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Habits et Territoires, épisode 16 : Tabarka et Aïn Draham, les laines de Kroumirie

Date de publication : 16/10/2026

Avec Habits et Territoires, L’Instant M poursuit son voyage au cœur du patrimoine et des identités régionales de la Tunisie. Après Bulla Regia et les hautes terres de Jendouba, direction le massif de la Kroumirie : de Tabarka, ville côtière dominée par ses Aiguilles rocheuses et son fort génois, jusqu’aux hauteurs boisées d’Aïn Draham. Ici, le climat humide et frais, la forêt et la montagne ont façonné les modes de vie, les vêtements et les savoir-faire.

Tabarka et Aïn Draham : entre mer, roche et forêt

La Kroumirie contraste avec les paysages steppiques et sahéliens du reste du pays.

Aïn Draham, la ville des hauteurs

Aïn Draham se trouve à environ 800 mètres d’altitude, sur les pentes du Djebel Bir, dans les monts de Kroumirie, la zone la plus arrosée de Tunisie, avec plus de 1 500 mm de pluie par an. Il y neige en hiver. Son nom signifie « source d’argent » et renvoie à des sources chaudes sulfureuses déjà exploitées par les Romains. Devenue station de villégiature sous le protectorat français, la ville, avec ses toits de tuiles rouges et sa forêt de chênes-lièges, rappelle un village alpin.

Tabarka, l’ancienne Thabraca

Installée entre mer et montagne, Tabarka a des origines antiques : site numide, puis comptoir phénicien et cité romaine. Elle est surtout connue pour son passé génois et pour son corail. Elle est aujourd’hui célèbre pour son festival de jazz, ses Aiguilles de roche et son fort génois, perché sur un îlot relié à la terre ferme.

Le corail de Tabarka : une histoire de comptoir

Le fort génois, construit au XVIᵉ siècle par la famille Lomellini, témoigne du passé commercial de Tabarka, centré sur la pêche du corail. L’histoire du corail y est ancienne : dès le milieu du XIIᵉ siècle, des marchands pisans, rejoints ensuite par des Catalans et des Génois, s’y sont installés pour commercer le corail, abondant sur ces côtes. Les Génois y ont vécu près de 200 ans, jusqu’à 1 800 personnes, entre pêche du corail et commerce du blé. Ce passé a laissé à Tabarka sa réputation sur la « Côte de Corail », et le travail du corail pour la bijouterie reste une spécialité de la ville.

Les vêtements de la montagne : laine, capuche et protection


Dans une région aux hivers froids et humides, le vestiaire traditionnel répond d’abord à un besoin de protection. La kachabiya, tunique de laine à capuche, et le burnous, ample manteau de laine, font partie des vêtements emblématiques du Nord-Ouest tunisien et du monde rural maghrébin. Ces pièces épaisses protègent du vent et de la pluie.

Du côté des femmes

Les tenues et parures de la région s’inscrivent dans les traditions du Nord-Ouest, avec des étoffes de laine ou de coton et des bijoux en argent, dont les fibules (khlal) qui retiennent le drapé.

La mlaya, le drapé emblématique

La mlaya est une grande pièce de tissu drapée autour du corps et fixée par des bijoux en argent. Ses couleurs et ses tissus varient selon les régions : dans le Sud tunisien, elle est habituellement rouge et noire. En Kroumirie, le froid et l’humidité appellent des étoffes plus épaisses, comme la laine.

Le tissage : un savoir-faire de femmes

En Tunisie, le tissage est avant tout un savoir-faire de femmes. Filer et tisser la laine est l’une des premières choses qu’on apprend aux jeunes filles dans les campagnes. À Aïn Draham, cette tradition se prolonge au sein d’une petite coopérative de femmes, Les Tapis de Kroumirie  : elle tisse tapis, kilims et sacs aux motifs berbères simples, avec une laine filée à la main et teinte aux colorants végétaux. Elle vise à créer des emplois pour des femmes en difficulté et à préserver les savoir-faire locaux.

La forêt de chênes-lièges

Les massifs forestiers d’Aïn Draham et de Tabarka font de la Kroumirie le principal territoire du liège en Tunisie. Le bois et le liège y structurent une partie de l’économie locale.

Où découvrir ce patrimoine aujourd’hui ?

Aïn Draham : pour son architecture de village de montagne, ses forêts et l’atelier-coopérative des Tapis de Kroumirie.

Le fort génois et le port de Tabarka : pour l’histoire du comptoir génois et du corail, et pour les bijoux en corail.

Les sentiers de la Kroumirie : pour traverser les forêts de chênes-lièges et rencontrer les habitants de la région.


Asma Ayadi