Mode / Beauté

Emna Hussein dévoile AMANAKAL, une collection où le patrimoine tunisien rencontre l'impression 3D

Date de publication : 05/08/2026

AMANAKAL, quand l'héritage tunisien se construit couche par couche

Le 23 juillet 2026, la maison indépendante de fashion-tech EMNA HUSSEIN a présenté à Tunis sa nouvelle collection, ACT 2 _ AMANAKAL. Le nom réunit deux mots amazighs, Aman (l'Eau) et Akal (la Terre), et donne le ton d'un projet qui fait dialoguer patrimoine tunisien, matérialité méditerranéenne et fabrication numérique.

La collection se déploie à travers des sacs architecturaux, des vêtements modulaires, de la corseterie et des accessoires sculpturaux, où mouvement et structure, mémoire culturelle et technologies émergentes se répondent. Chaque pièce naît d'un processus hybride : impression 3D, assemblage manuel, intégration textile et finitions artisanales se succèdent pour donner forme à l'objet fini.

Ce nouvel Act poursuit le travail engagé avec ACT 1 _The Rebel Bride, distinguée par le Technical Award dans la catégorie Fashion & Accessories au Cairo Design Award 2025. AMANAKAL approfondit les recherches de la maison sur les matériaux innovants, les structures adaptées au corps et le concept de Future Heritage.

Là où l'Eau rencontre la Terre

La collection puise dans la symbolique amazighe, la géométrie des portes tunisiennes traditionnelles et les paysages méditerranéens. Le pin évoque les forêts et la chaleur de la terre ; la coquille d'huître rappelle la mer tout en devenant matière minérale et architecturale. Les surfaces transparentes captent et diffusent la lumière, tandis que les structures flexibles accompagnent le mouvement du corps.

Le haïk tunisien traditionnel, historiquement associé à des générations de femmes d'Afrique du Nord, constitue la base textile de la collection. Plutôt que de le reproduire comme un simple ornement, EMNA HUSSEIN le traduit en géométries répétées, constructions modulaires et silhouettes contemporaines.

Un nouveau langage des matières

Depuis plus de deux ans, la maison identifie des développeurs de matériaux spécialisés dans plusieurs pays, étudie leurs compositions et certifications, puis teste chaque matière par le prototypage. AMANAKAL réunit ainsi plusieurs familles de matériaux :

  • PLA transparent à base de maïs : ce thermoplastique, généralement issu de ressources végétales renouvelables, donne aux sacs et accessoires leur structure translucide et laisse la lumière participer au design.
  • Biocomposite à base de bois de pin : sa teinte chaude et sa texture évoquent les forêts méditerranéennes.
  • Biocomposite à base de coquilles d'huîtres : des coquilles broyées, récupérées à partir de déchets organiques, donnent à ce matériau rigide un aspect minéral entre pierre, sable et céramique. Les formulations Pine et Oyster sont décrites par leurs développeurs comme biodégradables et compostables.
  • Deux systèmes de matériaux flexibles biodégradables : un biocomposite français à base de poudre de coquilles d'huîtres de qualité cosmétique (Morbihan), utilisé dans le Petal Set et le Sacred Set ; et un élastique développé en Espagne comme alternative biodégradable et compostable aux TPU/TPE conventionnels, présent dans les jupes modulaires, la corseterie et les pochettes des sacs.

Le haïk rencontre la fabrication numérique

Dans AMANAKAL, le haïk n'est plus un ornement nostalgique : il devient un véritable matériau de construction. Des sections de haïk sont intégrées aux jupes modulaires du Petal Set et du Sacred Set, et le textile accueille aussi une technique d'impression 3D directe sur textile (direct-to-textile 3D printing), qui relie physiquement structure numérique et tissu au sein d'une même construction.

Des pièces phares

Parmi les pièces marquantes de la collection : le Halo Bag, qui associe PLA transparent, PLA Pine Wood ou Oyster Shell et une pochette imprimée directement sur du haïk tunisien ; le Petal Bag, aux géométries inspirées des pétales ; le Murice Bag, qui transpose l'héritage du murex carthaginois ; ainsi que le Petal Set et le Sacred Set, qui combinent corsets, jupes modulaires, matériaux à base de coquilles d'huîtres et haïk tunisien. Bracelets et boucles d'oreilles en Pine et Oyster prolongent ce vocabulaire directement sur le corps.

Si chaque pièce commence par la modélisation numérique et la fabrication additive, elle s'achève par un travail artisanal : nettoyage, ponçage, ajustage, assemblage et finitions manuels, qui introduisent de légères variations d'une pièce à l'autre. AMANAKAL est produite selon un modèle made-to-order, ce qui permet à la maison de maîtriser ses volumes de production tout en préservant l'individualité de chaque pièce.

Comme le résume Emna Hussein, fondatrice et directrice artistique de la maison : « AMANAKAL refuse l'idée que le patrimoine et la technologie appartiennent à deux mondes opposés. L'objectif n'est pas de reproduire la tradition, mais de lui permettre d'évoluer grâce à de nouveaux outils, de nouvelles matières et de nouvelles méthodes de construction. »

La recherche matérielle de la maison se poursuivra à travers les prochains Acts, avec de nouvelles compositions, des ressources récupérées, des textiles hybrides et des méthodes de fabrication émergentes en Afrique du Nord, en Europe, aux États-Unis et dans d'autres écosystèmes internationaux. Une troisième collection est d'ores et déjà annoncée pour novembre 2026.

ACT 2 — AMANAKAL est disponible dès à présent sur le site de la marque, principalement sur commande, avec une livraison internationale vers certaines destinations.


Emna Hussein, portrait d'une créatrice tuniso-italienne entre mode, marketing et fabrication numérique

Derrière EMNA HUSSEIN se trouve une trajectoire singulière, celle d'Emna Hussein, designer de fashion-tech tuniso-italienne, entrepreneure et directrice artistique.

Diplômée de l'IHEC Carthage et titulaire d'un master de l'université Paris Dauphine, elle a d'abord passé neuf ans dans le marketing digital entre Paris et Tunis, au service de marques internationales de mode, de beauté et de luxe, parmi lesquelles Chanel, Clarins, Thierry Mugler, Swarovski et Azzaro. Cette double culture, entre stratégie de marque et univers du luxe, infuse encore aujourd'hui son approche entrepreneuriale.

C'est après une formation en design de mode à Convergence et une qualification en conseil en image qu'elle fonde EMNA HUSSEIN à Tunis en 2019, au sein de l'incubateur entrepreneurial Afkar. La marque évolue ensuite vers un studio hybride de fashion-tech actif entre Tunis et Le Caire, consacré aux pièces portables imprimées en 3D, aux accessoires sculpturaux et aux objets modulaires, avec l'ambition affichée de construire une voix MENA distinctive dans la fashion-tech internationale.

Une méthode : impression 3D FDM et recherche matière

Le studio travaille selon un procédé de fabrication additive dit FDM (Fused Deposition Modelling) : une machine chauffe un filament et le dépose en couches successives jusqu'à obtenir la forme finale. Hauteur de couche, épaisseur des parois, taux de remplissage, orientation et température sont ajustés selon le poids, la rigidité, la flexibilité et l'état de surface recherchés — un processus qui peut durer de nombreuses heures, avant le nettoyage, l'assemblage, l'ajustage, la peinture ou l'intégration textile.

Le choix des matériaux répond systématiquement à une fonction précise : le PLA à base de maïs apporte de la structure, les filaments flexibles biosourcés facilitent le mouvement et les connexions modulaires, tandis que les composites à base de pin et de coquilles d'huîtres apportent d'autres textures et propriétés techniques.

Le hayek et le jasmin, moteurs de récit

Le patrimoine n'intervient jamais comme simple décor. Dans la jupe Bloom, par exemple, certains pétales sont entièrement imprimés en 3D, d'autres associent des structures imprimées au hayek — le textile traditionnel tunisien. Chaque pétale, fabriqué et assemblé individuellement, peut être remplacé ou reconfiguré. La forme évoque les fleurs de jasmin tombant sous les arbres durant les étés tunisiens, transformant un souvenir d'enfance en un vêtement techniquement construit et réalisé sur commande.

Des collections pensées comme des actes

Plutôt que de suivre le calendrier traditionnel printemps/Été et automne/hiver, EMNA HUSSEIN développe son univers en actes numérotés. ACT 1 _ The Rebel Bride, lancé officiellement en décembre 2025, réinterprète les codes du mariage à travers des accessoires sculpturaux imprimés en 3D et des références au jasmin ; il a reçu le Technical Award Fashion & Jewellery _ Accessories du Cairo Design Award 2025. ACT 2 — AMANAKAL, présenté comme la Manifesto Line 2026, étend ce vocabulaire à la mode modulaire et aux matériaux flexibles.

Ce qui se prépare

La maison prévoit une troisième collection pour novembre 2026, qui poursuivra le dialogue entre structure imprimée en 3D, patrimoine MENA et design transformable, avec une direction visuelle et produit distincte. EMNA HUSSEIN travaille aussi à formaliser une architecture de marque en trois lignes, afin de préserver ses pièces manifestes à forte valeur artisanale tout en développant un écosystème produit plus large. Le studio ambitionne, à terme, de construire depuis la région MENA une marque de fashion-tech visible à l'international, tout en maintenant une production contrôlée et une communication transparente sur les matériaux.

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Asma Ayadi