Portraits d'artistes

Mokhtar Ajimi, le cinéaste qui prend les rênes des JCC pour leurs 60 ans

Date de publication : 24/10/2026

Le 11 juin 2026, le ministère des Affaires culturelles a annoncé que le réalisateur Mokhtar Ajimi, orthographié aussi Ladjimi dans la presse, dirigerait la 37ᵉ édition des Journées cinématographiques de Carthage (JCC), prévue du 12 au 19 décembre 2026. Il succède à Tarek Ben Chaâbane. L'édition marque les 60 ans d'un festival fondé en 1966. Portrait d'un cinéaste venu du cinéma amateur, qui a longtemps travaillé sur le documentaire avant de passer à la fiction.

L'essentiel sur Mokhtar Ajimi

– Né à Monastir en 1957, le 15 juillet selon Réalités et Africiné.

– Formé à l'IDHEC, à Paris, devenu depuis La Femis.

– Cinéaste, scénariste et producteur, président fondateur du Master International Film Festival (MIFF) à Yasmine Hammamet.

– Directeur de la 37ᵉ édition des JCC, du 12 au 19 décembre 2026.

Un début dans le cinéma amateur

Mokhtar Ajimi commence au sein de la Fédération tunisienne des cinéastes amateurs. C'est là qu'il réalise, à 16 ans selon la presse, son premier court métrage en 16 mm, « La Voyante ». Il se forme ensuite à l'IDHEC. Il dit lui-même avoir grandi avec les JCC.

Dans les années 1980 et 1990, il tourne des courts et moyens métrages en 16 et 35 mm, dont « Balle de sang », « Satellite 7 », « La Sentinelle » et « Le Chasseur ». Il réalise aussi des documentaires : « Le Cinéma colonial » (1997), « La Nuit du henné », « L'Orient des cafés » et « Mille et une danses orientales ». Les articles les rattachent à des thèmes de mémoire, de patrimoine et de transformation sociale.

Du documentaire à la fiction : « Noce d'été » et « Dicta Shot »

Son premier long métrage de fiction, « Noce d'été » (« Bab el Arch »), sort en 2004. Il en signe un second en 2015, « Dicta Shot », aussi titré « Ksar edahcha ».

« Dicta Shot » se déroule en janvier 2011 dans un asile psychiatrique dirigé par un admirateur du président déchu, où des patients, assimilés à des prisonniers politiques, sont soumis à un contrôle psychologique et à des violences. Le casting réunit Hichem Rostom, Fatma Ben Saïdane et Jamel Maddani. Présenté en 2015 en compétition officielle de fiction aux JCC, le film n'y a reçu aucun prix. Il obtient une mention spéciale du jury, attribuée à Fatma Ben Saïdane, au Festival d'Annaba du film méditerranéen, et sort en salles en janvier 2016. La critique de Kapitalis juge le film porté par ses acteurs, mais reproche des métaphores appuyées et un manque de suspense.

Mokhtar Ajimi a expliqué, selon Al Ahram Gate, avoir écrit le scénario en 2011, pendant la révolution, et tourné le film en une période d'environ trois mois malgré des difficultés de financement. Il y dit aussi que l'écriture d'une fiction est bien plus difficile que celle d'un documentaire, et qu'il apprend quelque chose à chaque film. Il a été honoré lors du Festival du film de Port-Saïd, en Égypte, où « Qasr al-Dahsha » a été projeté.

Un nouveau film présenté à Louxor en 2026

« Sabbat El Ghoula », sous-titré « L'Odyssée de l'oubli », a été retenu en sélection officielle hors compétition, en projection spéciale, au 15ᵉ Festival du film africain de Louxor, du 29 avril au 5 mai 2026. Le film suit Zina Belkacem, enseignante d'histoire à la retraite et romancière atteinte d'un début de maladie d'Alzheimer, qui revisite son enfance dans la maison familiale de La Goulette sur fond de crise de Bizerte de 1961. Hélène Catzaras et Fatma Ben Saïdane étaient attendues à la projection. Mokhtar Ajimi y présidait aussi les jurys des courts métrages et des documentaires.

Un festival fondé à Yasmine Hammamet

En 2022, il lance le Master International Film Festival (MIFF) à Yasmine Hammamet. Le festival repose sur un principe de « meilleurs films » : il programme des œuvres primées ou sélectionnées dans de grands festivals internationaux. Son budget était inférieur à un million de dollars, avec le soutien du groupe La Paix, des ministères du Tourisme et des Affaires culturelles, de BIAT et de Tunisair. Une deuxième édition a eu lieu du 6 au 13 mai 2023.

Il y définit son projet en ces termes : « C'est un festival pour le public, pour les gens du métier, pour les jeunes et pour les écoles de cinéma. » Il dit aussi y tenir à la qualité de la sélection, et à redonner aux spectateurs tunisiens « le goût du cinéma de qualité ». Selon Africiné, il a aussi initié en 2022 la série documentaire « 10 Sites, 10 Docs, Ciné Patrimoine ».

Aux commandes des JCC pour leurs 60 ans

Fondées en 1966 par Tahar Cheriaa, les JCC sont présentées comme le plus ancien festival actif de ce type en Afrique et dans le monde arabe. Le ministère a justifié le choix de Mokhtar Ajimi par son expérience et sa connaissance approfondie du secteur du cinéma. Lors d'une réunion de préparation, le 3 août 2026, la ministre des Affaires culturelles a demandé une édition « exceptionnelle » pour les 60 ans, avec une composante de documentation historique réalisée avec la Télévision tunisienne et d'autres institutions publiques.

Le 12 octobre 2026, l'équipe des JCC a dévoilé l'affiche de la 37ᵉ édition, conçue par COMe.in. Elle présente un portrait stylisé inspiré du cubisme et du Bauhaus, dont une pellicule dessine le chiffre 60.

Ce que l'on ne sait pas encore

Dans les sources consultées, aucune déclaration publique de Mokhtar Ajimi sur sa vision de l'édition n'a été trouvée depuis sa nomination. Le programme, les sections, le budget et les invités de la 37ᵉ édition n'ont pas été publiés à ce jour.

Informations pratiques

– 37ᵉ édition des JCC : du 12 au 19 décembre 2026 (ministère des Affaires culturelles, via La Presse et Business News, 11 juin 2026).

– Autre rendez-vous des Journées de Carthage en 2026 : Journées théâtrales de Carthage, du 21 au 28 novembre (Webdo, 12 mai 2026).

La Rédaction