Portraits d'artistes

Mondher Falleh, de la scène musicale à la direction artistique des JMC

Date de publication : 08/10/2026

Ce samedi 10 octobre, la 11e édition des Journées Musicales de Carthage s'achève à la Cité de la Culture avec le concert de la chanteuse syrienne Faia Younan. Pendant huit jours, le festival a mis en scène vingt six spectacles sélectionnés, huit grands concerts, un Jazz Camp, des rencontres professionnelles et des concerts hors de Tunis. Derrière cet agenda dense, un nom revient dans toutes les conférences de presse : Mondher Falleh, directeur artistique et président du comité d'organisation. Portrait d'un homme de scène devenu homme de structure.

Un profil rare : le musicien, le producteur et l'entrepreneur

Dans le communiqué annonçant sa nomination, relayé fin janvier 2026, Mondher Falleh est présenté comme musicien, arrangeur et amateur de jazz. Il est aussi le fondateur de GigBook, une plateforme dédiée au secteur musical, et le cofondateur de Wild Tunes, structure de production musicale basée dans le Grand Tunis. D'après le programme d'accompagnement Safir, Wild Tunes Production se consacre à la production musicale et à l'accompagnement d'artistes émergents tunisiens, et bénéficie de cet accompagnement depuis octobre 2021.

Cette double culture, celle de l'artiste qui connaît la scène de l'intérieur et celle de l'entrepreneur qui en observe les rouages économiques, est précisément ce que ses soutiens mettent en avant. Les textes de présentation soulignent son engagement pour structurer et dynamiser la scène musicale tunisienne, et le décrivent comme un acteur central de l'avancement de la musique dans le pays.

L'homme de production des grands rendez-vous

Avant de signer la direction artistique, Mondher Falleh a dirigé la production de plusieurs festivals, dont des éditions précédentes des JMC et la Médina des Lumières, selon l'annonce de sa nomination. Ce parcours côté coulisses compte : un directeur artistique qui a géré des budgets, des plateaux techniques et des calendriers sait qu'une programmation ne vaut que si elle peut être réalisée, accueillie et financée.

Nommé en janvier, avec un retour aux dates habituelles

Sa nomination a été annoncée le 26 janvier 2026 par l'Établissement national pour la promotion des festivals et des manifestations culturelles et artistiques. Elle s'accompagnait d'un autre signal : le retour des Journées musicales de Carthage à leurs dates habituelles d'octobre, un choix présenté comme stratégique pour renforcer l'impact des grands événements culturels et leur cohérence dans le calendrier national et international.

Une vision : un salon musical méditerranéen

Lors de la conférence de presse de présentation, Mondher Falleh a décrit son ambition : faire des JMC « un salon musical méditerranéen de référence fonctionnant comme un véritable écosystème international ». Dans un autre entretien avec la presse, il a parlé d'une véritable rencontre musicale méditerranéenne, capable de créer des réseaux et des collaborations qui dépassent le festival lui même. Il a aussi insisté sur l'élargissement du festival à l'espace méditerranéen, tout en préservant ses orientations arabe et africaine.

Cette vision s'est traduite dans des choix concrets. La sélection a retenu vingt six spectacles parmi trois cent soixante dix huit candidatures, avec des artistes de quinze pays et une présence tunisienne à hauteur de 60 %. Le « JMC Market » a été repensé autour de six panels pour réunir industries musicales, festivals et programmateurs. Un « JMC Jazz Camp », organisé avec le Marseille Jazz Collective, a réuni une trentaine de professionnels pendant cinq jours. Trois projets émergents sont partis en tournée en région, et un programme intitulé « Soupir, au rythme de la liberté » a porté la musique dans des établissements pénitentiaires et un centre pour mineurs. Lors de l'ouverture, il a également annoncé un partenariat avec Ibsar en faveur des personnes en situation de handicap.

Le pari de la structuration

Ce qui distingue cette édition tient moins à une tête d'affiche qu'à une méthode : relier la création, la formation et le marché. Pour une scène tunisienne où les artistes se plaignent régulièrement de manquer de relais de diffusion et de débouchés professionnels, le choix de faire des JMC un lieu de rencontre entre artistes, programmateurs et producteurs répond à une attente identifiée. Reste à mesurer l'effet réel de ces rencontres dans la durée : contrats signés, tournées obtenues, collaborations nées à Tunis. C'est sur ces résultats, plus que sur la fréquentation, que le pari de Mondher Falleh sera jugé.

À l'heure où le rideau tombe sur la Cité de la Culture, le portrait d'un directeur artistique se lit aussi dans ce qu'il laisse derrière lui : une édition qui a cherché à ouvrir des portes plutôt qu'à remplir une salle. Ce sera aux artistes qui en ont franchi le seuil d'en dire la suite.

Asma Ayadi