Le 3 août 2026, à Amman, Eya Bellagha a reçu le prix de la meilleure actrice de la 7ᵉ édition du Festival international du film d'Amman, pour son premier rôle principal au cinéma. Avant les plateaux, il y a eu le ring : elle est quadruple championne de Tunisie de kick-boxing.

Deux disciplines, une même exigence
On aurait pu raconter ce parcours comme un virage. Elle refuse le mot. Dans un entretien accordé en mars 2026, elle dit : « Ce n'est pas une véritable transition. » Selon elle, le sport a d'abord été plus visible du public, mais les deux voies étaient là dès le départ : « les deux carrières étaient présentes dès le départ et faisaient déjà partie de moi. » Elle ajoute qu'il existe « plus de deux casquettes », même si seules deux sont aujourd'hui exposées.

Cette continuité se lit à l'écran. La presse culturelle tunisienne souligne la discipline et la posture qu'elle apporte à ses rôles, une énergie nerveuse et une intensité contenue, souvent au service de jeunes femmes rebelles.
Les débuts : une rencontre à l'adolescence

Le cinéma arrive par une rencontre. La réalisatrice Amel Guellaty raconte avoir croisé Eya Bellagha il y a une dizaine d'années, alors qu'elle était adolescente, et l'avoir choisie pour son premier court métrage parce que le rôle demandait quelqu'un qui sache boxer. Ce court métrage, Black Mamba, date de 2017 : selon sa filmographie, l'adolescente y double une actrice. Elle n'avait alors jamais travaillé sur un plateau.
La télévision suit. Elle est révélée au public dans la série ramadanesque Maestro (2019), de Lassaad Oueslati, puis joue dans Harga (2021) et Harga 2 (2022), du même réalisateur. Elle s'essaie aussi à la musique, avec un clip réalisé en 2021 et 2022 où elle chante.

Where the Wind Comes From : le premier grand rôle

Le tournant est le long métrage d'Amel Guellaty, Where the Wind Comes From, qui lui confie le rôle principal d'Alyssa, une jeune fille de 19 ans rebelle et insoumise. Avec Mehdi, un ami timide de 23 ans, joué par Slim Baccar, elle prend la route de Tunis à Djerba, après avoir appris l'existence d'un concours artistique dans le sud du pays. Le film n'est pas une comédie romantique : il raconte une amitié et les rêves d'une jeunesse qui cherche un horizon.
Le casting s'est fait par un appel de la réalisatrice. L'actrice se souvient : elle est tombée sous le charme de l'histoire et s'est dit qu'elle jouerait ce rôle. Elle décrit Alyssa comme bien plus impulsive qu'elle, qui décide vite quand elle-même prend son temps, mais avec qui elle partage un goût pour l'imaginaire. « Tout est dans son visage, elle ne peut rien cacher », dit-elle du personnage, et conclut : « Elle me manque. »

Le film a été présenté en première mondiale au festival de Sundance en janvier 2025, puis à Rotterdam pour sa première européenne. En Tunisie, il a été projeté pour la première fois à la 36ᵉ édition des Journées cinématographiques de Carthage, en compétition pour le Titan d'or, devant une salle de 1 800 places complète. Sa sortie en salles tunisiennes était annoncée pour le 14 janvier 2026, et sa sortie en France a eu lieu le 15 juillet 2026.
Khottifa : l'éclat d'une insoumise

En 2026, la série ramadanesque Khottifa, réalisée par Saoussen Jomni, la fait connaître d'un public plus large. Elle y joue Yemna, une jeune orpheline indépendante et drôle, qui travaille comme ouvrière agricole. Elle décrit un personnage à la fois léger et profond, mêlant humour et souffrance intérieure. Si le scénario donne la base du rôle, elle dit y avoir ajouté sa gestuelle et ses expressions. Sa méthode tient en une phrase : « je mets une part de moi dans tous les personnages que je joue », dans un échange qu'elle veut réciproque avec chaque rôle.
Amman, la reconnaissance
La récompense de la meilleure actrice, remise à la Citadelle d'Amman, distingue une actrice dont Where the Wind Comes From est le premier rôle principal au cinéma, et dont le film est sorti en salles en France quelques semaines plus tôt.

« 2026 commence très bien pour moi », disait-elle en mars. Elle annonçait alors un long métrage en préparation avec Youssef Chaïbi, dont le tournage devait débuter bientôt. Le nom d'Eya Bellagha n'est plus seulement celui d'une championne qui fait du cinéma : c'est celui d'une comédienne que le cinéma arabe vient de distinguer.
La Rédaction
