Chanteuse, universitaire, ancienne ministre des Affaires culturelles : Sonia M'barek occupe une place singulière dans la musique tunisienne. Interprète de musique arabe et arabo-andalouse, elle a porté sa voix du Conservatoire national de Tunis aux scènes de Washington et de New York. Elle a aussi consacré une thèse à la place de la musique dans la politique culturelle de l'État et publié un livre sur le statut du musicien. Son parcours éclaire la question que pose aujourd'hui le malouf : comment le transmettre ?

Née en 1969 à Sfax. Diplômée du Conservatoire national de musique de Tunis en musique arabe en 1986, elle a ensuite poursuivi un parcours universitaire qui l’a menée à l’obtention d’un doctorat en sciences politiques en 2017. Ancienne directrice du Festival international de Carthage, elle a également été ministre des Affaires culturelles, nommée à ce poste en janvier 2016.
Une voix précoce
Sonia M'barek naît à Sfax en 1969. Elle se produit en solo dès l'âge de neuf ans, et passe à la télévision à douze ans. Elle chante dès l'enfance du malouf avec le Théâtre municipal de Tunis, dirigé par Tahar Gharsa, une information que nous n'avons pas pu recouper.
Elle entre au Conservatoire national de musique de Tunis, dont elle sort diplômée en musique arabe en 1986. L'année suivante, en 1987, elle est distinguée au Festival de la chanson tunisienne comme meilleure voix de l'année.
De Tarab à Takht : une voix qui voyage

Entre 1993 et 1994, elle donne les concerts « Tarab » avec les oudistes Ali Sriti et Anouar Brahem. En 1999 paraît « Takht », distribué par World Network en Europe, aux États-Unis et au Japon, qui reçoit le Diapason d'or en 2000. La même année, elle se produit au Kennedy Center de Washington et au siège de l'ONU à New York. En 2006, elle présente « Voyage en Méditerranée » au Festival international de Carthage.
Le malouf, un fil dans un répertoire plus large
Les sources la décrivent d'abord comme interprète de musique arabe et arabo-andalouse. Dans l'entretien de Souffle inédit, elle évoque ses « chants arabo-andalous » présentés notamment au Centre des musiques arabes et méditerranéennes, au Festival des Suds à Arles, à l'Opéra du Caire et au Kennedy Center. Elle n'y parle pas du malouf. Le genre reste présent dans son parcours : le projet pédagogique « Nawbat Al-Khadra » d'Al-Bustan Seeds of Culture, présenté comme un malouf tunisien sur poésie andalouse, utilise sa voix.
Entre scène, institutions et université
Sonia M'barek dirige le Festival de la musique tunisienne de 2005 à 2008, puis devient la première femme à diriger le Festival international de Carthage, pour sa 50ᵉ édition en 2014 et pour celle de 2015. Elle est nommée ministre des Affaires culturelles en janvier 2016. Assistante à l'Institut supérieur de musique de Tunis, elle y enseigne le chant oriental et andalou.
Le versant universitaire est tout aussi documenté. Elle soutient en 2017 une thèse en sciences politiques sur la place de la musique dans la politique culturelle de l'État, sous la direction de Hamadi Redissi, avec la mention très honorable. Elle publie « Le statut du musicien en Tunisie » aux éditions L'Harmattan en 2018. En août 2026, elle a participé comme panéliste à un panel sur la culture et le changement social lors de la conférence ICCPR de l'Université d'Ottawa.
La transmission : ce que disent son parcours et les institutions
Sur la transmission, Sonia M'barek s'est exprimée en termes généraux. Dans l'entretien de 2022, elle estime que « l'artiste doit constamment se renouveler » et que c'est « à ce prix qu'il contribue au progrès artistique et social », et défend le droit de l'artiste à la formation et au développement de ses compétences artistiques. Nous n'avons pas trouvé, dans les sources consultées, de déclaration de sa part portant précisément sur la transmission du malouf, ni d'élève ou d'initiative de transmission du malouf qui lui soit attribué.
Ce que son parcours suggère
Le parcours de Sonia M'barek suit trois voies de transmission distinctes : la scène, qui fait entendre un répertoire ; l'enseignement et la recherche, qui le structurent ; la politique culturelle, qu'elle a étudiée avant de la pratiquer, et que sa thèse comme son livre sur le statut du musicien abordent de l'intérieur. Les institutions fournissent le cadre, et les interprètes confirmés en portent la voix. Reste à savoir si ces voies se rejoignent, c'est-à si les jeunes générations trouvent, de la salle de classe à la scène, un chemin pour apprendre le malouf et en vivre.

La Rédaction
