxal de l'existence humaine contemporaine, une dissonance entre l'importance que l'on s'accorde et l'insignifiance réelle de nos existences.
Pendant plusieurs années, de 2004 à 2011, il enseigne les arts plastiques au lycée français Pierre Mendès France à Tunis, tout en poursuivant ses expositions personnelles et collectives, notamment Temps de rouille en 2007 à l'espace Millefeuille, puis Le poids du faire en 2011 à la Kanvas Art Gallery.
Un art politique sans théorie, révélé par la révolution
En 2011, dans le sillage immédiat de la révolution tunisienne, Omar Bey expose à la galerie Kanvas des pièces frontalement critiques envers le pouvoir déchu, dont un buste de Kadhafi façonné dans la viande, présenté sous le titre Portrait d'un salaud. L'historien de l'art Houcine Tlili qualifiera cette exposition de première exposition d'art ouvertement engagé en Tunisie. Omar Bey s'en défend pourtant de toute posture théorique : pour lui, ses œuvres reflètent simplement la société dans laquelle il vit, sans manifeste politique derrière. Il le résume lui-même, la dictature ressort de son travail parce qu'il est, comme tout le monde, un individu qui a vécu sous une dictature.
Sur le fond de sa pratique, il tient une position singulière : la révolution n'a rien changé à son travail d'atelier, le régime déchu ne s'intéressant selon lui jamais à ce que faisaient les artistes plasticiens, leur laissant de fait une liberté de création que d'autres disciplines plus exposées n'avaient pas.

De 2011 à 2012, la consécration d'une résidence parisienne
Entre 2011 et 2012, Omar Bey effectue une résidence à la Cité internationale des Arts de Paris, étape classique mais significative pour un artiste nord-africain de sa génération, qui lui ouvre davantage encore le marché de l'art contemporain international. Son travail est depuis présenté dans des expositions et foires à Paris, Londres, Barcelone, New York, Dubaï et Abu Dhabi, notamment lors de Cutlog Paris, de l'Abu Dhabi Art Fair et de la foire 1:54 dédiée à l'art contemporain africain.
Il est aujourd'hui représenté par la galerie Yosr Ben Ammar à Tunis et par la galerie El Marsa, également présente à Dubaï, qui accompagne certains des artistes nord-africains et moyen-orientaux les plus reconnus de sa génération.

Un atelier qui vaut le détour, un palais qui revit
Longtemps installé au Kram, Omar Bey travaille aujourd'hui depuis un atelier aménagé dans le palais Khéreddine, ancienne demeure historique du quartier du même nom, dont il refuse obstinément de quitter les murs pour exposer ailleurs. Discret, il y reçoit occasionnellement visiteurs et curieux venus découvrir des créations monumentales que ses propres voisins ignorent la plupart du temps. Un choix de lieu qui dit quelque chose de sa démarche : faire dialoguer un décor chargé d'histoire avec un travail résolument contemporain, presque iconoclaste.

Ce que sa démarche dit de l'art tunisien contemporain
Plus de vingt-cinq ans après ses débuts, Omar Bey reste une figure difficile à ranger dans une case, entre héritage du cinéma, geste sculptural brut et lecture presque sociologique de la société tunisienne. Son parcours, de la galerie Aire Libre au marché international de l'art contemporain, sans jamais renoncer à son ancrage local, illustre une trajectoire possible pour les artistes tunisiens de sa génération : construire une reconnaissance mondiale sans quitter, ni littéralement ni symboliquement, les murs où tout a commencé.
