Portraits d'artistes

Portrait de Hédi Kahia, le peintre qui a donné une âme à la Médina : rétrospective au Palais Kheired

Date de publication : 18/09/2026


Né le 14 février 1932 à La Goulette · Mort le 17 février 2013 · Peintre plasticien et professeur d'arabe

Du 5 au 30 septembre 2026, le Palais Kheireddine, en plein cœur de la médina de Tunis, accueille une rétrospective consacrée à celui que l'on surnommait affectueusement le peintre de la médina. Treize ans après sa disparition, Hédi Kahia retrouve les ruelles qu'il n'a jamais cessé de peindre, dans le décor même de la ville qui a façonné toute son œuvre.

Un professeur d'arabe qui peignait le soir

Né le 14 février 1932 à La Goulette, Hédi Kahia mène toute sa vie une double existence, celle d'un enseignant de langue arabe et celle d'un peintre. Professeur au lycée Carnot à partir de 1958, puis au lycée Pierre-Mendès-France à Tunis à partir de 1976, il est aussi membre actif de l'Union des artistes plasticiens tunisiens. C'est dans l'enfance que tout commence : son père se lie d'amitié avec un peintre grec, généralement cité sous le nom de Roubis, qui initie le jeune Kahia à la peinture. Cette première initiation est ensuite encouragée par l'un des grands noms de la famille Khayachi, figure marquante de la peinture tunisienne du XXᵉ siècle, les sources ne s'accordant pas précisément sur lequel des deux, le père Hédi Khayachi ou son fils Noureddine Khayachi, connu justement pour ses propres scènes de la médina.

Peu à peu, Kahia délaisse les sujets multiples pour se concentrer sur un motif quasi exclusif : la Médina de Tunis, ses ruelles, ses portes, ses habitants. Son pinceau s'aventure parfois hors de la capitale pour immortaliser le patrimoine architectural d'autres villes tunisiennes, mais c'est bien la médina qui reste, sa vie durant, sa matière première.

Une vie d'expositions, discrète mais continue

Hédi Kahia commence à exposer individuellement en 1979, la même année au Centre culturel Abou El Kacem Chebbi et à la Galerie Fadhel Ben Achour. Suivent une exposition à la galeriesx Yahia en 1994, puis en 1996 un moment fort de son parcours avec La Médina, l'ivresse du parcours, présentée à l'Espace Sophonisbe, un titre qui résume à lui seul toute sa démarche artistique. Il continue d'exposer régulièrement les années suivantes : à l'Espace Abdel Aziz Djémaïl en 1998, à la Maison culturelle Ibn Khaldoun en 1999, jusqu'à Nîmes, en France, en 2000. Suivent l'Espace Sadika en 2001, l'Espace View en 2005 et l'Espace Imagi'n en 2008, sa dernière exposition personnelle documentée avant sa disparition en 2013.


Ce parcours dit quelque chose d'une génération de peintres tunisiens de l'après-indépendance, moins tournée vers la reconnaissance internationale que vers une fidélité de plusieurs décennies à un seul territoire pictural, arpenté encart après encart, exposition après exposition, sans jamais chercher à s'en détourner.

Le gardien-peintre d'une ville qui changeait sous ses yeux

Ce qui frappe, à relire le parcours de Hédi Kahia, c'est la constance de son geste face à une Médina qui, elle, n'a cessé de se transformer sous ses yeux, entre exode de ses habitants historiques, dégradation du bâti ancien et tentatives successives de réhabilitation. Peindre sans relâche le même sujet pendant plus de cinquante ans, ce n'est pas seulement un choix esthétique : chez Kahia, c'est une manière de fixer sur la toile une mémoire urbaine que le temps et l'urbanisme grignotaient peu à peu.

Jusqu'à sa mort le 17 février 2013, trois jours après son 81ᵉ anniversaire, Hédi Kahia reste fidèle à ce rôle qu'on lui a prêté de son vivant, celui de gardien de la mémoire collective d'une médina en perpétuelle mutation.

Ce que cette rétrospective donne à voir

En choisissant le Palais Kheireddine, lui-même situé au cœur de la Médina, pour accueillir cette rétrospective, les organisateurs referment une boucle qui semble évidente a posteriori : montrer l'œuvre de Kahia à l'endroit même qu'elle représente. Pour le public tunisien, c'est l'occasion de redécouvrir, le temps d'un mois, un peintre resté modeste dans son rayonnement médiatique mais dont la fidélité à un seul sujet a fini par composer une véritable chronique picturale de la ville, transmise, comme le rappellent les organisateurs de l'exposition, d'une génération à l'autre.

Asma Ayadi